Turquie: Erdogan accepte de recevoir des représentants des manifestants

Un jeune manifestant le 11 juin 2013 à Istanbul [Bulent Kilic / AFP] Un jeune manifestant le 11 juin 2013 à Istanbul [Bulent Kilic / AFP]

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a fait un premier geste concret lundi pour désamorcer la grave crise qui secoue depuis 11 jours la Turquie en acceptant de recevoir, mercredi, des représentants des manifestants qui exigent sa démission.

Toutefois, la police turque a dispersé tard lundi à coups de grenades lacrymogènes plusieurs centaines de manifestants dans le centre d'Ankara, au onzième jour d'un vaste de mouvement de contestation du régime islamo-conservateur, a constaté un photographe de l'AFP.

Les policiers antiémeute ont investi l'avenue cossue de Tunali Hilmi, fermée par des barricades mais jusque là largement épargnée par les heurts qui ponctuent les nuits d'Ankara depuis le 30 mai, obligeant les restaurateurs des alentours à s'enfermer dans leurs établissements avec leurs clients pour échapper au gaz lacrymogène.

Au soir d'une nouvelle journée de mobilisation à Istanbul et Ankara notamment, le chef du gouvernement a surpris en faisant annoncer sa première entrevue avec ceux qu'il présentait encore la veille comme des "extrémistes" ou des "pillards".

"Notre Premier ministre a donné rendez-vous à certains des groupes qui organisent ces manifestations. Je crois qu'il en rencontrera certains mercredi", a déclaré le vice-Premier ministre Bülent Arinç à l'issue du conseil des ministres.

"Ils seront informés des faits et notre Premier ministre écoutera ce qu'ils ont à dire", a poursuivi M. Arinç sans préciser le nom de ces groupes.

Recep Tayyip Erdogan et sa femme  Emine acclamés par leurs partisans à leur retour le 9 juin 2013 à Ankara [Adem Altan / AFP/Archives]
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Recep Tayyip Erdogan et sa femme Emine acclamés par leurs partisans à leur retour le 9 juin 2013 à Ankara

Sitôt annoncée cette ouverture, le porte-parole a adopté à nouveau un ton plus ferme en indiquant que "les manifestations illégales ne (seraient) plus tolérées en Turquie", sans fournir de plus amples détails. "Nous vivons dans un Etat de droit", a-t-il dit.

Après un week-end marqué par des manifestations record dans plusieurs grandes villes du pays aux cris de "Tayyip, démission!", plusieurs milliers de personnes se sont encore retrouvées lundi soir à Istanbul, autour de la place Taksim, et au centre d'Ankara, la capitale, les deux principaux foyers de la contestation.

Un vendeur de rue fuit les affrontements le 11 juin 2013 à Ankara [Marco Longari / AFP]
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Un vendeur de rue fuit les affrontements le 11 juin 2013 à Ankara

"Nous viendrons ici tous les jours après le travail. Ceci ne s'arrêtera pas", a promis Can, un responsable commercial de 30 ans, rencontré par l'AFP près du parc Gezi, dont la destruction annoncée a donné le coup d'envoi à la fronde le 31 mai.

"Nous sommes ici parce qu'il (le gouvernement) veut changer la façon dont nous vivons. Tout devient plus religieux, moins démocratique", a-t-il déploré, "ils nous traitent d'ivrognes, de marginaux, parce que nous ne sommes pas du même camp".

Le président Abdullah Gül a promulgué lundi soir une loi très controversée, véritable pied de nez aux manifestants, qui limite la vente et la consommation d'alcool. De nombreux contestataires en ont fait le symbole de la dérive autoritaire et de la volonté de M. Erdogan de vouloir "islamiser" la société turque.

Tensions

Dimanche, M. Erdogan avait nettement durci le ton face à la contestation. Tout au long de la journée, il a occupé le terrain médiatique en haranguant à six reprises des milliers de partisans sur un ton de plus en plus comminatoire.

Des jeunes manifestants le 11 juin 2013 à Istanbul [Bulent Kilic / AFP]
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Des jeunes manifestants le 11 juin 2013 à Istanbul

"Ceux qui ne respectent pas le parti au pouvoir dans ce pays en paieront le prix", a lancé le dirigeant turc à Ankara devant une foule chauffée à blanc. "Si vous continuez comme ça, j'utiliserai le langage que vous comprenez parce que ma patience a des limites".

Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, le Premier ministre a demandé à plusieurs reprises à ses partisans de "donner une leçon" de démocratie aux manifestants aux prochaines élections municipales de 2014.

En 2011, son Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, avait recueilli 50% des suffrages. En mars dernier, le dernier sondage du Pew Research Center créditait le Premier ministre de 62% d'opinions favorables.

Cette stratégie a fait craindre des dérapages entre les manifestants et ses partisans. Des accrochages entre les deux camps, jusque-là limités, ont été signalés la semaine dernière, notamment à Rize (nord-est), le village d'origine de la famille d'Erdogan sur les bords de la mer Noire et à Adana (sud).

En réaction aux événements et au ton employé par le chef du gouvernement, la Bourse d'Istanbul a clôturé lundi une nouvelle fois en baisse (-2,48%), avant l'annonce de la rencontre entre M. Erdogan et des représentants de la contestation.

"Ce refus apparent de faire baisser la tension n'est pas bon pour les marchés, il pourrait même générer encore davantage de spéculation contre les marchés turcs", a averti Deniz Ciçek, analyste à la Finansbank.

L'AKP a d'ores et déjà prévu d'organiser deux réunions publiques de masse samedi prochain à Ankara et le lendemain à Istanbul, officiellement pour lancer sa campagne pour les élections municipales de l'an prochain.

Malgré les craintes émises par certains pays, les organisateurs de la 17e édition des Jeux méditerranéens, prévus du 20 au 30 juin prochain à Mersin (sud) ont annoncé lundi qu'ils auraient lieu normalement, en dépit de l'agitation politique actuelle.

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