Pas de désistement chez les conservateurs iraniens

Hassan Rohani, unique candidat des réformateurs et des modérés, le 24 avril 2006 à Téhéran. [Atta Kenare / AFP/Archives] Hassan Rohani, unique candidat des réformateurs et des modérés, le 24 avril 2006 à Téhéran. [Atta Kenare / AFP/Archives]

Trois des candidats conservateurs à la présidentielle iranienne ont rejeté mercredi les appels à un désistement afin de barrer la route à Hassan Rohani, unique candidat des réformateurs et des modérés pour le scrutin de vendredi.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a de son côté renouvelé son appel à une participation massive afin de "décourager les ennemis" de la République islamique.

La campagne officielle prend fin jeudi matin et les opérations de vote commenceront vendredi à 08H00 (03H30 GMT) pour les quelque 50,5 millions d'électeurs.

Pour leur dernière grande réunion publique devant plusieurs milliers de partisans, Ali Akbar Velayati, Saïd Jalili et Mohammad Bagher Ghalibaf ont chacun assuré qu'ils seraient encore en course vendredi matin.

"Malgré toutes les rumeurs, je resterai dans la course jusqu'à la fin", a assuré M. Velayati, ex-chef de la diplomatie.

A quelques kilomètres de là, Saïd Jalili, négociateur en chef du dossier nucléaire, soutenu par l'aile dure du régime, a assuré par la voix de son directeur de campagne qu'il serait présent au second tour.

"Il restera jusqu'au bout et ne faites pas attention aux sondages" qui ne le donnent pas en tête des intentions de vote, a affirmé à l'AFP Ali Bagheri.

Le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, a pour sa part assuré qu'il débuterait vendredi "l'épopée économique" de l'Iran.

Ali Akbar Velayati, candidat à la présidentielle, le 3 juin 2013 à Téhéran [Atta Kenare / AFP/Archives]
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Ali Akbar Velayati, candidat à la présidentielle, le 3 juin 2013 à Téhéran
 

Depuis l'annonce que M. Rohani sera le seul modéré en lice, les appels se sont multipliés pour demander aux candidats conservateurs de se désister en faveur du mieux placé. MM. Ghalibaf et Jalili tiennent la corde, selon les médias.

"On attend désormais des candidats conservateurs qu'ils (...) choisissent l'un d'entre eux", écrit Hossein Shariatmadari, directeur du quotidien ultra-conservateur Kayhan.

Consultations

"Des consultations sont actuellement menées par des responsables conservateurs", a déclaré Habibollah Asgharolladi, secrétaire général du Front des partisans de la ligne de l'imam et du guide, qui rassemble de nombreux groupes politiques.

Selon les médias, les appels seraient notamment adressés à Ali Akbar Velayati.

Les camps modéré et réformateur partent unis derrière Hassan Rohani, après le retrait mardi du réformateur Mohammad Reza Aref.

L'appel des ex-présidents Akbar Hachémi Rafsandjani (modéré) et Mohammad Khatami (réformateur) en sa faveur ont renforcé ses chances. Certains conservateurs évoquent déjà un second tour avec M. Rohani.

"Je demande à tout le monde, en particulier aux réformateurs" de voter pour M. Rohani, a indiqué M. Khatami dans un message.

Saïd Jalili, candidat à la présidentielle, le 12 juin 2013 [Behrouz Mehri / AFP]
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Saïd Jalili, candidat à la présidentielle, le 12 juin 2013
 

M. Rafsandjani, écarté de la course présidentielle, a affirmé qu'il le considérait comme "le plus qualifié pour diriger l'exécutif".

En l'absence de grands rassemblements publics, interdits par les autorités, les réformateurs mobilisent leurs troupes par des SMS appelant à voter Rohani.

Cette unité ne pourrait être cependant qu'une façade, explique à l'AFP l'analyste conservateur Mehdi Fazayeli. La manière dont M. Aref a annoncé son retrait --pas de mention de M. Rohani, pas d'appel à voter en sa faveur-- montre qu'"il existe un fossé entre M. Aref et une grande partie des réformateurs", estime-t-il.

Hassan Rohani, un religieux modéré de 64 ans qui a été négociateur dans le dossier nucléaire sous la présidence de M. Khatami, prône une politique de souplesse dans les négociations avec les grandes puissances sur le programme nucléaire controversé de Téhéran.

Selon l'un des rares sondages rendu public, réalisé par l'agence Mehr auprès de 10.000 personnes, M. Ghalibaf mène la course avec 17,8% devant M. Rohani (14,6%), suivi de M. Jalili (9,8%). Il y a 30% d'indécis alors que la participation devrait atteindre 77%.

Des partisans du maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, le 7 juin 2013 dans le sud de Téhéran. [Atta Kenare / AFP]
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Des partisans du maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, le 7 juin 2013 dans le sud de Téhéran.
 

L'ayatollah Khamenei a demandé de nouveau aux Iraniens de voter en masse. Cela "va décourager les ennemis qui vont réduire la pression (des sanctions, ndlr) et choisir une autre voie", a-t-il dit, en référence à la série de sanctions internationales imposées à l'Iran en raison de son programme nucléaire.

En visite à Varsovie, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a estimé que les élections n'apporteraient "aucun changement" car "il y aura toujours un seul homme au pouvoir, cherchant la puissance nucléaire".

Le président est le deuxième personnage de l'Etat selon la Constitution mais les dossiers stratégiques, comme le nucléaire, sont sous l'autorité directe du guide.

Il y a quatre ans, l'espoir d'une victoire des réformateurs avait été douché par la réélection de M. Ahmadinejad. Les deux candidats malheureux, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, avaient dénoncé des fraudes massives et appelé leurs partisans à manifester. La contestation avait été sévèrement réprimée et les deux dirigeants réformateurs sont en résidence surveillée depuis 2011.

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