Turquie : la place Taksim calme avant une réunion controversée

La place  Taksim le 12 juin 2013 à Istanbul [Angelos Tzortzinis / AFP] La place Taksim le 12 juin 2013 à Istanbul [Angelos Tzortzinis / AFP]

La place Taksim d'Istanbul avait retrouvé mercredi un semblant de calme après les violences de la veille entre la police et les manifestants, à quelques heures d'une rencontre déjà jugée factice entre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et des "représentants" de la contestation.

Au matin du treizième jour de la fronde contre le chef du gouvernement, la célèbre place de la mégapole turque était étroitement contrôlée par les forces de l'ordre, disposées derrière des canons à eau devant chacune des rues environnantes.

Drapeaux, banderoles, barricades, voitures brûlées, pavés, cartouches de gaz lacrymogènes, tous les signes extérieurs de la contestation et des affrontements intenses qui s'y sont déroulés jusqu'au petit matin ont été soigneusement effacés.

Les forces de sécurité ont repris mardi matin à la surprise générale la place Taksim, cédée le 1er juin aux manifestants qui en ont fait le bastion de leur mouvement. De violentes échauffourées y ont opposé pendant près de vingt heures la police à des groupes de jeunes casqués et armés de pierres et de cocktails Molotov, faisant des dizaines de blessés, parfois grièvement atteints.

Des manifestants parc Gezi en lisière de la place Taksin le 12 juin 2013 à Istanbul [Angelos Tzortzinis / AFP]
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Des manifestants parc Gezi en lisière de la place Taksin le 12 juin 2013 à Istanbul
 

En lisière de la place, seul le parc Gezi, dont la destruction annoncée a donné le signal de la révolte le 31 mai, narguait encore mercredi la police. Nombre de ses occupants ont abandonné leurs tentes à la pluie, par peur d'une évacuation de la police. Mais quelques centaines d'irréductibles y ont passé une nouvelle nuit inconfortable, résolues à protéger "leur" parc et ses 600 arbres.

"Les gens apprennent à ne plus avoir peur du gouvernement, c'est quelque chose que nous avons gagné et auquel nous ne renoncerons pas", a confié à l'AFP Fulya Dagli, une étudiante en droit de 21 ans. "Nous voulons que les gens se réveillent", a-t-elle ajouté, "c'est pourquoi nous ne partirons pas".

Dans la capitale Ankara, la police est également intervenue tard mardi soir pour disperser un groupe de quelque 5.000 personnes qui scandait "Tayyip, démission !".

Mercredi matin, la police tentait d'obtenir l'évacuation en douceur de plusieurs dizaines de manifestants toujours retranchés dans le parc Kugulu, dans le centre de la capitale, a constaté un journaliste de l'AFP.

Poudre aux yeux

Recep Tayyip Erdogan le 11 juin 2013 à Ankara [Adem Altan / AFP]
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Recep Tayyip Erdogan le 11 juin 2013 à Ankara
 

Au lendemain de sa démonstration de force, M. Erdogan devait recevoir dans l'après-midi (13h00 GMT) une délégation d'une vingtaine de "représentants" (ONG, société civile, experts, artistes...) des manifestants.

Mais leur liste approuvée par les autorités est dénoncée par les manifestants, qui ne voient dans ce premier rendez-vous que de la poudre aux yeux. "Nous voulons que le gouvernement parle à nos représentants, pas à ceux qu'il a choisis", a tranché mercredi une occupante du parc Gezi, Anessa.

La coordination des manifestants du parc Gezi, la plateforme de 116 associations qui anime la contestation, à l'origine du mouvement, n'a ainsi pas été conviée. Et d'autres invités, comme Greenpeace, ont décliné pour dénoncer l'opération de la police mardi et l'intransigeance du Premier ministre.

Devant les députés de son Parti de la justice et de la démocratie (AKP, issu de la mouvance islamiste), M. Erdogan a une nouvelle fois dénoncé mardi les "extrémistes" ou les "pillards" qui le défient. "Cette affaire est maintenant terminée. Nous ne ferons plus preuve de tolérance", a-t-il martelé.

Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, le chef du gouvernement a adopté un ton très ferme depuis le début de la crise. Lors des législatives de 2011, l'AKP avait recueilli près de 50% des suffrages.

Le chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a appelé le président Abdullah Gül, réputé plus modéré que son Premier ministre, a réunir tous les partis pour tenter de sortir de la crise. "Il faut faire baisser la tension", a plaidé Kemal Kiliçdaroglu, appelant M. Erdogan à ne pas tenir les deux grandes réunions publiques prévues ce week-end à Ankara puis Istanbul.

 
 

Selon le dernier bilan publié mardi par le syndicat des médecins turcs, la vague de protestation qui agite la Turquie a fait quatre morts, trois manifestants et un policier, et près de 5.000 autres ont été blessées, dont plusieurs dizaines grièvement.

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