Des enfants syriens à l'école ou au travail dans un camp de réfugiés en Irak

Des enfants syriens vont en classe dans le camp de réfugiés de  Domiz, au Kurdistan irakien, le 29 mai 2013 [Safin Hamed / AFP] Des enfants syriens vont en classe dans le camp de réfugiés de Domiz, au Kurdistan irakien, le 29 mai 2013 [Safin Hamed / AFP]

Sidra déchiffre en arabe "Le Corbeau et le Renard" dans le camp de réfugiés syriens de Domiz, au Kurdistan irakien: la fillette a la chance d'aller à l'école. Abdulhamid, lui, doit vendre des sorbets pour payer les médicaments de son père.

"Moi j'aime étudier. J'adore venir à l'école", lance Sidra, 9 ans. Kurde de Syrie comme 98% des 46.000 réfugiés de Domiz, l'écolière est arrivée avec sa famille en avril de l'est de la Syrie pour fuir les combats entre les rebelles et l'armée fidèle au président Bachar al-Assad.

Les relations ont souvent été tendues entre les rebelles et les organisations kurdes, qui essaient d'empêcher les insurgés d'entrer dans leurs régions.

Sur le plateau de Domiz, aucun arbre ne sort de terre. Domiz, proche des frontières syrienne et turque, connaît un climat très rude: glacial en hiver, torride en été.

La salle de classe de Sidra et de ses 28 camarades est heureusement dotée d'un air conditionné qui ronronne, tandis que l'instituteur, Ramadan Kussa, un Kurde d'Alep réfugié lui aussi, corrige une diphtongue maladroite ou reprend une conjugaison.

Des enfants syriens à l'entrée de leur salle de classe, dans le camp de réfugiés de Domiz, en Irak [Safin Hamed / AFP]
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Des enfants syriens à l'entrée de leur salle de classe, dans le camp de réfugiés de Domiz, en Irak

Les enfants ont été très affectés par ce qu'ils ont vécu en Syrie, mais "ici les conditions climatiques sont très rudes. Nous avons eu une énorme inondation, ils en ont beaucoup souffert", souffle-t-il. Généralement la classe se fait en kurde, mais aujourd'hui c'est un cours en arabe que suivent les enfants.

L'école primaire accueille 1.400 écoliers. Les préfabriqués qui font office de classes sont posés en rang d'oignon, un peu à l'écart du reste du camp.

C'est le troisième établissement scolaire à avoir ouvert à Domiz, mais "nous ne pouvons toujours pas accueillir tous les enfants du camp", se lamente son directeur, Ahmed Islam.

Pour pallier le manque de place, les élèves se répartissent en deux groupes: l'un vient en classe le matin, l'autre l'après-midi. Et pour rattraper le retard abyssal qu'ils ont pris, ils devront passer l'été en classe.

Un enfant dans le camp de réfugiés syriens de Domiz, en Irak, le 17 juillet 2012 [Safin Hamed / AFP/Archives]
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Un enfant dans le camp de réfugiés syriens de Domiz, en Irak, le 17 juillet 2012

Mais les écoles ne sont pas les seules à souffrir du manque de place.

Crainte du choléra

Mohammed Hussein, chef de l'antenne de Domiz du Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU, reconnaît volontiers que les conditions de vie dans le camp "ne sont pas idéales".

Difficile d'absorber ce flot continu de réfugiés, du coup les tentes sont piquet contre piquet. Et avec l'été, "nous craignons et nous nous préparons à l'apparition du choléra dans le camp", prévient-il, tout en assurant qu'une campagne de prévention est en cours.

"Nous ne pouvons pas couvrir 100% des besoins des réfugiés. Nous essayons de leur fournir le minimum: la nourriture, l'éducation, la santé mais les besoins varient d'une famille à l'autre", souligne-t-il.

Alors, "certaines familles font parfois travailler leurs enfants", dit-il.

A l'entrée du camp, les camelots en culotte courte se disputent le client à coups de "Mister! Mister!" pour attirer l'attention. Certains vendent du chewing-gum, d'autres de l'eau, des cigarettes...

Abdulhamid pousse un chariot réfrigéré qu'il a apporté de Qamichli, sa ville d'origine, dans le nord-est de la Syrie. "J'ai 14 ans", avance-t-il, avant de se reprendre, "euh... 12 ans".

"Je travaille de 8 heures au coucher du soleil. Je gagne environ 10.000 dinars par jour", soit environ 6,5 euros, marmonne-t-il, pas vraiment ravi d'être dérangé pendant son travail.

S'il ne fréquente aucune des trois écoles du camp de Domiz, ça n'est évidemment pas par choix, mais par nécessité.

"Là d'où je viens il y a la guerre. Ici, si je vais à l'école, je ne gagnerai pas d'argent. J'ai pas le choix", lance Abdulhamid, fataliste. Surtout, ajoute-t-il, que les médicaments de son père, malade, coûtent une fortune.

"Je dois travailler pour vivre", dit-il.

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