Inquiétudes après l'incarcération du rappeur Weld El 15

Le rappeur tunisien Ala Yaacoubi, connu sous le nom de scène Weld El 15, dans un tribunal de Tunis le 13 juin 2013 [Fethi Belaid / AFP] Le rappeur tunisien Ala Yaacoubi, connu sous le nom de scène Weld El 15, dans un tribunal de Tunis le 13 juin 2013 [Fethi Belaid / AFP]

L'inquiétude gagne du terrain chez des artistes, journalistes et défenseurs des droits de l'Homme tunisiens, la condamnation d'un rappeur et de militantes féministes à des peines de prison ferme semblant signaler un tour de vis du gouvernement dirigé par les islamistes.

Le chanteur Weld El 15 a été condamné jeudi à deux ans de prison ferme pour insulte à la police et trois membres des Femen qui avaient manifesté seins nus ont écopé de quatre mois de détention dans un jugement rendu mercredi.

Ces décisions sévères tranchent avec la condamnation à des peines de prison avec sursis de 20 activistes salafistes qui avaient attaqué l'ambassade américaine en septembre dernier.

"Même si ces formes d'expression pacifiques peuvent être choquantes, elles ne doivent pas donner lieu à des peines aussi sévères", estime Amna Guellali représentante de Human Rights Watch à Tunis, au sujet des procès de Weld El 15 et des Femen.

"Cela pose la question de l'instrumentalisation de la justice. S'il n'y a aucune preuve que des directives de la justice sont données (par le gouvernement) elle n'en devient pas moins un instrument de répression répondant à l'ordre, à l'orthodoxie, à l'idéologie dominants", note Amna Guellali.

Ces lourdes condamnations ne sont pas les premières. En mars 2012, deux jeunes militants athées ont ainsi été condamnés à plus de sept ans de prison pour la diffusion de caricatures du prophète.

Mais ces procès semblent se multiplier sur la base du code pénal très répressif établi sous le président Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011, et qui malgré les promesses des autorités n'a pas fait l'objet d'un toilettage.

Le 19 juin, trois journalistes doivent ainsi comparaître pour avoir diffusé des informations erronées portant atteinte à l'ordre public. Ils risquent six mois de détention.

En cause, un reportage diffusé par la chaîne télé privée Ettounsiya sur le trafic d'armes aux frontières.

Le journaliste Sofiène Chourabi pose à la fenêtre de son bureau, le 18 septembre 2012 à Tunis [Fethi Belaid / AFP/Archives]
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Le journaliste Sofiène Chourabi pose à la fenêtre de son bureau, le 18 septembre 2012 à Tunis
 

"Je crains d'être emprisonné"

Pour l'un des accusés, Sofiène Chourabi, "la justice est manipulée par l'exécutif (...) le gouvernement veut tuer dans l'oeuf la contestation qui monte chez les jeunes".

Ce blogueur qui s'est fait un nom durant la révolution ne cache pas ses inquiétudes à quelques jours de son procès, au regard de la sévérité des juges dans l'affaire Weld El 15.

"Avec ce qui s'est passé (jeudi, ndlr), je crains d'être emprisonné", s'inquiète M. Chourabi.

Pour le comique Lotfi Abdelli, même si le rappeur a "abusé" avec ses insultes adressées aux policiers et aux juges dans sa chanson, "ce n'est pas une raison pour aller en prison".

"Ce gouvernement essaye d'aller vers la dictature mais on va le recadrer. On ne va pas baisser les bras, même si on risque deux ou trois ans de prison. Notre liberté d'expression est encore là, on va continuer notre révolution", dit-il.

Cet artiste rappelle que la justice n'a jamais inquiété les salafistes qui avaient empêché par leurs menaces la tenue de son spectacle en août 2012.

"Ça se passe de commentaires", poursuit M. Abdelli qui a été récemment blanchi d'accusation de diffamation -passible d'un an de prison- pour avoir brandi un doigt d'honneur en présence d'un ministre sur un plateau de télévision.

"J'attaque le gouvernement mais je travaille mes attaques pour qu'il n'y ait pas de conséquence en justice, je sais à qui je m'adresse. (Weld El 15) a été trop direct malheureusement", relève le comique.

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