Grèce : imbroglio gouvernemental sur fonds d'écrans noirs

Manifestation à Athènes contre la fermeture de la chaîne de la radiotélévision publique ERT, le 14 juin 2013 [Angelos Tzortzinis / AFP] Manifestation à Athènes contre la fermeture de la chaîne de la radiotélévision publique ERT, le 14 juin 2013 [Angelos Tzortzinis / AFP]

Les partenaires de la coalition gouvernementale grecque ont insisté samedi sur la réouverture de la radiotélévision publique, rejetant la proposition de réouverture partielle du Premier ministre Antonis Samaras, sur fond de poursuite des manifestations contre les écrans noirs de la ERT.

"Nous ne sommes pas d'accord avec cette proposition et nous réclamons l'annulation immédiate de l'acte législatif" qui a permis la fermeture unilatérale de la ERT, a déclaré à l'AFP Andréas Papadopoulos, porte-parole du petit parti de gauche démocratique (Dimar), l'un de trois membres de la cohabitation au pouvoir, avec les conservateurs de M. Samaras et les socialistes du Pasok.

Cet acte législatif signé des seuls Premier ministre Samaras et ministre des Finances, Yannis Stournaras, sans l'accord du Dimar ni des socialistes, a permis l'extinction du signal de la ERT, de toutes les chaînes de télévisions publiques et de toutes les stations de radio publiques du pays, après l'encerclement des émetteurs par la police grecque, du jamais vu depuis la création de l'Union européenne de radio-télévision en 1950, dont la ERT était un des membres fondateurs.

Le chef du Pasok le parti socialiste grec,  Evangélos Vénizélos, le 11 novembre 2012 [Louisa Gouliamaki / AFP/Archives]
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Le chef du Pasok le parti socialiste grec, Evangélos Vénizélos, le 11 novembre 2012
 

Le parti socialiste Pasok, pilier du gouvernement de coalition, réclame également la réouverture de la ERT tout en reconnaissant comme le Dimar, "la nécessité d'une restructuration" de cet organisme historique, vieux de plus de 60 ans, et dont les politiques de clientélisme sont à l'origine du dysfonctionnement.

Persistant sur sa décision de liquider la ERT, M. Samaras a appelé vendredi soir les deux autres partenaires gouvernementaux à constituer une commission chargée de faire reprendre "immédiatement" la diffusion des programmes d'information avant la création de la "nouvelle radio-télévision Nerit", prévue dans un projet de loi présenté mercredi par le ministre des Finances.

La proposition de M. Samaras "n'est pas une réponse à ce que le Pasok avait dit", commente-t-on auprès de ce parti.

"Dès que la ERT rouvre, on est d'accord pour la constitution d'une commission pour élaborer un plan de restructuration sur la base des organismes audiovisuels européens, qui sera proposé d'ici deux ou trois mois en vue de la réorganisation de la ERT", souligne M. Papadopoulos.

Dans une tribune publiée samedi dans le quotidien libéral Kathimérini, M. Samaras défend sa décision de fermeture, qui selon lui montre "la volonté politique et la détermination" de son gouvernement à lutter contre "les bastions d'opacité et de gaspillage" pour faire avancer les réformes et sortir le pays de la crise.

M. Samaras assure que les 2.700 employés de la ERT seront licenciés et "indemnisés généreusement" tandis que "certains vont être réembauchés à la nouvelle radiotélévision", qui comptera environ 1.200 personnes.

Une réunion cruciale sur le sujet est prévue lundi soir entre M. Samaras et les chefs du Pasok et du Dimar, Evangélos Vénizélos et Fotis Kouvelis alors que les manifestations devant le siège de la ERT se poursuivent ainsi que des mouvements de grève reconductibles de journalistes grecs.

Le Premier ministre grec Antonis Samaras en Finlande, le 6 juin 2013 [Heikki Saukkomaa / LEHTIKUVA/AFP/Archives]
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Le Premier ministre grec Antonis Samaras en Finlande, le 6 juin 2013
 

Le Premier ministre s'est lancé dans un bras de fer avec l'ERT après des mois d'arrêts de travail à répétition au sein de l'audiovisuel public, qui ont entraîné, selon lui, "une couverture" insuffisante de l'actualité. M. Samaras n'a apparemment pas digéré la quasi-absence de couverture de son récent voyage en Chine, pas plus que la grève des médias publics décidée lors de la visite de François Hollande en Grèce.

Les syndicats rétorquent que M. Samaras, dirigeant de la Nouvelle Démocratie, lors de son accession au pouvoir il y a un an, a nommé une nouvelle direction de l'ERT et embauché plusieurs employés, perpétuant ainsi la politique "de clientélisme" en vigueur depuis des décennies.

Samedi, des centaines d'employés de l'ERT continuaient d'occuper le siège de l'organisme à Athènes et les locaux de la station dans plusieurs villes du pays pour la quatrième journée d'affilée, produisant des programmes d'information retransmis par plusieurs sites internet grecs et par l'Union européenne de radiotélévision (UER), via quelques satellites pour la diaspora grecque à l'étranger.

Le président de l'UER, Jean-Paul Philippot, qui est venu vendredi à Athènes, représentant 51 patrons de groupes audiovisuels publics européens (BBC, Radio france...) avait appelé le gouvernement grec "à revenir sur sa décision" et à "rétablir son signal".

Il a souligné que la fermeture d'un signal de radio télévision publique de façon autoritaire par un gouvernement n'était jamais arrivée en Europe.

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