Sur les pas de Mandela à Johannesburg

Des touristes autour d'une statue de Nelson Mandela représenté en boxeur le 15 juin 2013 à Johannesburg [Mujahid Safodien / AFP] Des touristes autour d'une statue de Nelson Mandela représenté en boxeur le 15 juin 2013 à Johannesburg [Mujahid Safodien / AFP]

"Je pensais qu'il allait mourir avant la fin de la semaine et que ce tour serait une sorte d'hommage." Nelson Mandela est toujours vivant à l'hôpital, mais Lorraine Keenan a tenu à marcher sur ses pas samedi, dans le Johannesburg où il fut avocat dans les années 1950.

La balade dans le quartier où Mandela a tenu le premier cabinet d'avocats noirs d'Afrique du Sud était prévue depuis longtemps, raconte la guide Jo Buitendach, qui organise régulièrement des tours dans Johannesburg.

"J'amène de nombreux touristes ici, car ils s'intéressent beaucoup à Mandela", comme la plupart des visiteurs de la métropole sud-africaine, explique-t-elle. "La plupart d'entre eux sont très déçus par Robben Island", l'île-prison située au large du Cap où il a passé dix-huit de ses vingt-sept années de détention dans les geôles de l'apartheid.

Il n'y avait qu'un seul touriste étranger samedi, parmi la vingtaine de personnes venues marcher deux heures sur les traces du grand homme dans ce quartier qui fut un haut lieu de la résistance à la ségrégation raciale. La plupart étaient des Sud-Africains, les autres des étrangers résidant dans le pays.

Isabel Nel, une retraitée d'Hemanus (sud-ouest), explique qu'elle comptait venir de toute façon, agonie de Mandela ou pas. "Je suis sud-africaine. J'ai grandi sous l'apartheid et je suis contente que ça soit fini. Nous devons vraiment savoir ce qui s'est passé. Mandela fait partie de notre histoire!"

Un protea pour Mandela

Le petit groupe s'élance de lieu de mémoire en lieu de mémoire: d'abord par le bureau des pass, ces passeports intérieurs que les Noirs devaient toujours porter sur eux. "Quand Nelson Mandela était avocat, il s'occupait surtout de problèmes de pass", rappelle Jo Buitendach.

Des touristes devant le commissariat John Voster, où Nelson Mandela fut interrogé pendant l'Apartheid, le 15 juin 2013 [Mujahid Safodien / AFP]
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Des touristes devant le commissariat John Voster, où Nelson Mandela fut interrogé pendant l'Apartheid, le 15 juin 2013

On arrive ensuite devant John Vorster Square (aujourd'hui Commissariat central de Johannesburg), un bloc de béton où de nombreux militants anti-apartheid sont morts dans les années 1970 et 1990. L'un d'entre eux a officiellement "glissé sur une savonnette", un deuxième a "glissé dans les escaliers", un autre "est tombé de la fenêtre du 10ème étage"...

A deux pas de là, le tribunal d'instance. Et juste en face s'élève Chancellor House, un joli bâtiment des années 1940 qui vient d'être restauré. C'est là que Nelson Mandela a ouvert son cabinet en 1952 avec son ami Oliver Tambo, qui dirigera plus tard le Congrès national africain (ANC), leur parti --et dont l'aéroport de Johannesburg porte aujourd'hui le nom.

Le panneau "Mandela & Tambo, avocats" a été recréé à la fenêtre de leur ancien bureau, au 2ème étage. Et les vitrines du rez-de-chaussée ont été garnies de panneaux racontant l'histoire des deux hommes et de la lutte contre l'oppression du pouvoir blanc dans les années 1950. Un musée extérieur accessible à tous.

Défiguré par des incendies et des dégâts des eaux, le bâtiment était squatté par des sans-abri jusqu'en 2010. "Les propriétaires ne saisissaient pas sa valeur historique", indique la guide. "J'ai entendu dire qu'ils voulaient en faire un parking!"

Le petit groupe traverse alors la rue pour se recueillir devant une toute nouvelle statue haute de six mètres, installée là il y a tout juste trois semaines: elle représente un impressionnant Mandela boxant dans le vide, composée de plusieurs couches de métal peintes qui donnent un effet de 3D.

Et c'est là que Jo Buitendach dépose un protéa, la fleur nationale, en hommage au héros national, qui est soigné depuis une semaine dans un hôpital de Pretoria pour une grave infection respiratoire: "C'est de la part de nous tous, pour tout ce qu'il a fait pour nous." Recueillement.

"Je ne savais rien de ce qu'il avait fait à Johannesburg jusqu'à ce qu'il aille en prison", renchérit George Olesen, un étudiant de 20 ans venu d'Angleterre. "Même au Royaume-Uni, Mandela est une source d'inspiration, et un modèle!"

Le tour sur les pas de Mandela coûtait 110 rands (8,30 euros) par personne.

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