Grèce : la crise de l'audiovisuel place le gouvernement sous tension

Le siège de la radio-télévision publique ERT à Athènes, le 16 juin 2013 [Angelos Tzortzinis / AFP] Le siège de la radio-télévision publique ERT à Athènes, le 16 juin 2013 [Angelos Tzortzinis / AFP]

Le Premier ministre grec conservateur Antonis Samaras réunit lundi ses partenaires gouvernementaux, en désaccord avec lui sur la fermeture de la radio-télévision publique ERT, qui a suscité une vaste indignation en Grèce et à l'étranger et met à l'épreuve la coalition gouvernementale.

Antonis Samaras, également à la tête de la Nouvelle Démocratie (droite), a convoqué à 16H30 GMT ses partenaires gouvernementaux, les partis socialiste Pasok et Gauche démocratique (Dimar), qui exigent la réouverture immédiate de la ERT tout en reconnaissant "la nécessité d'une restructuration" de cet organisme historique.

Les alliés du Premier ministre l'ont mis en garde contre un éclatement de la coalition s'il maintenait sa décision de suppression de la radiotélévision publique entraînant le licenciement d'environ 2.700 employés.

"Nous sommes en faveur d'une restructuration radicale de l'ERT, mais celle-ci doit être en fonctionnement", a déclaré le leader socialiste Evangelos Venizelos dans une interview dimanche à l'hebdomadaire Real News.

"Le pays n'a pas besoin de nouvelles élections. Mais le Pasok n'acceptera pas les faits accomplis, le chantage, les pressions et les leçons de responsabilité", a-t-il menacé.

Le porte-parole de la gauche démocratique Dimar, Andreas Papadopoulos, a, lui, suggéré que le Parlement pouvait très bien trouver un autre Premier ministre sans passer par des élections en cas de non réouverture de l'ERT. "Le pays ne doit pas être amené à de nouvelles élections. Le parlement peut trouver une autre solution que ce gouvernement" a-t-il dit lundi à la radio Skai.

Dimanche, M. Samaras, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel pour les réformes engagées, avait accusé ses partenaires gouvernementaux d'"hypocrisie". Selui lui, supprimer des emplois dans le secteur public fait partie des engagements de la Grèce à poursuivre les réformes prévues par le plan d'assainissement de l'économie, dicté par la troïka des créanciers, UE-BCE-FMI.

Le Premier ministre grec Antonis Samaras, le 6 juin 2013 à Helsinki [Heikki Saukkomaa / Lehtikuva/AFP/Archives]
Photo
ci-dessus
Le Premier ministre grec Antonis Samaras, le 6 juin 2013 à Helsinki
 

"La suppression de 2.000 emplois d'ici à fin juin dans le secteur public a été signée par l'ensemble des chefs des trois partis de la coalition gouvernementale", s'est défendu M. Samaras.

"Où faudrait-il couper ces emplois, si ce n'est dans l'indigne ERT (...), l'un des bastions de l'opacité et des privilèges?", a demandé le Premier ministre.

"Mentalité de clientélisme"

Le vice-président du groupe des Verts au Parlement européen Daniel Cohn-Bendit, de passage à Athènes, a jugé lundi que M. Samaras jouait "un jeu extrêmement dangereux pour la stabilité de son pays" en risquant un éclatement de la coalition.

Le gouvernement tri-partite de M. Samaras a été constitué dans la douleur il y a exactement un an, à l'issue des élections du 17 juin 2012 sur fond d'une grave crise économique et sociale à l'époque. Ce scrutin a permis l'accession au Parlement d'un parti néonazi (Aube dorée), le seul représenté dans un Parlement en Europe.

Pour Persa Zeri, professeur de communication politique à l'Université de sciences politiques Pantion d'Athènes, le conflit montre que la "mentalité de clientélisme" est "encore apparente" au sein de la coalition. "Personne ne veut rien changer. Il y a une incapacité des hommes politiques à gérer les questions importantes en ce moment comme la réforme du secteur public" a-t-elle dit.

Des milliers de personnes rassemblées devant le siège d'ERT à Athènes le 13 juin 2013 [Louisa Gouliamaki / AFP/Archives]
Photo
ci-dessus
Des milliers de personnes rassemblées devant le siège d'ERT à Athènes le 13 juin 2013
 

"La ERT était un organisme ingérable, c'est vrai qu'il fallait le fermer, mais on ne peut pas le fermer sans un accord au sein de la coalition, il faut un dialogue démocratique avant", a-t-elle souligné.

Lundi, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a salué le travail de réforme mené sous la houlette de M. Samaras. Il a indiqué qu'il allait bientôt se rendre à Athènes pour discuter des aides bilatérales avec son homologue grec, Yannis Stournaras, notamment la mise en place d'une banque d'investissement grecque pour les petites et moyennes entreprises.

La Bourse d'Athènes, après avoir ouvert sur un recul de 3% lundi matin, a réduit ses pertes en fin de journée, clôturant en baisse de 1,27%.

Des rassemblements en faveur de la réouverture de l'ERT ont lieu lundi pour la septième journée consécutive à Athènes et dans d'autres villes.

Vous aimerez aussi

La toile géante a recouverte toute la végétation
Insolite Grèce : une toile d’araignée géante recouvre une plage de 300 mètres
Migrants : le camp de Moria à Lesbos saturé
Migrants Grèce : le camp de Moria à Lesbos saturé
Réfugiés Grèce : une célèbre réfugiée syrienne inculpée pour avoir aidé des migrants

Ailleurs sur le web

Derniers articles