Iran: pas de bouleversement avec l'élection de Rohani, un changement de style

Hassan Rohani le 16 juin 2013 à Téhéran [Atta Kenare / AFP] Hassan Rohani le 16 juin 2013 à Téhéran [Atta Kenare / AFP]

La communauté internationale a exprimé des attentes fortes à l'égard de l'Iran après l'élection à la présidence du religieux modéré Hassan Rohani dont elle espère au minimum une différence de "style", à défaut d'un véritable changement, notent diplomates et experts.

"On ne s'attend pas à un bouleversement, mais c'est l'occasion peut-être de prendre les choses différemment", commente un diplomate européen, selon lequel la présidentielle "ne va rien changer de fondamental dans le fond, mais peut-être dans le style", forcément différent de celui de Mahmoud Ahmadinedjad.

L'exercice du pouvoir par l'ex-président iranien et ses déclarations fracassantes notamment sur Israël avaient tétanisé une partie de la communauté internationale.

A l'opposé, Hassan Rohani a été surnommé le "Cheikh diplomate" pour son rôle en tant que chef de la délégation de son pays, de 2003 à 2005, dans les négociations avec les Européens sur le nucléaire iranien ayant abouti à la suspension du programme d'enrichissement de l'uranium. Mahmoud Ahmadinejad avait ensuite mis fin à l'embellie.

Des partisans Hassan Rohani le 16 juin 2013 à Téhéran [Atta Kenare / AFP]
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Des partisans Hassan Rohani le 16 juin 2013 à Téhéran

L'ancien ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw qui a côtoyé M. Rohani à cette époque, le qualifie de "diplomate et homme politique très expérimenté", son élection traduisant, juge-t-il, le souhait des Iraniens de rompre avec "l'approche abrupte et stérile" de son prédécesseur.

"Se bercer d'illusions"

A l'annonce de la victoire d'Hassan Rohani, la plupart des Etats se sont dits prêts à travailler avec lui, l'invitant à trouver "une nouvelle voie", notamment sur le dossier nucléaire et la crise syrienne. Denis McDonough, secrétaire général de la Maison Blanche, ce dimanche sur la chaîne de télévision CBS, a voulu voir dans son élection "un signe porteur d'espoir".

Dans ce concert de réactions plutôt bienveillantes, seul le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a appelé à ne pas "se bercer d'illusions", à maintenir la pression et à faire cesser le programme nucléaire iranien "par tous les moyens nécessaires".

Geneive Abdo, du groupe de réflexion Stimson Center à Washington, prédit "une probable lune de miel au début", mais se dit "très sceptique sur de réels progrès dans le dossier nucléaire" et "en Syrie, je pense qu'il n'y aura pas de changements", souligne-t-elle.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 16 juin 2013 à Jérusalem [Uriel Sinai / Pool/AFP]
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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu le 16 juin 2013 à Jérusalem

En revanche, pour Azadeh Kian-Thiebaut, professeur de sciences politiques à l'université Paris VII-Diderot, "si les Occidentaux veulent que l'Iran réintègre la communauté internationale, il y a de quoi faire avec Rohani, un modéré, un homme de négociation".

A preuve, dit-elle, sa volonté de normaliser les relations de son pays avec l'Arabie saoudite, exprimée pendant la campagne électorale. "Il n'a pas parlé de la Syrie, un dossier très épineux, mais il veut s'entendre avec les Saoudiens sur un certain nombre de dossiers".

La monarchie saoudienne sunnite apporte son soutien armé à la résistance au régime syrien de Bachar al-Assad, l'allié de Téhéran. Signe d'un détente entre Ryad et Téhéran, dimanche, le roi Abdallah d'Arabie, chef de file des monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG), a salué la volonté de coopération régionale affichée par le nouveau président iranien.

Réserves et inconnues

Ali Khamenei et Hassan Rohani le 16 juin 2013 à Téhéran [ / AFP]
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Ali Khamenei et Hassan Rohani le 16 juin 2013 à Téhéran

Experts et diplomates s'interrogent désormais sur la marge de manoeuvre de M. Rohani, sachant que le Guide suprême Ali Khamenei, maître du jeu, apparaît déterminé à maintenir une stratégie mise en place il y a des décennies, à savoir maîtriser l'outil nucléaire et les "abords" de l'Iran, notamment en Syrie.

"Le régime iranien a décidé que la Syrie était son intérêt vital et stratégique. L'Iran est un pays sérieux dans ses choix sur le long terme. Je ne pense pas qu'il renoncera à la Syrie du jour au lendemain", estime un diplomate français.

"Le Guide a la caisse, la main sur le nucléaire, il encadre les Pasdaran (Gardiens de la Révolution islamique) qui sont une véritable multinationale économique et financière", souligne un autre diplomate européen qui s'interroge sur l'influence qu'Hassan Rohani aura sur le Guide Khamenei. "Dans quelle mesure le président pourra-t-il moduler le Guide ?", dit-il.

Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, juge probable que M. Rohani soit l'avocat auprès du Guide d'un arrangement avec les Occidentaux pour éviter une crise majeure dans le dossier nucléaire.

Il émet toutefois quelques réserves sur "cet homme du sérail": "Certes, Rohani avait concédé en 2003 un accord sur la suspension des activités d'enrichissement de l'uranium. Mais il s'était vanté deux ans plus tard d'avoir accéléré la construction de centrifugeuses pendant cette suspension, ce qui était une violation de l'esprit de l'accord".

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