Crise de l'audiovisuel en Grèce: manifestation et réunion gouvernementale

Des personnes manifestent devant le siège d'ERT, à Athènes, le 19 juin 2013 [Louisa Gouliamaki / AFP Photo] Des personnes manifestent devant le siège d'ERT, à Athènes, le 19 juin 2013 [Louisa Gouliamaki / AFP Photo]

Des milliers de gens manifestaient mercredi soir à Athènes contre la fermeture des antennes de la radiotélévision publique, effective depuis huit jours, pendant que le Premier ministre conservateur Antonis Samaras recevait ses partenaires de la coalition pour tenter de désamorcer la crise.

2.000 personnes selon la police étaient rassemblées devant le siège de la radiotélévision publique ERT, située en banlieue nord-est d'Athènes pour la huitième soirée consécutive.

Elles demandent la réouverture des chaînes, abruptement fermées sur décision unilatérale du Premier ministre, qui a court-circuité ses partenaires au sein de la coalition gouvernementale.

Sur certaines bannières, on appelait à "licencier Samaras", et non pas les 2.700 "salariés de l'ERT". "Aucun compromis n'est possible en démocratie", a estimé le dirigeant de l'opposition Syriza (gauche radicale) Alexis Tsipras présent sur place pour soutenir les manifestants. Selon lui, la fermeture des chaîne constitue une "attaque brutale de la Constitution et de la démocratie".

Evangélos Vénizélos, qui dirige le parti socialiste Pasok, et Fotis Kouvélis, de la Gauche démocratique Dimar, alliés gouvernementaux de M. Samaras, réclament aussi la réouverture de l'ERT, après une décision du Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative grecque, interprétée différemment par le Premier ministre, et par ses opposants.

Un technicien d'ERT travaille le 19 juin 2013 à Athènes [Louisa Gouliamaki / AFP Photo]
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Un technicien d'ERT travaille le 19 juin 2013 à Athènes

Le Conseil d'Etat, saisi par le syndicat des employés de l'ERT menacés de licenciement, a ordonné "un sursis" à la fermeture de l'ERT et demandé une solution provisoire pour relancer les chaînes.

Mais le Premier ministre refuse de rétablir l'ERT telle qu'elle existait jusque-là, affirmant que l'organisme coûte trop cher. Il propose d'indemniser les salariés et de bientôt créer une nouvelle radiotélévision publique avec un personnel réduit.

Mercredi, la presse soulignait que si cette crise entre les partenaires gouvernementaux n'était pas réglée, elle pourrait précipiter la convocation d'élections en Grèce, une hypothèse jugée catastrophique par les partenaires européens et bailleurs de fonds de ce pays en crise, qui ont appelé à la stabilisation de la situation y régnant.

A l'ERT, mercredi soir, les journalistes occupaient toujours le siège et diffusaient un programme d'information retransmis par des sites web et l'Union européenne de radiotélévision (UER).

Les écrans restaient noirs, ou avec des bandes multicolores selon les endroits. Seule la télévision parlementaire Vouli a fait sa réapparition sur le canal de l'ERT diffusé par Nova. Les chaînes de télévision étrangères BBC, TV5, DeutscheWelle et CNN qui auparavant étaient librement accessibles ont aussi disparu des écrans, où ne demeurent que les seules chaînes privées grecques.

Lundi soir, au cours d'une première réunion des dirigeants de la coalition, le Premier ministre a proposé à ses partenaires une reprise provisoire des programmes, avec une sorte de grille minimum de programmes réalisés par une trentaine de journalistes. Il leur avait aussi laissé entendre qu'un remaniement ministériel serait possible vers la fin juin.

La Grèce doit, pour satisfaire aux exigences de la troïka des bailleurs de fonds, Union européenne (UE), Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI), mener à bien de vastes réformes visant à assainir son économie, dans le cadre d'un plan d'aide massif de 240 milliards d'euros.

La suppression de quelque 4.000 postes de fonctionnaires d'ici à la fin de l'année, dont 2.000 d'ici à la fin juin, l'une des mesures que la Grèce s'est engagée à mettre en oeuvre, avait été discutée la semaine dernière entre les hauts responsables de la troïka, à Athènes, et le ministre de la Réforme d'administration publique Antonis Manitakis.

Après plus d'une semaine de discussions sur la poursuite des réformes, la troïka a quitté mercredi Athènes et devrait y retourner avant la fin du mois.

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