Catholiques et protestants en Irlande du Nord, trente ans de conflits meurtriers

Fresque du Bogside en hommage aux victimes du Bloody Sunday.[CC/Vintagekits]

Un gouvernement d’union entre catholiques et protestants en Irlande du Nord a vu le jour le 8 mai 2007, après plus d’un siècle de luttes. Un événement historique, qui marque la fin de plus de trois décennies d’un conflit meurtrier, rendu possible grâce à l’implication du Premier ministre britannique, Tony Blair, qui achevait alors son mandat sur un succès politique.

 

Archive – article publié le 9 mai 2007

 

Une page de l’Histoire s’est tournée le 9 mai 2007 lorsque Ian Paisley a prêté serment devant le parlement d’Irlande du Nord de Stormont, à Belfast, devenant Premier ministre du nouveau gouvernement d’union entre catholiques et protestants. L’Irlande du Nord «est entrée dans une ère de paix», a-t-il déclaré peu après la cérémonie.

La tutelle britannique a été levée pour laisser la place à un gouvernement semi-autonome. Le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord, Peter Hain, a signé l’ordre autorisant le partage du pouvoir dans la province nord-irlandaise. Le nouveau gouvernement regroupe les deux camps jusque-là ennemis, le DUP (Democratic Unionist Party, protestant) du révérend Ian Paisley, qui prend le poste de Premier ministre, et le Sinn Féin catholique, branche politique du groupe armé IRA, dont le numéro deux, Martin McGuinness, occupera la fonction de vice-Premier ministre.

Ce cabinet d’union met fin à plus de trois décennies de conflit entre catholiques et protestants, au cours desquelles plus de 3 000 civils et 900 militaires ont été tués. Il est l’aboutissement d’un long cycle de discussions et de négociations entrecoupé de violences et d’affrontements. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, acteur majeur des négociations, a salue la formation du gouvernement nord-irlandais : «En regardant vers le passé, nous voyons des siècles marqués par le conflit, l’adversité et même la haine au sein des peuples de ces îles. En regardant aujourd’hui vers l’avenir, nous voyons la chance au moins d’échapper à ces lourdes chaînes de l’Histoire.»

 

Vidéo : John Lennon retrace ce conflit dans sa chanson « Sunday Bloody Sunday »

 

 

En 1921, l’Irlande est partagée en deux entités. L’Irlande du Sud qui gagne son autonomie, puis son indépendance en 1948, et l’Irlande du Nord qui reste une province britannique. Les catholiques d’Irlande du Nord sont alors relégués au rang de citoyens de seconde zone, ne disposant pas du droit de vote. Dans les années 1960, ils revendiquent l’égalité des droits égaux. C’est le début du conflit.

Le gouvernement unioniste, aux mains des protestants, s’arc-boute sur ses pouvoirs. Il interdit tout rassemblement des catholiques. En réaction, ceux-ci prennent les armes contre l’armée britannique et relancent, en 1970, l’Armée républicaine irlandaise (IRA), créée en 1919 et ayant renoncé à la violence en 1962. Le dimanche 30 janvier 1972, treize civils sont abattus par l’armée britannique au cours d’une manifestation pour l’égalité des droits civiques, à Derry. L’événement restera gravé dans la mémoire collective sous le nom de Bloody Sunday (dimanche sanglant). Il donne une tournure violente au conflit. Une longue série d’attentats perpétrés par l’IRA suivra.

Après de longues années de lutte, l’organisation amorce une détente en annonçant, en 1997, le cessez-le-feu. Une nouvelle lueur d’espoir apparaît quelques mois plus tard avec la signature de l’accord de Belfast, ou «accord du vendredi saint», le 10 avril 1998. Il prévoit un partage du pouvoir entre catholiques et protestants au sein d’une Assemblée élue. Le 2 décembre 1999, pour la première fois, l’Irlande du Nord se dégage de la tutelle britannique. Pour très peu de temps. A la suite de la découverte d’un réseau d’espionnage républicain dans le château de Stormont où siègent les députés, Londres restaure sa tutelle et suspend l’Assemblée en octobre 2002. Les divisions politiques s’accentuent. La victoire des deux partis extrémistes, le DUP et le Sinn Féin, lors des élections législatives de 2003, se traduit par un blocage politique. Pourtant, une étape capitale vers la fin du conflit est franchie lorsque l’IRA annonce, en juillet 2005, qu’elle abandonne la lutte armée.

 

Vidéo : le groupe irlandais U2 évoque le « Bloody Sunday » dans sa chanson « Sunday Bloody Sunday »

 

 

Le 9 octobre 2006, Ian Paisley accepte de rencontrer le primat catholique d’Irlande, l’archevêque Sean Brady. Rencontre jusque-là inimaginable, Paisley ayant été expulsé du Parlement européen pour avoir qualifié le pape Jean-Paul II d’antéchrist. Tony Blair déclare que «la porte est désormais ouverte pour un accord final». Le 13 octobre, l’accord de Saint Andrews, qui prévoit la constitution d’une Assemblée d’union, permet une relance du processus de paix. Mais il reste un dernier verrou à faire sauter. Le Sinn Féin refuse toujours d’accorder sa confiance à la police nord-irlandaise, traditionnellement aux mains des protestants. Il le fera le 28 janvier 2007. La voie vers la paix est ouverte. Les élections du 7 mars 2007, qui consacrent le DUP et le Sinn Féin, ont abouti hier à la formation d’un gouvernement d’union. Les élus devront à présent cohabiter au quotidien et mener un dialogue politique dans le cadre démocratique.

En effet, malgré de nombreuses difficultés, le dialogue ne s’est jamais interrompu en grande partie grâce à l’implication de Tony Blair. Il a fait de la question nord-irlandaise une de ses priorités. Pour faire aboutir les négociations, il avait promis 1,47 milliard d’euros supplémentaires pour l’Assemblée régionale ainsi qu’un moratoire sur la perception des taxes sur l’eau en Ulster, si un accord était trouvé avant le 26 mars dernier, à minuit. Pour McGuinness, «il a été le premier Premier ministre britannique à aborder sérieusement la relation de la Grande-Bretagne avec l’Irlande». Tony Blair terminait sa carrière sur un succès politique majeur.

 

Dix étapes vers un règlement du conflit

10 avril 1998. Accord du Vendredi saint, prévoyant le partage du pouvoir entre élus protestants et catholiques au sein d’institutions semi-autonomes.

2 décembre 1999. Début de l’autogestion de l’Irlande du Nord.

23 octobre 2001. L’IRA entame son désarmement.

14 octobre 2002. Des allégations d’espionnage visant le Sinn Féin provoquent une crise. L’Irlande du Nord est placée sous la tutelle de Londres.

28 juillet 2005. L’IRA donne l’ordre à ses militants d’abandonner la lutte armée.

13 octobre 2006 Tony Blair et le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, dévoilent un accord en vertu duquel le Sinn Féin acceptera l’autorité de la police nord-irlandaise et Ian Paisley un partage du pouvoir.

28 janvier 2007 Le Sinn Féin reconnaît la légitimité de la police nord-irlandaise.

7 mars 2007 Les élections législatives placent le DUP et le Sinn Féin aux première et seconde positions.

26 mars 2007 Rencontre historique entre Ian Paisley et Gerry Adams, leader du Sinn Féin. Ils approuvent le partage du pouvoir à partir du 8 mai.

8 mai 2007 Inauguration du nouveau gouvernement d’union regroupant catholiques et protestants.

 

Regain de tension en Irlande du Nord

Les incidents se multiplient à Belfast

 

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