La belle année de François

Le pape François salue la foule sur la place Saint Pierre, à Rome, en arrivant pour une audience générale, le 5 juin 2013 [Filippo Monteforte / AFP]

Le souverain pontife a changé l’image de l’Eglise tout en s’incrivant dans la continuité de ses prédécesseurs. Mais les chantiers restent nombreux.

 

Elles semblent déjà anciennes ces images du pape François au balcon de la basilique Saint-Pierre de Rome au soir de son élection. Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, était un inconnu. La posture modeste, rien en lui ne laissait présager l’emballement médiatique qu’il allait déclencher. Un an plus tard, il est l’une des figures les plus populaires de la planète.

 

Entre fascination et sidération

Après avoir collectionné les «unes» de la presse mondiale (Time, The Advocate, Rolling Stones), il continue d’enthousiasmer. En Italie, le groupe Mondadori, éditeur de Closer et Grazia, a publié le 5 mars le n° 1 de Il mio papa («Mon pape»), un hebdomadaire consacré au souverain pontife tiré à 500 000 exemplaires.

De son côté, Kristian Berg Harpviken, directeur de l’Institut de recherche sur la paix (PRIO) fait de lui son favori pour le prix Nobel de la paix 2014 «pour son œuvre (…) en faveur des démunis». Etat de grâce provisoire ou affection durable ?

Se souvenant de Jean-Paul II  – adulé lors de son élection, puis conspué pour sa fermeté sur les questions morales – François, fin jésuite, n’est pas dupe. «Dépeindre le pape comme une sorte de Superman (…) m’offense», s’irritait-il dans le Corriere della Sera le 5 mars.

Lucide, il sait que cette surmédiatisation lui sera reprochée. «Ce barnum dresse un écran de fumée qui pourrait séparer le pape médiatique du pape réel», s’inquiète ainsi Philippe Maxence, rédacteur en chef de L’Homme nouveau.

 

Les dossiers à venir

Si ce risque existe, au sein de l’Eglise, on se félicite encore des effets de cette popularité. «L’engouement des médias n’est pas qu’anecdotique. Son incidence est réelle et le discours de l’Eglise semble à nouveau entendu», analyse le père Cédric Burgun, enseignant en droit canonique et auteur de Et si on se mariait ? (éd. de l’Emmanuel).

Derrière l’exercice de la communication, se dessinent maintenant des chantiers aussi austères que cruciaux, comme la réforme de la Curie (le «gouvernement» du Vatican) ou l’instauration d’une gouvernance plus transparente. La création en avril 2013 d’un «G8 des cardinaux» pour piloter la réforme de la Curie, l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium de novembre 2013 dénonçant les méfaits du capitalisme, la création en février d’un dicastère de l’économie, sont les premiers jalons du pontificat.

Mais sur les questions éthiques, le pape ne bougera probablement pas. Le 13 jan­vier, visant l’avortement et l’euthanasie, il a redit son horreur de la «culture du déchet». Au cours des prochains mois, de la canonisation de Jean-Paul II aux synodes sur la famille en passant par un voyage en Terre sainte, le pape devra montrer qu’il est tant «curé de la planète» que souverain pontife. 

 

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