Le jihadisme, une réalité

Le suspect principal de l'affaire, Mehdi Nemmouche [BELGIAN FEDERAL POLICE / AFP]

Un homme de 29 ans, ayant séjourné en Syrie, a été interpellé vendredi à Marseille, quelques jours après le quadruple meurtre en Belgique.

 

Deux ans après les attaques de Mohamed Merah, la France est de nouveau en première ligne. Mehdi Nemmouche, 29 ans, originaire de Roubaix (Nord), est suspecté d’être l’auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles, le 24 mai, qui a fait trois morts et un blessé (dont le pronostic vital était hier soir très réservé).

L’homme est par ailleurs soupçonné d’avoir combattu en Syrie, et sa possible implication met le pays face à une réalité inquiétante : celle du retour en France, ou en Europe, des apprentis jihadistes.

Le «plus grand danger» de ces prochaines années, comme l’avait qualifié en début d’année Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur.

 

Les indices convergent

Arrêté vendredi dernier à Marseille dans un autocar en provenance de Bruxelles, Mehdi Nemmouche voit peser sur lui un «très fort faisceau d’indices», selon les autorités. Un fusil d’assaut kalachnikov et un revolver, des armes similaires à celles utilisées à Bruxelles, ont été trouvés en sa possession.

Dans ses affaires, figurait aussi un drap blanc mentionnant l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), un groupe jihadiste. Le suspect portait également sur lui une caméra GoPro, appareil qu’aurait tenté d’utiliser le tueur pour filmer ses actes. Une vidéo évoquant l’attaque a d’ailleurs été retrouvée sur sa carte mémoire.

Autre indice : son profil. Délinquant récidiviste, Nemmouche se serait radicalisé au cours de ses séjours successifs en prison. Parti en Syrie entre 2012 et 2013, il n’est revenu en Europe qu’en mars dernier.

Un parcours sur lequel il ne s’étend pas depuis le début de sa garde à vue. Celle-ci pourrait être prolongée jusqu’à jeudi si les enquêteurs considèrent que son cas constitue une menace terroriste imminente.

 

La prévention renforcée

Pour l’Etat français, cette arrestation confirme que le phénomène jihadiste (environ 800 résidents français sont actuellement en Syrie, projettent de s’y rendre ou en sont revenus ces derniers mois) a des conséquences directes en Europe.

«Nous les combattrons», a martelé hier François Hollande à trois reprises, promettant de «suivre les jiha­distes et éviter qu’ils puissent nuire». Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a d’ailleurs lancé en avril un plan «anti-jihad» d’une dizaine de mesures, surtout axées sur la prévention, afin d’éviter les départs.

Une plateforme internet et un numéro vert ont été mis en place pour que les familles puissent signaler la radicalisation d’un des leurs. S’y ajoutent le gel des avoirs financiers des filières de recrutement ou le renforcement des cyberpatrouilles sur la Toile, pour mieux repérer les endoctrinements en ligne.

Un effort «crucial», selon l’ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière. «Mais le retour des jihadistes sur le continent, en vue de commettre de possibles attentats, est tout aussi problématique», observe-t-il.

«La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) est très efficace, note l’ex-juge, mais on ne peut empêcher qu’un individu passe entre les mailles du filet, aussi fines soient-elles. Le risque zéro n’existe pas.» 

Hier, dans une déclaration commune, Bernard Cazeneuve et son homologue belge Joëlle Milquet ont souhaité un renforcement de la surveillance européenne des candidats au jihad.

Quatre arrestations en région parisienne et dans le sud de la France

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