A Gaza, la paix enterrée sous les ruines

Des Palestiniens dans une rue dévastée de Gaza, le 1er août 2014  [Mahmud Hams / AFP] Des Palestiniens dans une rue dévastée de Gaza, le 1er août 2014 [Mahmud Hams / AFP]

"Cette guerre va continuer!", peste Nidal al-Khaldi sur les décombres de sa maison éventrée dans la nuit par des obus israéliens. Dans Gaza en ruines, les Palestiniens ne croient plus en un retour de la paix.

Le silence des bombes au début de la trêve annoncée par les belligérants des deux camps aura été bref, Israël reprenant ses opérations dans la matinée avant d'annoncer le probable enlèvement d'un de ses soldats dans le sud du territoire, un casus belli.

A Al-Buraj, dans la banlieue de Gaza, les rues sont autant de tapis de poussière jonchés de gravats entremêlés de ferraille et de fils électriques, d'éclats de miroir, de souvenirs ensevelis. Un spectacle de désolation hérité de 25 jours de combats dévastateurs et meurtriers.

Là, de jeunes hommes tassent des blocs de béton qui furent encore hier des briques d'une maison; là un homme transporte dans une brouette sa chèvre blessée. Plus loin, à l'hôpital, les secouristes enfournent les cadavres, dont ceux de trois enfants, dans les réfrigérateurs à l'électricité chancelante de la morgue.

Barbe anthracite encore finement taillé, Nidal, 42 ans, sans emploi, marche dans les décombres de sa maison. La nuit dernière, peu avant la trêve théorique de trois jours annoncée par le Hamas et Israël, les chars de "l'ennemi" ont bombardé les lieux, raconte-t-il.

"A cause d'eux, nous n'avons plus de maison, nous étions sept familles à vivre ici, mais nous sommes tous à la rue. Et pourtant, cette guerre va bien continuer, je n'ai aucun problème avec ça. La résistance peut continuer", lance-t-il.

"Nous avons 1.500 martyrs et qu'est-ce que la communauté internationale fait? Rien, absolument rien. Nous vivons dans une prison à ciel ouvert. Israël détruit nos maisons, tue nos enfants et même nos animaux. Il faut bien que quelqu'un fasse quelque chose. Nous sommes prêts à sacrifier nos maisons et nos enfants pour la victoire", dégaine-t-il, convaincu qu'il n'a déjà plus rien à perdre.

- Encore des cadavres -

Quelques minutes plus tard, le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas volait en éclats après la possible capture d'un soldat israélien par le mouvement de résistance islamique palestinien, sans laisser à la vie reprendre un simulacre de normalité.

Un secouristes tente de sortir le corps d'un homme sous les décombres de sa maison après une frappe israélienne, le 1er août 2014 à Rafah, dans la bande de Gaza [Said Khatib / AFP]
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Un secouristes tente de sortir le corps d'un homme sous les décombres de sa maison après une frappe israélienne, le 1er août 2014 à Rafah, dans la bande de Gaza

Les bombardements s'intensifiaient. "Ici, il n'y a pas de trêve, que des chars. Les bombes pleuvent. Toutes les deux minutes, les chars israéliens nous bombardent", rage Mourad, 28 ans, rencontré à Zanna, dans les faubourgs de Khan Younès (sud).

Le son à la fois lourd et sourd des tirs des chars israéliens envahit ces méandres urbains. Des ambulances hurlantes zigzaguent pour se frayer un chemin.

"A une quinzaine de mètres, il y a encore des gens prisonniers de décombres, on entend leurs cris, mais on ne peut pas y aller pour le moment, c'est trop dangereux", lance Mourad, entouré d'une vingtaine de "shebabs" remontés convaincus que les affrontements vont durer.

"Nous avons tout simplement trop de martyrs. Cette guerre n'a d'autres choix que de se poursuivre", dit l'un d'eux avant de disparaître. Au loin, Rafah, près de la frontière égyptienne, est pilonnée, et des Palestiniens répètent qu'ils croient dur comme fer à une "victoire" qui ne peut signifier que plus de morts.

"La résistance est plus forte que jamais et elle ne cesse de se renforcer", lance Mussleh, chapeau vissé sur le crâne, devant un hôpital de la banlieue de Gaza où de nouveaux cadavres remplissaient déjà les morgues.

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