Irak: rare alliance entre les Kurdes et Bagdad, exode des civils

Un drapeau de l'Etat islamique (EI) flotte face à une position tenue par les Peshmerga, les soldats kurdes, le 26 juin 2014 à Sulaiman Bek, entre Bagdad et Kirkouk [Karim Sahib / AFP/Archives] Un drapeau de l'Etat islamique (EI) flotte face à une position tenue par les Peshmerga, les soldats kurdes, le 26 juin 2014 à Sulaiman Bek, entre Bagdad et Kirkouk [Karim Sahib / AFP/Archives]

Bagdad a décidé lundi d'aider les peshmergas dans leur contre-offensive contre les jihadistes, une rare coopération entre le gouvernement et les forces kurdes qui témoigne de l'aggravation de la situation dans le nord du pays, où des milliers de civils ont dû fuir leurs foyers.

Depuis le lancement le 9 juin d'une offensive d'insurgés sunnites menés par les jihadistes de l'Etat islamique (EI), les relations historiquement difficiles entre le gouvernement central et la région autonome du Kurdistan irakien se sont encore tendues, les Kurdes profitant de la déroute de l'armée irakienne pour s'emparer de territoires disputés de longue date.

Mais lundi, face à l'avancée jihadiste, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a ordonné aux forces aériennes d'apporter leur soutien aux peshmergas kurdes, a annoncé le porte-parole de l'armée, Qassem Atta.

Aux raids promis par Bagdad s'ajoute l'aide des combattants du parti kurde syrien de l'Union démocratique (PYD) qui sont arrivés en Irak prêter main forte aux peshmergas. Les relations entre le PYD et les forces kurdes ont elles aussi été très tendues par le passé, mais "le PYD s'est rendu à Sinjar en réponse à une demande du peuple", a annoncé le groupe, qui combat l'EI en Syrie.

En 48 heures, l'Etat islamique s'est emparé de plusieurs villes tenues par les Kurdes à proximité de la frontière syrienne, infligeant un sérieux revers aux peshmergas, pourtant réputés pour leur efficacité et leur organisation.

Des membres des forces kurdes prennent position pour combattre des jihadistes de l'EI, le 29 juin 2014 à Bashir près de Kirkouk [Karim Sahib / AFP/Archives]
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Des membres des forces kurdes prennent position pour combattre des jihadistes de l'EI, le 29 juin 2014 à Bashir près de Kirkouk

Les forces kurdes assuraient en effet un barrage contre l'EI, dont l'offensive a mis en déroute l'armée irakienne et abouti à la proclamation d'un califat sur un territoire à cheval entre l'Irak et la Syrie.

Mais les peshmergas sont sous pression en raison de difficultés financières et du poids que représente la sécurisation d'un territoire élargi de 40%.

Signe de leur affaiblissement, ils ont perdu dimanche trois villes, dont Sinjar, à 50 km de la frontière syrienne. La ville, qui compte 310.000 habitants, accueille aussi des dizaines de milliers de réfugiés ayant fui devant l'avancée des insurgés sunnites dans la région ces dernières semaines.

La veille, les jihadistes avaient pris le contrôle de Zoumar, et ils menacent désormais le barrage de Mossoul, le plus grand du pays.

Mossoul elle-même, deuxième ville d'Irak, est aux mains des insurgés depuis près de deux mois.

- 'Nettoyage ethnique' -

Ces combats ont chassé de chez eux près de 200.000 personnes, s'est alarmé l'ONU dimanche, évoquant une "tragédie humanitaire" pour les familles jetées sur les routes.

Une famille irakienne arrive à un camp de réfugiés de l'ONU à Aski Kalak, au Kurdistan irakien, le 1er juillet 2014 [Safin Hamed / AFP/Archives]
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Une famille irakienne arrive à un camp de réfugiés de l'ONU à Aski Kalak, au Kurdistan irakien, le 1er juillet 2014

Précédés par leur réputation de cruauté forgée à coup de pendaisons et d'exactions à l'encontre de tous ceux qu'ils considèrent comme "infidèles", les jihadistes ont fait fuir les populations en quelques heures à peine.

"Ils n'ont pas beaucoup d'armes, mais leur propagande est très efficace. A Sinjar, ils ont envoyé des messages informant qu'ils allaient prendre la ville dans l'heure, et tout le monde a fui", raconte Abou Assad, un Turcoman chiite de 50 ans parti vers Dohouk, dans la région autonome du Kurdistan irakien, avec sa femme et leurs 7 enfants.

Des centaines de familles turcomanes chiites s'étaient réfugiées à Sinjar après avoir fui Tal Afar, une ville à une cinquantaine de km plus à l'est tombée aux mains des insurgés le 23 juin.

Aux Turcomans s'ajoutent de nombreux Yazidis, une minorité kurdophone considérée comme des adorateurs de satan, et désormais en grand danger, selon des militants.

"Ce que l'EI a fait contre les Yazidis à Sinjar relève du nettoyage ethnique", a déclaré Khodhr Domli, un militant des droits de l'Homme yazidi basé à Dohouk.

"Il y a encore des milliers de personnes faisant route vers Dohouk, mais des milliers d'autres sont coincées dans les montagnes de Sinjar. Il y a des personnes âgées parmi elles, des enfants. Ils n'ont ni eau, ni nourriture. Certaines ont déjà trouvé la mort", a-t-il dit à l'AFP.

"Le dernier contact qu'on a eu remonte à la nuit dernière mais aujourd'hui on n'a pas réussi à communiquer avec elles", a-t-il poursuivi.

Les jihadistes sont déterminés à étendre leur emprise sur les territoires tenus par les Kurdes dans le nord de l'Irak.

"Les brigades de l'Etat islamique ont maintenant atteint le triangle entre la Turquie, la Syrie et l'Irak. Que Dieu permette à ses moujahidine de libérer la région entière", a indiqué l'EI dans un communiqué.

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