Erbil : "peur et dénuement", témoigne Mgr Lebrun

L'évêque de Saint-Etienne Dominique Lebrun serrant la main du recteur de la mosquée de la ville, Larbi Marchiche, le 14 février 2010 à Saint-Etienne [Philippe Merle / AFP/Archives] L'évêque de Saint-Etienne Dominique Lebrun serrant la main du recteur de la mosquée de la ville, Larbi Marchiche, le 14 février 2010 à Saint-Etienne [Philippe Merle / AFP/Archives]

"La peur et le dénuement" règnent à Erbil au Kurdistan irakien où ont afflué des milliers de familles chrétiennes fuyant les jihadistes, a témoigné l'évêque de Saint-Etienne, à Erbil depuis samedi.

 

Mgr Dominique Lebrun, dans un entretien téléphonique avec l'AFP à Lyon dimanche, évoque "une extermination des minorités" dans la région.

QUESTION : Que vous disent les réfugiés ?

R: "Les gens sont dans la peur et le dénuement. Des dizaines de milliers de personnes, essentiellement des chrétiens et des Yazidis, ont été chassés de leurs villes et de leurs villages avec des exactions terribles.

Sur 50.000 personnes à Qaraqosh (principale ville chrétienne d'Irak, ndlr), il y en a à peu près 200 qui sont restés dont des grabataires, dont quelques-uns après avoir essayé de fuir ont été tirés comme des lapins. On estime à 120.000 le nombre de chrétiens qui ont tout perdu. J'ai vu des milliers de familles, agglutinées autour des églises et dans les parcs publics de la ville d'Erbil. J'ai vu des familles qui n'avaient plus rien du tout, même pas de tentes, qui dorment dehors. J'ai vu trois triplés, des enfants qui ont 20 jours dont un est malade.

L'Eglise Saint-Joseph à Erbil, où ont trouvé refuge des chrétiens de Qaraqosh, le 7 août 2014 [Safin Hamed / AFP/Archives]
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L'Eglise Saint-Joseph à Erbil, où ont trouvé refuge des chrétiens de Qaraqosh, le 7 août 2014

J'ai vu une famille éplorée car le grand-père était mort dans la fuite. Ce sont des gens qui n'ont plus rien du tout et qui sont dans le désespoir. Ils racontent qu'à une heure du matin, la rumeur a dit: +il faut évacuer la ville car l'armée islamique arrive+. Et donc à une heure du matin, ils sont sur les routes. Ils partent à toute vitesse dans une voiture et au bout de 5 km, on leur dit qu'il faut la laisser. Pourquoi? Ils se retrouvent à ce moment dans la zone de l'armée islamique, veulent passer chez les Kurdes mais ceux-ci refusent, en raison des risques d'attentat, que quoi que ce soit transite. J'ai entendu dire aussi que des Yazidis ont fui dans la montagne et qu'on a enlevé 70 femmes qui se retrouvent, d'après les témoignages qu'on a, à Mossoul pour être vendues."

Q: Comment s'organisent les secours ?

R: "Actuellement, ce sont les communautés catholiques qui les prennent en charge comme elles peuvent. La solidarité est à l’œuvre. On a cru entendre qu'il y avait l'Unicef mais nous ne les avons pas rencontrés. On a visité deux centres de réfugiés, pour autant qu'on puisse appeler cela des centres parce qu'il n'y a pas d'organisation ou très peu, et actuellement il n'y a rien, la situation est dramatique sur le plan humanitaire. On peut juger déjà qu'on est face à une extermination des minorités dans cette région."

Q: Que réclamez-vous face à cette situation ?

R: "On a en face de nous des terroristes qui sont sans foi ni loi et en même temps qui peuvent être arrêtés. Ce sont 5.000 combattants, sauf qu'on ne sait pas par qui ils sont soutenus. Ils sont évidemment soutenus, ils ont du matériel. Il faut que la communauté internationale, qui a l'air unanime, détermine qui aide ces gens-là. Il y a une action diplomatique à avoir, une action humanitaire et aussi une action, je suis désolé de le dire en tant qu'évêque, militaire. Il faut employer la force, comme les Américains ont commencé à le faire mais avec une analyse précise de la situation... Il faut que ce soi-disant État, cette soi-disant armée soit arrêtée."

 

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