Les chrétiens d'Irak implorent la Vierge à Lourdes

Un Irakien catholique assiste aux fêtes de l'Assomption à Lourdes le 15 août 2014 [Pascal Pavani / AFP] Un Irakien catholique assiste aux fêtes de l'Assomption à Lourdes le 15 août 2014 [Pascal Pavani / AFP]

"Nous ne mendions pas de l'argent, nous implorons le monde de prier pour la paix en Irak", martèle le père Boutros Chitou, venu à Lourdes de Bagdad avec quelques dizaines de chrétiens irakiens, dont les souffrances face aux jihadistes étaient vendredi au coeur du pèlerinage de l'Assomption.

Pour la première fois, la ville de Sainte Bernadette vit au rythme de prières pour les chrétiens d'Orient: Syriens, Palestiniens, Libanais, Egyptiens mais surtout Irakiens aujourd'hui menacés de génocide dans ce pays en guerre.

Et la traditionnelle prière pour la France du 15 août s'est accompagnée d'une prière pour les chrétiens d'Orient dans toute la France, conformément à une décision de la Conférence des évêques.

"Nous te prions Seigneur en particulier pour les chrétiens d'Orient et en particulier pour les chrétiens d'Irak, de Syrie, du Liban et d'Egypte, pour ceux qui subissent la répression au quotidien", a récité vendredi matin à Lourdes l'évêque de Tarbes et Lourdes, Nicolas Brouwet.

Jeudi soir déjà, il avait dit "prier pour tous ceux qui sont mis à mort pour leur foi dans le Christ et pour ceux qui sont enlevés, emprisonnés et torturés". Des propos traduits dans plusieurs langues dont l'arabe et l'araméen, la langue du Christ encore parlée par les chaldéens d'Irak, une des plus vieilles communautés chrétiennes de la région.

Le pape François avait, lui, exhorté le 27 juillet les belligérants du Proche-Orient à arrêter la guerre.

 

- La France liée aux chrétiens d'Orient -

Pour la 141e fête de l'élévation au ciel de Marie, mère de Jésus, les neuvaines de prières ont précédé la procession traditionnelle du 14 au soir en présence de plusieurs milliers de chrétiens venus de tous pays, dont de nombreux handicapés et malades. Sous les innombrables bougies, la récitation des mystères de Jésus s'est accompagnée d'invocations aux chrétiens d'Orient, une première au sanctuaire marial.

Une Irakienne catholique prie à Lourdes le 15 août 2014. [Pascal Pavani / AFP]
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Une Irakienne catholique prie à Lourdes le 15 août 2014.

"C'est une joie immense, un grand réconfort pour nous", témoigne le père Boutros, 34 ans, en perpétuelle prière pour ce pays déchiré par le chaos avec son lot d'enlèvements, viols, assassinats, devenu proie des jihadistes qui massacrent faute de pouvoir convertir.

"Je pense que nous avons une tradition en France, une histoire avec l'Orient", disait-il également. "La France est à la fois protectrice des lieux saints et d'une manière générale, elle a toujours été préoccupée par la présence des chrétiens dans cette région".

Elias, installé maintenant avec ses trois frères et leur famille en France, reste dubitatif. "Rien n'arrêtera les jihadistes en Irak", dit-il entre deux prières près de la grotte où la Vierge est, selon la chrétienté, apparue 18 fois à Sainte Bernadette au XIXe siècle.

 

- "Nous mourrons là-bas" -

"Ils ont donné quelques heures à ma belle-mère et sa fille pour quitter Qaraqosh", la plus grande ville chrétienne d'Irak, située non loin de Mossoul, dans le nord du pays. "En pleine nuit. En chemise de nuit".

Des fidèles irakiens communient à Lourdes le 15 août 2014. [Pascal Pavani / AFP]
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Des fidèles irakiens communient à Lourdes le 15 août 2014.

Pour ce professeur de mathématiques de 51 ans, il n'y a plus rien à espérer de son pays. "Nous avons toujours été ballottés entre chiites et sunnites. Il vaut mieux que les chrétiens s'en aillent", dit ce père de quatre enfants, dont le dernier de neuf mois est né en France.

"Je prie ici avec les miens, pour les miens, pour qu'ils s'en aillent", dit-il. "Et s'ils devaient rester, s'il vous plaît, lance-t-il à la journaliste de l'AFP, écrivez-bien qu'une force internationale doit aller les protéger"...

Le père Boutros, originaire de Qaraqosh également mais qui officie à Bagdad, n'est pas de cet avis. "Nous voulons rester chez nous", affirme-t-il, tout comme ce Palestinien de Bethléem, Youssef, accompagné de son épouse au pèlerinage.

"Nous ne partirons jamais. Nous mourrons là-bas, quoi qu'il arrive", dit-il en évoquant l'interminable guerre israélo-palestinienne.

 

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