Le surf comme antidote à la misère des township du Cap

Un jeune garçon participe le 7 août 2014 sur la plage de Monwabis dans la banlieue du Cap aux activités de Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG fondée par le surfeur britannique Tim Conibear [Rodger Bosch / AFP] Un jeune garçon participe le 7 août 2014 sur la plage de Monwabis dans la banlieue du Cap aux activités de Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG fondée par le surfeur britannique Tim Conibear [Rodger Bosch / AFP]

Pour fuir la violence de son miséreux township de la banlieue du Cap, Luxolo Ponco plonge dans l'océan avec une planche de surf. Malgré les requins.

"Quand les gangs se battent entre eux, je viens ici pour faire du surf, et je me sens en sécurité", dit à l'AFP le jeune homme de 17 ans sur la plage de Monwabisi, en contrebas du gigantesque township noir de Khayelitsha, un amas de bidonvilles construits sur des dunes, et tristement connu pour sa violence.

La sécurité est pourtant toute relative. Un requin a attaqué un surfeur à quelques kilomètres de là début août, et un pêcheur a été abattu par des voleurs sur la plage en juin.

Luxolo n'en a cure. Il est l'un des 250 habitués de Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG fondée par le surfeur britannique Tim Conibear qui donne un cadre social aux gamins paumés des townships.

En ce froid matin d'hiver austral, ils sont une trentaine à se préparer dans le local de l'association, un vieux conteneur entouré d'un mur de parpaings --sur lequel ont été peintes des fleurs-- surmonté de lames de rasoir, pour éviter les intrusions.

Le plus jeune a 7 ans. Ils ajustent leurs combinaisons offertes par des sponsors, certaines sont un peu larges et laisseront sans doute passer l'eau glacée de l'Atlantique. Plusieurs planches sont plus qu'usées...

Qu'importe! Après un échauffement énergique fait de chants et des danses traditionnelles, ils s'élancent vers l'océan avec une confiance étonnante.

Les enfants écoutent le 7 août 2014 sur la plage de Monwabisi, en contrebas du gigantesque township noir de Khayelitsha, dans la banlieue du Cap, les éducateurs de Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG fondée par le surfeur britannique Tim Conibear qui donne un cadre social aux gamins paumés des townships [Rodger Bosch / AFP]
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Les enfants écoutent le 7 août 2014 sur la plage de Monwabisi, en contrebas du gigantesque township noir de Khayelitsha, dans la banlieue du Cap, les éducateurs de Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG fondée par le surfeur britannique Tim Conibear qui donne un cadre social aux gamins paumés des townships

"J'aime trop surfer", rigole Thozamile Nompondo, un svelte garçon de 19 ans qui est maintenant un "jeune leader" du projet après trois ans de surf.

Ado, il reniflait de la colle et fumait des joints, et ses amis du township le poussaient à rejoindre l'un des gangs.

"Depuis que j'ai commencé à surfer, j'ai dit +plus de gangsters!+ Ca a changé ma vie."

Les enfants "apprennent à croire en eux-mêmes et se rendent compte qu'ils peuvent atteindre leurs objectifs", se réjouit Nolwazi Makhuluphala, une responsable de l'ONG.

- Accros au surf -

La plupart des jeunes surfeurs ne savaient pas nager quand ils ont rejoint Waves for Change et avaient à peine vu la plage, pourtant à deux pas de Khayelitsha.

"Il y a cette ressource incroyable à leur porte! Les gens dans d'autres régions paient des millions pour vivre près de la plage", s'enthousiasme Tim Conibear.

Venu en Afrique du Sud avec l'ambition de faire du vin, ce surfeur de 32 ans est tombé amoureux du Cap et d'une femme du coin qu'il a épousée.

Un jeune garçon prend part le 7 août 2014 aux activités de l'ONG Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG qui donne un cadre social aux gamins paumés des townships, dans la banlieue du Cap [Rodger Bosch / AFP]
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Un jeune garçon prend part le 7 août 2014 aux activités de l'ONG Waves for Change ("des vagues pour changer"), une ONG qui donne un cadre social aux gamins paumés des townships, dans la banlieue du Cap

Touché par le triste sort des habitants des townships, il a créé l'ONG pour attirer les enfants vers le surf, au point d'en faire leur passion.

Le programme "favorise un apprentissage actif, des discussions ouvertes et une connexion à des soutiens supplémentaires dans le domaine social, la santé ou l'éducation", explique-t-il.

La plupart des garçons et quelques filles présents ont subi traumatisme émotionnel, mauvais traitements, sévices sexuels et/ou violence domestique, ou ont été livrés à eux-mêmes. Beaucoup ont été aiguillés vers le programme par leurs écoles où ils étaient en difficulté.

MacGyver Ngeyakhe, 26 ans, est le responsable des opérations de l'ONG à Khayelitsha. Arborant un grand sourire éclairci par quelques dents manquantes, ce garçon tatoué connaît bien ce qu'ont traversé les enfants dont il a la garde.

"J'ai été un mauvais garçon. La mer m'a aidé à changer", dit-il à l'AFP.

Preuve que la mer est maintenant en train de changer les jeunes qui lui sont confiés, il souligne qu'"ils voulaient encore surfer le jour de l'attaque de requin" au début du mois d'août.

Asenathi, un garçon timide de 13 ans, a une explication très sud-africaine quand on lui demande pourquoi il voulait quand même retourner à l'eau.

"Nous avons peur des requins, mais nous nous sommes dit +aucun Noir n'a jamais été mangé par des requins. C'est toujours des Blancs+ (ce qui est faux, ndlr). C'est ce que nous nous sommes dit pour rester forts !"

Sous le régime raciste de l'apartheid, les meilleures plages étaient réservées aux Blancs, et on n'aurait jamais vu un Noir des townships sur une planche de surf.

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