Pakistan: l'armée appelle au "dialogue" pour sortir de la crise

Imran Khan s'adresse à ses partisans à Islamabad le 20 août 2014  [Farooq Naeem / AFP] Imran Khan s'adresse à ses partisans à Islamabad le 20 août 2014 [Farooq Naeem / AFP]

La puissante armée pakistanaise appelait mercredi à un dialogue pour mettre fin au bras de fer entre le Premier ministre Nawaz Sharif et les opposants Imran Khan et Tahir ul-Qadri dont les milliers de partisans campent devant le parlement pour exiger la dissolution de la chambre.

Les manifestants, réunis depuis vendredi soir près du centre de la capitale, ont pénétré sur le coup de minuit mercredi dans la "zone rouge", secteur stratégique qui abrite le Parlement, la résidence du Premier ministre et les principales ambassades.

Le gouvernement avait pourtant barricadé le secteur à l'aide de conteneurs géants et transféré le contrôlé de cette zone à l'armée.

Mais Imran Khan, ex-star du cricket au look de playboy rebelle reconverti dans la politique, et son acolyte Tahir ul-Qadri, chef politico-religieux modéré qui compte un noyau durs de dévots, ont loué deux grues mobiles pour déplacer les conteneurs. Et les autorités ont joué l'apaisement.

Résultat, les manifestants ont glissé dans la "zone rouge" comme un couteau dans du beurre. Sans heurts, sans violence, sans résistance aucune des forces de sécurité.

Mercredi matin, ils étaient encore des milliers à camper devant le parlement, couchés dans des tentes ou sous un parasol pour se prémunir du soleil de plomb, à attendre les consignes de leurs chefs.

La police anti-émeute pakistanaise se met en place lors d'une manifestation d'opposants à Islamabad, le 19 août 2014 [Aamir Qureshi / AFP]
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La police anti-émeute pakistanaise se met en place lors d'une manifestation d'opposants à Islamabad, le 19 août 2014

Et si l'atmosphère restait bon enfant en journée, elle pourrait se tendre en soirée, moment où les manifestations prennent de l'ampleur, car Imran Khan a appelé à marcher sur la résidence du Premier ministre Sharif si ce dernier ne démissionnait pas.

"La pression publique est très forte. Si dieu le veut, le chef de l'armée va dire à Nawaz et son frère Shahbaz (ministre en chef de la province du Penjab) de dégager", lance Basharat, 35 ans, partisan du Parti de la Justice (PTI) d'Imran Khan.

- Le rôle de l'armée -

Mais pour l'instant, l'armée a plutôt appelé au dialogue afin de dénouer la crise qui paralyse la capitale depuis près d'une semaine.

"La situation nécessite de la patience, de la sagesse, et de la sagacité de la part de toutes les parties pour mettre un terme à l'impasse actuelle via un dialogue profond qui est dans l'intérêt de la nation", a ainsi déclaré mercredi son porte-parole.

Mais dans un pays qui a connu trois coups d'Etat depuis son indépendance en 1947, où l'équilibre entre le pouvoir civil et la puissante armée demeure encore source de conjectures constantes, les doutes persistent sur le rôle de l'armée dans cette crise.

"Les militaires ont testé Nawaz Sharif à trois reprises et ils sont déçus. Alors pourquoi, le laisseraient-ils exister cette fois", s'interroge l'analyste militaire Ayesha Siddiqua.

Nawaz Sharif a été élu Premier ministre pour la troisième fois de sa vie lors des élections législatives de mai 2013 que ces rivaux Khan et Qadri estiment être truffées de fraudes malgré la validation des résultats par des observateurs internationaux.

Des partisants de Tahir-ul-Qadri se reposent devant le Parlement à Islamabad, le 20 août 2014 dans le cadre des manifestations réclamant la dissolution du gouvernement  [Aamir Qureshi / AFP]
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Des partisants de Tahir-ul-Qadri se reposent devant le Parlement à Islamabad, le 20 août 2014 dans le cadre des manifestations réclamant la dissolution du gouvernement

En 1999, lors de son second mandat, Sharif avait été renversé par Pervez Musharraf, aujourd'hui accusé de "haute trahison" par un tribunal mis sur pied par son gouvernement, une première dans l'histoire du pays pour un ex-général.

Outre l'affaire Musharraf, l'armée demeure réticente à un rapprochement avec l'Inde voisine et reprocherait à Nawaz Sharif d'avoir trop attendu pour lancer, à la mi-juin, une offensive contre les fiefs talibans dans la zone tribale du Waziristan du Nord, frontalière de l'Afghanistan.

Selon certains commentateurs, Imran Khan et Tahir ul-Qadri jouent ainsi le jeu de l'armée, ou du moins d'une partie des services de renseignement, afin d'accroître la pression sur le pouvoir civil.

En laissant les manifestants entrer dans la zone rouge, l'armée a-t-elle simplement voulu accroître la pression sur Sharif et forcer le dialogue à son avantage? Ou concocte-t-elle un autre plan? "Personne ne comprend pour l'instant", répond un diplomate occidental.

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