Irak: nouvelles frappes américaines contre les jihadistes après l'exécution du journaliste

Des peshmergas inspectent l'épave d'un véhicule aux couleurs de l'Etat islamique, détruit par une frappe américaine, à Baqufa au nord de Mossoul, le 18 août 2014 en Iraq [Ahmad Al-Rubaye / AFP] Des peshmergas inspectent l'épave d'un véhicule aux couleurs de l'Etat islamique, détruit par une frappe américaine, à Baqufa au nord de Mossoul, le 18 août 2014 en Iraq [Ahmad Al-Rubaye / AFP]

Les Etats-Unis ont maintenu la pression jeudi sur les jihadistes de l'Etat islamique en lançant de nouvelles frappes dans le nord de l'Irak après l'onde de choc provoquée à travers le monde par la décapitation d'un journaliste américain.

Le Pentagone a révélé avoir mené, en vain, un raid en juillet pour tenter de sauver les otages détenus par l'EI. Dans la vidéo montrant l'assassinat de James Foley, les jihadistes menacent d'exécuter un second otage américain, Steven Sotloff, également journaliste, si le pilonnage se poursuit.

L'armée américaine a mené six nouvelles frappes contre des positions des insurgés aux environs du barrage stratégique de Mossoul, la deuxième plus grande ville du pays, repris dimanche à l'EI par les forces kurdes et irakiennes.

Depuis le début des bombardements, le 8 août, 90 frappes aériennes ont été menées en Irak, selon le commandement américain chargé de la région (Centcom). Le ministre américain de la défense Chuck Hagel devait s'exprimer jeudi à 19H30 GMT.

Le président français François Hollande a appelé jeudi à une large mobilisation internationale. "Ce n'est pas simplement un groupe terroriste comme hélas on en a connu, dispersé, éparpillé, avec plusieurs chefs, c'est une entreprise terroriste qui a décidé d'asservir, d’annihiler, d'anéantir", a-t-il dit lors d'une visite à la Réunion, dans l'océan Indien.

"Si le monde ne s'organise pas par rapport à ce groupe, il y aura d'autres images aussi effroyables", a-t-il poursuivi, rappelant sa proposition de prochaine conférence internationale "contre l'Etat islamique et surtout pour la sécurité en Irak".

Mercredi, le président Barack Obama avait rendu hommage au journaliste américain décapité, appelant "les gouvernements et les peuples du Moyen-Orient" à lutter contre l'Etat islamique qui a conquis de larges parties du territoire syrien et progresse rapidement en Irak, pour "extraire ce cancer afin qu'il ne se répande pas".

"Quand des Américains sont visés quelque part, nous faisons ce qui est nécessaire pour que justice soit faite", a-t-il promis. Mais peu après ses déclarations, le Pentagone a reconnu avoir subi un échec militaire "un peu plus tôt cet été" en Syrie.

Il a révélé qu'une opération avait été effectuée pour secourir "un certain nombre d'Américains retenus en otage en Syrie" par le groupe jihadiste mais qu'elle avait échoué, "parce que les otages n'étaient pas présents" là où le pensaient les renseignements américains.

C'est la première fois que les Etats-Unis rendent publique une opération de ce type sur le sol syrien depuis le début du conflit en mars 2011.

Selon le site d'information américain GlobalPost, l'un des employeurs de James Foley, ses ravisseurs avaient réclamé une rançon de de 100 millions d'euros.

- "Crimes sauvages"-

M. Obama a jugé que l'EI, qui veut instaurer un califat en Irak et en Syrie, n'avait "pas sa place au XXIe siècle" et que ce groupe islamiste ultra-radical "ne parlait au nom d'aucune religion".

La vidéo diffusée sur internet et intitulée "Message à l'Amérique" montre un homme s'exprimant en anglais avec un accent britannique, masqué et habillé de noir qui semble couper la gorge de James Foley, enlevé en novembre 2012 en Syrie.

Le Premier ministre britannique David Cameron a déclaré qu'il était "de plus en plus probable" que le bourreau non identifié soit un Britannique.

Pour le chef d'Interpol, Ronald Noble, cette implication probable d'un Britannique démontre "une nouvelle fois la nécessité d'une réponse multilatérale contre la menace de terreur de combattants radicalisés transnationaux" au Moyen Orient.

Les images de l'exécution ont provoqué la révulsion et le début d'une mobilisation plus large des pays occidentaux et ont aussi choqué le pays musulman le plus peuplé du monde, l'Indonésie.

La France a dit envisager une "stratégie globale" contre un "quasi-Etat terroriste", tandis que Berlin et Rome se sont dits prêts à faire comme Washington et Paris, en livrant des armes aux forces kurdes pour les aider à repousser l'offensive jihadiste dans le nord de l'Irak.

La présidence tunisienne a vivement condamné jeudi les "crimes sauvages" de l'EI, jugeant que cette organisation représentait "un danger pour tous les Etats de la région".

Le Qatar a également condamné jeudi la décapitation du journaliste américain, dénonçant "un crime contraire aux principes de l'islam".

De son côté, l'Iran a lié une aide éventuelle dans la lutte contre l'EI en Irak aux négociations nucléaires avec les grandes puissances. "Si nous acceptons de faire quelque chose en Irak, l'autre partie dans les négociations devrait faire quelque chose en retour", a déclaré le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, cité par l'agence officielle Irna.

Le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, qui dirige un pays où est pratiqué un islam modéré, a jugé la violence des jihadistes "humiliante" pour les musulmans.

"C'est choquant, hors de contrôle", a-t-il déclaré au quotidien The Australian en appelant "tous les dirigeants à revoir leur façon de lutter contre l'extrémisme".

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