La Chine célèbre Deng Xiaoping et dépeint l'actuel président comme son héritier

Des portraits du président chinois Xi Jinping aux côtés de ses prédécesseurs (de d à g): Hu Jintao, Jiang Zemin et Deng Xiaoping, au musée de Tianjin le 28 septembre 2013 [Mark Ralston / AFP] Des portraits du président chinois Xi Jinping aux côtés de ses prédécesseurs (de d à g): Hu Jintao, Jiang Zemin et Deng Xiaoping, au musée de Tianjin le 28 septembre 2013 [Mark Ralston / AFP]

En rendant cette semaine un hommage appuyé à Deng Xiaoping, père de l'ouverture économique du pays il y a 35 ans, la propagande chinoise a surtout insisté sur les similitudes avec l'actuel président Xi Jinping, qui s'en revendique l'héritier.

Le 110e anniversaire de la naissance de Deng Xiaoping, ce vendredi, est célébré avec pompe: une volumineuse biographie officielle a été publiée, et une série télévisée en 48 épisodes, diffusée en prime-time, lui est consacrée.

Cette longue série retrace seulement huit années de sa vie et s'arrête en 1984: bien avant la répression sanglante du mouvement étudiant de Tiananmen en 1989, mais suffisamment tôt pour montrer l'essor des réformes qui ont permis le décollage économique du pays.

Dans les médias officiels, les articles donnent cependant l'impression de voir double: ils encensent autant Deng que l'actuel chef d'Etat Xi Jinping.

"Pour enflammer de nouveau la nation, Xi porte le flambeau qu'il a reçu de Deng", titre une dépêche de l'agence officielle Chine nouvelle.

Xi a veillé à faire lui même un éloge poignant du "camarade Deng" dans un discours mercredi, jugeant que "sa contribution (avait) changé le cours de l'histoire de l'humanité".

- De Deng au "rêve chinois"-

Xi "veut clairement apparaître l'héritier de Deng, plutôt que simplement le successeur de Jiang Zemin et Hu Jintao" --ses prédécesseurs moins flamboyants qui "ne sont pas perçus comme de grands dirigeants"--, souligne Joseph Cheng, sinologue de la City University de Hong Kong.

Communiste de la première heure, Deng avait accédé au pouvoir après l'élimination de la faction maoïste et la fin des violences de la Révolution culturelle (1966-1976), qui ne l'avaient pas épargné.

A la fin des années 1970, Deng, connu pour sa petite taille et sa ténacité, avait lancé de vastes réformes d'inspiration libérale, d'ouverture à l'international et de libéralisation de la production... préambule à trois décennies de stupéfiante croissance.

Deng --qui avait souffert des dérives du maoïsme-- s'était farouchement opposé à tout culte de sa personne.

Mais son modèle --mêlant autoritarisme politique et pragmatisme économique, pouvoir du Parti unique et capitalisme débridé-- est resté l'idéologie des autorités communistes, et son slogan "Il est glorieux de s'enrichir" est encore régulièrement cité.

Xi Jinping, arrivé au pouvoir fin 2012, "veut essentiellement se réclamer de l'esprit de Deng, en lançant des réformes (économiques) tout en restant orthodoxe sur le plan politique", observe John Delury, expert à l'université sud-coréenne Yonsei.

Le "rêve chinois" défendu par Xi vise en effet à "approfondir fondamentalement les réformes", mais il a également lancé une campagne anti-corruption qui --selon les analystes-- lui permet de faire taire toute opposition politique.

La répression des voix dissidentes --blogueurs, mouvements citoyens et médias-- s'est par ailleurs intensifiée.

- Le fantôme de Mao -

Deng, décédé en 1997, "est vu comme un dirigeant fort, un réformateur, capable de faire valser les têtes et en même temps un tenant de la loyauté au Parti", a indiqué M. Delury à l'AFP.

Le président chinois Xi Jinping lors d'une conférence de presse à Pékin le 19 août 2014 [How Hwee Young / Pool/AFP/Archives]
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Le président chinois Xi Jinping lors d'une conférence de presse à Pékin le 19 août 2014

Le parallèle dans les images de propagande est frappant: Deng était connu pour ses attitudes "terre à terre" et son langage franc; de même, Xi tente d'apparaître "proche du peuple", dans des boutiques de raviolis et villages campagnards.

Mieux encore, Xi peut se prévaloir d'une connexion directe avec Deng Xiaoping, dont son propre père Xi Zhongxun était un fidèle auxiliaire, chargé de superviser les réformes dans le Guangdong (sud), laboratoire de l'ouverture économique du pays.

"Deng menait un jeu dangereux: il voulait éradiquer le maoïsme tout en laissant intacte la figure de Mao. Et il ne désirait certainement pas être lui même un nouveau Mao", explique John Delury.

"Il ne voulait pas démanteler complètement l'hagiographie autour de Mao, de peur de saper l'histoire et l'autorité du Parti communiste", ajoute-t-il.

Deng avait simplement avalisé le jugement officiel selon lequel Mao "avait eu raison à 70%, tort à 30%".

Or, Xi porte sur Mao une appréciation "semblable à celle de Deng", a assuré le mois dernier le Quotidien du Peuple, sans offrir de détails.

Pour Joseph Cheng, le président "ambitionne de compter parmi les grands dirigeants (de l'histoire contemporaine), de sorte à ce qu'on parle désormais du trio Mao, Deng, et... Xi Jinping".

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