Pakistan: vers un "coup d'Etat de velours" de l'armée ?

Des partisans du parti de Nawaz Sharif, le Premier ministre pakistanais, manifestent contre la fronde menée par les opposants Imran Khan et Tahir-ul-Qadri, le 22 août 2014 à Lahore [Arif Ali / AFP] Des partisans du parti de Nawaz Sharif, le Premier ministre pakistanais, manifestent contre la fronde menée par les opposants Imran Khan et Tahir-ul-Qadri, le 22 août 2014 à Lahore [Arif Ali / AFP]

Le Pakistan s'est enfoncé dans la crise cette semaine avec la fronde antigouvernementale menée par l'opposant Imran Khan, les yeux étant désormais rivés sur l'armée qui pourrait dénouer l'impasse à la faveur d'un "coup d'Etat de velours".

L'ex-star du cricket au look de playboy rebelle Imran Khan avait surfé il y a trois ans sur une immense vague de popularité grâce à son aura et ses discours passionnés contre un gouvernement à bout de souffle.

L'opposant pakistanais Imran Khan à Islamabad le 17 août 2014  [Aamir Qureshi / AFP]
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L'opposant pakistanais Imran Khan à Islamabad le 17 août 2014

Mais il n'avait pas réussi à se maintenir à ce niveau pour remporter les élections législatives de mai 2013, qui ont porté au pouvoir Nawaz Sharif, un industriel terne doté de forts appuis dans son fief du Penjab, la plus peuplée du Pakistan.

Imran Khan et son allié Tahir ul-Qadri, un imam établi au Canada, qui est la tête d'un réseau d'écoles et de mosquées au Pakistan, ont ainsi repris leur bâton de pèlerin la semaine dernière pour exiger la démission de M. Sharif, dont ils estiment l'élection entâchée de fraudes.

Les deux opposants avaient promis un "tsunami" d'un million de manifestants pour leur marche de la "révolution" pour Qadri, de la "liberté" pour Khan, sur la capitale Islamabad.

Des partisans du chef politico-religieux Tahir-ul-Qadri devant le Parlement à Islamabad le 20 août 2014, lors de manifestations réclamant la dissolution du gouvernement  [Aamir Qureshi / AFP]
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Des partisans du chef politico-religieux Tahir-ul-Qadri devant le Parlement à Islamabad le 20 août 2014, lors de manifestations réclamant la dissolution du gouvernement

Si MM. Khan et Qadri ne sont pas parvenus à réunir ce million, il ont néanmoins réussi à maintenir des milliers de manifestants à leurs côtés, voire à déplacer la contestation dans la "zone rouge", secteur hyper-sécurisé où sont situés le Parlement, les ambassades et la résidence du Premier ministre.

Et alors que des pourparlers avaient timidement débuté entre les opposants et le gouvernement, Imran Khan a, dans un énième coup d'éclat, abandonné le dialogue jeudi, pour le reprendre vendredi, tout en appelant ses partisans de la province à rejoindre la capitale.

Vendredi, ils étaient ainsi des milliers à camper sous de grandes tentes plantées devant le Parlement devant des soldats et policiers fatigués.

- Intervention indirecte de l'armée ? -

La puissante armée, à l'origine de trois coups d'Etat depuis l'indépendance du pays en 1947, appelle pour le moment au dialogue, mais pourrait intervenir si l'impasse persiste.

Le chef religieux Tahir-ul-Qadri prie sur le lieux du rassemblement antigouvernementale devant le parlement pakistanais, le 22 août 2014 à Islamabad [Aamir Qureshi / AFP]
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Le chef religieux Tahir-ul-Qadri prie sur le lieux du rassemblement antigouvernementale devant le parlement pakistanais, le 22 août 2014 à Islamabad

Selon des commentateurs, Imran Khan et Tahir ul-Qadri jouent le jeu de l'armée, ou du moins d'une partie des services de renseignement, afin d'accroître la pression sur le pouvoir civil et ainsi réduire l'autorité de Nawaz Sharif.

"Ils (Khan et Qadri) tentent de pousser l'armée à intervenir mais elle est très réticente malgré ses désaccords avec Nawaz Sharif", soutient auprès de l'AFP Hamid Gul, ancien chef des services de renseignement pakistanais (ISI).

Car Nawaz Sharif, élu Premier ministre pour la troisième fois lors des élections législatives de mai 2013, entretient des relations houleuses avec l'armée.

Affiche montrant le Premier ministre du Pakistan Nawaz Sharif dans les rues d'Islamabad, le 24 mai 2014 [Farooq Naeem / AFP]
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Affiche montrant le Premier ministre du Pakistan Nawaz Sharif dans les rues d'Islamabad, le 24 mai 2014

En 1999, lors de son deuxième mandat, il avait été renversé par Pervez Musharraf, aujourd'hui accusé de "haute trahison" par un tribunal mis sur pied par son gouvernement, une première dans l'histoire du pays pour un ex-général.

Outre l'affaire Musharraf, l'armée demeure réticente à un rapprochement avec l'Inde et reprocherait à "Nawaz" d'avoir trop attendu pour lancer, à la mi-juin, une offensive contre les fiefs talibans dans la zone frontalière de l'Afghanistan.

Si Nawaz Sharif veut rester au pouvoir, "il n'a pas d'autre choix" que d'écouter l'armée, souligne M. Gul.

L'International Crisis Group, un centre de recherche sur les zones de conflit, évoque la "possibilité d'un coup d'Etat de velours", lors duquel les "militaires dirigeraient en secret" après avoir imposé un compromis aux deux parties.

Car si une intervention militaire directe, scénario rejeté par les bailleurs occidentaux du Pakistan, demeure "improbable", une intervention indirecte, pour imposer une solution à la crise, demeure "fort probable", estime Talat Masood, un ancien général à la retraite.

"J'ai le sentiment que l'armée ne restera pas un spectateur silencieux si la situation tourne à l'anarchie et qu'il est fort probable qu'elle fasse pression sur les deux camps pour former un gouvernement d'union nationale mais que le vrai pouvoir, lui, sera dans les mains des militaires", dit-il.

Le gouvernement joue de son côté la carte de la patience, comptant sur de solides appuis au sein de l'opinion publique pour tenter de sortir de cette situation sans trop de dégâts.

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