Suède : les réfugiés font irruption dans la campagne législative

Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt à Bruxelles le 16 juillet 2014 [Thierry Charlier / AFP/Archives] Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt à Bruxelles le 16 juillet 2014 [Thierry Charlier / AFP/Archives]

Le parti de centre droit des Modérés, au pouvoir en Suède, tâche de faire du coût des réfugiés d'Irak, de Syrie ou d'ailleurs une question centrale de la campagne des législatives, au risque d'attiser le vote anti-immigration.

D'après les sondeurs, quelles que soient ses promesses, le parti du Premier ministre Fredrik Reinfeldt n'a plus beaucoup d'espoir de remporter le scrutin du 14 septembre, la coalition gouvernementale étant une dizaine de points derrière les sociaux-démocrates, les Verts et le Parti de gauche.

Le 16 août lors d'un discours de campagne à Stockholm, M. Reinfeldt prenait des accents résolument pro-immigration. "Je demande au peuple suédois d'avoir de la patience et d'ouvrir son coeur aux victimes [des conflits] que nous voyons dans le monde", disait-il.

"Je peux déjà dire qu'il y aura des coûts substantiels pour recevoir ces personnes", prévenait-il, ajoutant qu'il ne souhaitait "ne presque rien promettre" à cause de ces dépenses.

On pouvait lire entre les lignes une critique du programme de l'opposition de gauche, qui a peu parlé de cette question dans sa campagne.

- 90.000 réfugiés en 2014 -

La Suède est l'un des pays européens les plus généreux envers les réfugiés, qui devraient être 90.000 cette année à franchir ses frontières. Cet afflux devrait dépasser celui provoqué en 1992 par la guerre en Yougoslavie.

Depuis septembre 2013, Stockholm offre systématiquement l'asile aux Syriens. Et les Irakiens affluent de plus en plus nombreux aujourd'hui.

Pour le candidat des sociaux-démocrates au poste de Premier ministre, Stefan Löfven, il est "indigne" de mettre dans la balance les dépenses pour les réfugiés et celles pour la protection sociale, car la Suède peut se permettre les deux.

"Le modèle suédois est à deux doigts de s'effondrer", déplore-t-il, interrogé par l'AFP durant une journée de campagne dans l'Est du pays.

Le candidat des sociaux-démocrates au poste de Premier ministre, Stefan Löfven, lors d'une conférence à Stockholm le 27 juin 2012 [Jonathan Nackstrand / AFP/Archives]
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Le candidat des sociaux-démocrates au poste de Premier ministre, Stefan Löfven, lors d'une conférence à Stockholm le 27 juin 2012

"Ils ont diminué les impôts de 140 milliards de couronnes" (15 milliards d'euros), "les résultats scolaires sont en baisse et nous avons un système d'assurance chômage qui ne fait plus ce pour quoi il était conçu", accuse-t-il.

Les sociaux-démocrates voient là les thèmes essentiels de ce scrutin, espérant profiter, après deux législatives perdues, de la lassitude des Suédois face aux réformes d'inspiration libérale.

"Ma tâche de Premier ministre est de dire au peuple suédois quelle est la situation", s'est défendu M. Reinfeldt sur la télévision publique SVT.

"Il y a un sentiment de bien-être actuellement qui souvent aide les partis de gauche (...) une impression que nous pouvons nous permettre de dépenser plus pour la protection sociale, la santé et l'école", estime l'économiste Stefan Fölster, en référence à une conjoncture économique plutôt bonne par rapport au reste de l'Europe.

Les voix critiques contre le gouvernement lui reprochent de jouer avec le feu, en favorisant éventuellement les Démocrates de Suède

Cette formation anti-immigration et eurosceptique, entrée au Parlement en 2010, sait que la gauche comme la droite refusera de négocier quoi que ce soit avec elle.

- 'Dépeindre une situation de crise' -

"Le gouvernement veut en partie dépeindre une situation de crise telle que les électeurs devront faire confiance au gouvernement en place", d'après le politiste Ulf Bjureld, de l'université de Göteborg.

"Mais il y a un risque que les Démocrates de Suède en profitent (...) Les partis à objet unique ont tendance à tirer un avantage du fait que leur sujet préféré est à l'ordre du jour", ajoute-il.

Marcus Uvell, qui a publié en 2013 un livre critique contre ce parti, a du mal à imaginer une percée spectaculaire dans un pays où la majorité de l'électorat soutient l'ouverture aux flux d'immigration.

Les Démocrates de Suède, pense-t-il, "ne sont pas vus comme un parti digne de confiance, et cela ne change rien que le gouvernement informe les électeurs qu'ils vont devoir financer une hausse de l'immigration pendant quelques années".

Cependant, "tout nous dirige vers une situation où nous aurons un gouvernement vraiment instable, qui pourrait aussi dépendre des Démocrates de Suède", prédit ce spécialiste de la communication politique.

La coalition de gauche risque en effet d'être minoritaire au Parlement, et de ne pas bénéficier de la même bienveillance de l'extrême droite que ne l'a fait le centre droit lors de la législature qui s'achève.

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