Afghanistan: Abdullah accroît la pression sur la présidentielle

Des membres de la commission électorale afghane attendent de reprendre l'audit du scrutin de l'élection présidentielle, dans un centre de comptage à Kaboul, le 27 août 2014 [Shah Marai / AFP] Des membres de la commission électorale afghane attendent de reprendre l'audit du scrutin de l'élection présidentielle, dans un centre de comptage à Kaboul, le 27 août 2014 [Shah Marai / AFP]

Le candidat à la présidentielle afghane Abdullah Abdullah, entretenait le doute mercredi sur son maintien dans la course, aggravant ainsi la crise politique à une semaine de la date butoir pour l'investiture du successeur d'Hamid Karzaï.

Le nouvel ultimatum de M. Abdullah, habitué des menaces de retrait, est tombé mardi après-midi. Si ses demandes au sujet des critères d'élimination des votes frauduleux ne sont pas prises en compte, il se retirera de la course.

Et en l'absence de l'équipe de M. Abdullah, l'audit du scrutin n'avait toujours pas repris en milieu de matinée mercredi.

Les menaces de M. Abdullah pourraient priver de légitimité son adversaire Ashraf Ghani, qui serait élu de facto, dans cette première transition d'un président élu à un autre.

Un porte-parole de M. Abdullah, Fazel Aqa Hussain Sancharaki, a expliqué mercredi à l'AFP que son équipe ne "rejoindra pas le processus aujourd'hui".

Le candidat à la présidentielle afghane Ashraf Ghani (g) et son opposant Abdullah Abdullah (d) lors d'une conférence de presse à Kaboul le 8 août 2014 [Wakil Kohsar / AFP/Archives]
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Le candidat à la présidentielle afghane Ashraf Ghani (g) et son opposant Abdullah Abdullah (d) lors d'une conférence de presse à Kaboul le 8 août 2014

"Et peut-être que nous ne le rejoindrons pas du tout. Mais les discussions sont en cours avec l'ONU. Si cela aboutit nous reviendrons, sinon c'est terminé", a-t-il ajouté.

De son côté, un membre de l'équipe de M. Ghani, Aleem Fedaee, a déclaré à la presse: "Maintenant ils savent qu'ils ont perdu l'élection. Pour cacher leur défaite, ils essaient de trouver des excuses".

La Commission électorale indépendante (IEC) a entamé lundi le processus d'élimination des bulletins de vote frauduleux de la présidentielle, plus d'un mois après le début de l'audit des 8,1 millions de voix du deuxième tour du 14 juin.

L'objectif était de départager hors de tout doute les candidats rivaux, sous l'égide de la mission des Nations unies en Afghanistan (Unama).

Il s'agit notamment de séparer les votes frauduleux des bons pour donner au nouveau président un maximum de légitimité, au moment où les forces de l'Otan s'apprêtent à quitter le pays d'ici à la fin de l'année après 13 années de guerre.

- 'Leviers' -

Si l'élection semble acquise à M. Ghani, arrivé largement en tête du deuxième tour avec un million de voix d'avance, M. Abdullah joue son va-tout pour tenter d'influencer le résultat de l'élection.

Selon Dawood Moradian, le directeur du centre de recherche Afghan Institute for Strategic Studies (AISS), les deux hommes bénéficient de "leviers" pour tenter de faire pencher la balance de leur côté.

Pour M. Abdullah, il cite le "boycott", le "pouvoir de la rue" et la menace d'un "gouvernement parallèle". Et pour M. Ghani, il fait allusion au soutien d'Hamid Karzaï en sa faveur, une "opinion publique inquiète", une "communauté internationale fatiguée" et le sommet de l'Otan en septembre.

"Dans les prochains jours, les deux camps vont mobiliser leurs atouts afin de parvenir à leurs fins, ou au moins obtenir des parts du pouvoir", a expliqué l'analyste.

Car, outre le résultat de la présidentielle, c'est bien la formation d'un gouvernement d'union nationale qui est en jeu.

Afin d'écarter les risques d'instabilité, les deux candidats avaient en effet signé début août, devant le secrétaire d'Etat américain John Kerry, un accord pour un tel gouvernement quel que soit le vainqueur de la présidentielle.

Mais les modalités précises de ce gouvernement demeurent encore inconnues et sujettes à de profonds désaccords.

Les deux candidats ont rencontré mardi soir le président Karzaï afin de discuter de la situation, mais aucun détail sur les discussions n'a filtré.

Le dernier coup de théâtre d'Abdullah pourrait retarder la désignation du nouveau président afghan, au risque de créer davantage d'instabilité dans le fragile Etat afghan en place depuis la chute des talibans en 2001.

Si un nouveau président est investi comme prévu le 2 septembre, il pourra se rendre au sommet de l'Otan au Pays de Galles les 4 et 5 septembre.

Mais les menaces du camp Abdullah, qui s'était pourtant engagé à accepter les résultats de l'audit, pourraient en décider autrement.

Au lendemain du second tour, il avait dénoncé des fraudes massives exacerbant ainsi les tensions entre Tadjiks, qui lui sont favorables, et Pachtounes, qui soutiennent M. Ghani.

Les observateurs craignent, eux, que les talibans ne profitent de ce flottement pour gagner du terrain.

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