Turquie: le parti au pouvoir intronise Davutoglu et célèbre Erdogan

Le futur Premier ministre turc Ahmet Davutoglu et son prédecesseur, le président récemment élu Recep Tayyip Erdogan, côte à côte, lors d'un congrès extraordinaire de l'AKP, le parti au pouvoir, le 27 août 2014 [Rasit Aydogan / Pool/AFP] Le futur Premier ministre turc Ahmet Davutoglu et son prédecesseur, le président récemment élu Recep Tayyip Erdogan, côte à côte, lors d'un congrès extraordinaire de l'AKP, le parti au pouvoir, le 27 août 2014 [Rasit Aydogan / Pool/AFP]

Le parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie est réuni mercredi à Ankara pour sacrer en grande pompe son nouveau chef et futur Premier ministre Ahmet Davutoglu et, surtout, célébrer son prédécesseur, le président élu Recep Tayyip Erdogan.

Conçu comme une convention à l'américaine, le congrès extraordinaire du Parti de la justice et du développement (AKP) doit confirmer sans surprise en fin de journée, devant quelque 40.000 militants massés dans une salle de sport surchauffée d'Ankara, le choix de M. Davutoglu comme dauphin de M. Erdogan.

Dès son arrivée devant ses troupes, l'homme fort du pays a résumé les enjeux de cette journée, présentée comme "historique" par la presse pro-gouvernementale.

"Ce n'est pas un changement de mission, c'est juste un changement de nom. Ce n'est pas un adieu. Nous allons continuer à servir notre peuple, d'Edirne (ouest) à Hakkari (est)", a lancé le héros du jour aux militants.

A la tête du gouvernement depuis 2003, M. Erdogan, 60 ans, a été élu haut la main président de la République le 10 août en recueillant 52% des voix dès le premier tour d'un scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct.

Il doit être officiellement investi pour un mandat de cinq ans jeudi et prendre la succession de son compagnon de route de l'AKP, Abdullah Gül.

Contraint d'abandonner son poste de Premier ministre en juin 2015 en raison d'une règle de l'AKP qui interdit à ses élus de faire plus de trois mandats, M. Erdogan a répété depuis des mois qu'il comptait garder les rênes du pouvoir depuis la présidence.

Le président turc récemment élu Recep Tayyip Erdogan lors d'un congrès extraordinaire de l'AKP, le parti au pouvoir, le 27 août 2014 [Rasit Aydogan / Pool/AFP]
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Le président turc récemment élu Recep Tayyip Erdogan lors d'un congrès extraordinaire de l'AKP, le parti au pouvoir, le 27 août 2014

Il envisage ainsi sérieusement de réformer la Constitution pour élargir les prérogatives du chef de l'Etat, largement protocolaires, aux dépens de celle du Premier ministre, qui dirige traditionnellement l'exécutif.

Cet objectif, dénoncé par l'opposition comme une nouvelle preuve de la dérive "autoritaire" et "islamiste" de M. Erdogan, passe par une très large victoire de l'AKP aux législatives de 2015. La majorité des deux tiers (367 sièges sur 550) est nécessaire pour amender la loi fondamentale. L'AKP n'en dispose "que" de 313 aujourd'hui.

- Allégeance -

Dans ce contexte, le choix de M. Davutoglu a été accueilli sans surprise par les commentateurs turcs.

"Erdogan veut absolument remporter les législatives pour présidentialiser le système, et son homme pour se faire est Davutoglu, qui ne l'a jamais contrarié", résume Utku Cakirozer, journaliste au journal d'opposition Cumhuriyet, interrogé par l'AFP.

Âgé de 55 ans, M. Davutoglu est depuis 2003 l'un des plus proches collaborateurs de M. Erdogan. D'abord conseiller diplomatique puis ministre des Affaires étrangères (2009), cet universitaire a théorisé puis mis en œuvre une diplomatie active qui a refait de la Turquie un acteur de poids sur la scène internationale.

Cette politique "néo-ottomane" résumée par la formule "zéro problème avec les voisins" a toutefois subi des revers depuis les "printemps arabes" et mis la Turquie en difficulté dans les conflits qui secouent ses voisins syriens et irakiens.

L'ex-Premier ministre turc et futur Premier ministre Ahmet Davugoglu (d) arrivant à une réunion de cabinet à Ankara le 25 août 2014 [Adem Altan / AFP]
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L'ex-Premier ministre turc et futur Premier ministre Ahmet Davugoglu (d) arrivant à une réunion de cabinet à Ankara le 25 août 2014

Sitôt nommé à sa succession, M. Davutoglu, un musulman intransigeant, a fait acte d'allégeance et de fidélité à M. Erdogan.

"Je vais continuer le mouvement de restauration engagé il y a douze ans (...) aucune graine de discorde ne peut être plantée entre nous", lui a-t-il assuré la semaine dernière.

Le nouveau Premier ministre devrait être formellement nommé dès jeudi et, ainsi que l'a précisé M. Erdogan mercredi, former un nouveau gouvernement vendredi.

Selon les indiscrétions parues dans la presse turque, la nouvelle équipe ministérielle doit conserver les actuels responsables de sa politique économique pour rassurer les marchés. Elle doit surtout faire la part belle aux fidèles de M. Erdogan, qualifié de "maître" sur les banderoles déployées mercredi à Ankara.

"C'est une journée historique pour la +nouvelle Turquie+ (le slogan électoral de M. Erdogan)", a commenté un militant de l'AKP, Durmus Bali. "Notre président va continuer à transformer notre pays avec, à ses côtés, M. Davutoglu".

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