Ukraine : les rebelles regagnent du terrain

Des manifestants devant le bureau du président ukrainien Petro Poroshenko à Kiev le 27 aout 2014, réclament des volontaires afin de combattre les rebelles prorusses  [Sergei Supinsky / AFP] Des manifestants devant le bureau du président ukrainien Petro Poroshenko à Kiev le 27 aout 2014, réclament des volontaires afin de combattre les rebelles prorusses [Sergei Supinsky / AFP]

Les rebelles prorusses de l'est de l'Ukraine ont regagné mercredi du terrain sur les forces gouvernementales quatre mois après le début du conflit qui a fait 2.200 morts dont 1.200 au cours du dernier mois, selon un rapport de l'ONU, alors que Kiev a accusé l'armée russe d'opérer sur le sol ukrainien.

 

Après des semaines d'offensive réussie, repoussant les insurgés jusque dans leurs derniers bastions encerclés et assiégés, l'armée ukrainienne semble avoir perdu l'initiative dans le conflit à l'Est, poussant Kiev à demander une "aide pratique" de l'Otan.

Des journalistes de l'AFP ont constaté que les rebelles prorusses ont pris position sur la route entre leur fief de Donetsk et Novoazovsk, ville côtière à 100 km au sud où tous les points de contrôle sont désormais tenus par les insurgés.

Dans la soirée, une école de Donetsk, touchée par des obus d'artillerie, était en feu. L'attaque aurait fait trois blessés selon les insurgés interrogés dans le bastion séparatiste prorusse. Dans la journée des tirs d'artillerie ont fait trois morts à Donetsk, une voiture transportant des civils ayant été touchée par des tirs de mortier, selon la police.

Dans le village de Starobechevé à une trentaine de kilomètres de Donetsk, les insurgés prorusses ont découvert des dizaines de caisses de munitions et de nombreux véhicules militaires abandonnés, témoignant d'un départ précipité de l'armée ukrainienne. Selon le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko , le village a été "investi par les combattants de Donetsk et les occupants russes".

 

Preuves de la présence de l'armée russe

L'Otan et la Pologne ont affirmé avoir des preuves que des troupes régulières de l'armée russe opéraient en Ukraine, ce que Moscou a toujours démenti. Selon un diplomate de l'Otan un système russe de missiles antiaériens a été détecté dans la région contrôlée par les séparatistes prorusses.

Selon M. Lyssenko, l'armée russe a déployé un quartier général dans la localité de Pobeda, à 60 km de la frontière russe et 48 km de Donetsk alors que cinq blindés et un camion de troupes sont entrés à Amvrosiïvka, à 70 km de Donetsk.

Selon l'armée ukrainienne une colonne de 100 véhicules "dont des chars, blindés, lance-roquettes multiples Grad" venus de Russie sont arrivés dans une zone du sud de la région de Donetsk jusqu'ici relativement calme et où les combats font rage depuis lundi. L'armée a déploré 13 morts en 24 heures dans ses rangs.

Selon un rapport du Haut Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, présenté mercredi, le bilan des combats dans la région a doublé en un mois avec 1.200 morts et 3.250 blessés entre le 16 juillet et le 17 août. Depuis la mi-avril le bilan fait état d'au moins 2.200 morts, civils et militaires, et près de 6.000 blessés.

 

'Aide pratique' de l'Otan 

Signe de la reprise de l'initiative par les rebelles prorusses, Kiev a déclaré attendre une "aide pratique" et des "décisions cruciales" lors du sommet de l'Otan prévu le 4 septembre au Royaume-Uni. "Nous avons besoin d'aide", a résumé le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk.

Un corps est retiré d'une voiture après son explosion à Donetsk le 27 août 2014 [Fransisco Leong / AFP]
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Un corps est retiré d'une voiture après son explosion à Donetsk le 27 août 2014

Selon le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, dont un entretien était publié mercredi par plusieurs journaux européens, l'Otan veut, de son côté, pouvoir déployer en quelques jours des troupes et des armements d'envergure dans l'est de l'Europe.

 

Peu d'avancées sur le front diplomatique

Sur le front diplomatique les pourparlers inédits à Minsk entre les dirigeants ukrainien et russe en présence de responsables de l'Union européenne se sont terminés mardi sans grandes avancées concrètes. Vladimir Poutine a minimisé la capture de parachutistes russes en Ukraine, après une incursion arrivée "par accident".

"D’après ce que j'ai entendu, ils patrouillaient à la frontière et ont pu se retrouver sur le territoire ukrainien", a déclaré l'homme fort du Kremlin, rappelant que des soldats ukrainiens avaient par le passé également franchi la frontière pour se retrouver en Russie.

La chancelière allemande Angela Merkel a demandé mercredi que "la lumière soit faite sur la présence de l'armée russe en Ukraine", dans un nouvel entretien au téléphone avec M. Poutine.

La chancelière a également estimé que le "groupe de contact" comprenant l'Ukraine, la Russie et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) devait "intensifier ses efforts pour aboutir à un cessez-le-feu et à une surveillance effective des frontières". Mme Merkel a rappelé à M. Poutine que la Russie "devait y prendre sa part", alors que le président russe avait laissé entendre qu'un cessez-le-feu était "une affaire interne à l'Ukraine".

Jeudi le président ukrainien Petro Porochenko, qui est "prêt à communiquer 25 heures par jour avec qui que ce soit pour passer de la guerre à la paix", selon son conseiller Valéri Tchaly, va avoir une série de contacts en Turquie. Vendredi à Bruxelles il verra des chefs d’État et de gouvernement de l'UE.

Il a demandé mardi des "actions concrètes" pour assurer le contrôle de la frontière et évoqué une "feuille de route" pour un plan de paix destiné à mettre fin aux affrontements, qui ont déjà fait plus de 2.200 morts en quatre mois.

 

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