Ukraine: les séparatistes ont assis leur emprise sur le sud-est du Donbass

Des rebelles prorusses le 31 août 2014 à Starobesheve au sud-est de Donetsk [Francisco Leong / AFP] Des rebelles prorusses le 31 août 2014 à Starobesheve au sud-est de Donetsk [Francisco Leong / AFP]

Des blindés ukrainiens abandonnés, des sourires sur les visages séparatistes: tout indiquait dimanche que les insurgés prorusses ont assis leur emprise sur le sud-est du Donbass, région industrielle et déshéritée dont ils ont fait leur fief.

Les rebelles ont levé leurs barrages à l'entrée sud-est de Donetsk, principal bastion prorusse, encerclé pendant un mois par les loyalistes jusqu'à une contre-offensive la semaine dernière. Son succès est-il imputable, comme l'accuse Kiev, au renfort de troupes et de chars russes? Moscou réfute.

Les combattants rencontrés par l'AFP portent des treillis sans signe permettant de déterminer leur bataillon, leur corps ou leur origine. Quelques-uns ont noué au bras un linge blanc, signe distinctif indéchiffrable.

Les chars d'assaut T-64 de conception soviétique vus dimanche par l'AFP à Starobechevé portent pour seule marque un numéro à l'arrière.

Des rebelles prorusses le 31 août 2014 à Komsomolske au sud-est de Donetsk [Francisco Leong / AFP]
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Des rebelles prorusses le 31 août 2014 à Komsomolske au sud-est de Donetsk

Sont-ils ukrainiens? "Non, ils sont à nous", répond un combattant juché sur un des blindés, avant de se voir intimer de se taire par son camarade qui lâche: "Oui, on les a pris aux Ukrainiens".

Les traces de chenilles sur la route se dirigent vers Donetsk, où les bombardements venus du côté loyaliste ont baissé d'intensité.

Désormais, ce sont ces forces ukrainiennes qui semblent cernées dans cette zone entre Donetsk, la frontière russe à l'est et, au sud, le grand port de Marioupol, sur la mer d'Azov. Dimanche le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko a reconnu que "les terroristes et les militaires russes renforcent leur emprise" dans ce secteur.

Illustration de ce recul, Komsomolské dont Kiev avait annoncé la prise par sa Garde nationale vendredi. En guise de prise, un habitant, sous couvert d'anonymat, raconte l'entrée d'une colonne d'une quarantaine de véhicules "perdus". "Ils demandaient où ils étaient", assure-t-il. Dimanche, cette petite ville à une trentaine de kilomètres de Donetsk, était quadrillée par les rebelles.

A l'entrée, deux véhicules loyalistes se dirigent vers l'ouest, drapeau blanc de la reddition à la fenêtre. Dans la ville, des rebelles s'affairent sur un blindé abandonné pour le faire redémarrer.

"On est arrivé ce matin, il n'y a pas eu de combat", raconte "Chatoun" ("L'ours qui se réveille de mauvaise humeur avant la fin de l'hibernation") qui assure que son camp laisse partir les soldats ukrainiens qui le souhaitent.

- L'aéroport de Donetsk ? -

Installés dans une ambulance, trois hommes jeunes, le visage épuisé, habillés en civil, disent être des soldats ukrainiens dont la colonne a été attaquée. "On s'est caché trois jours dans la campagne et les gens nous ont dit d'aller a Komsomolské, que la DNR (République autoproclamée de Donetsk, ndlt) nous laisserait partir", raconte l'un.

Les rebelles déconseillent une route. Sur une colline, un drapeau jaune et bleu de l'Ukraine flotte encore: "Ils savent qu'ils sont encerclés et ont peur de tout. Ils vivent tout mouvement comme une provocation".

Où s'arrêteront les séparatistes? Autour de Marioupol, les loyalistes ont creusé des tranchées et posé des blocs de béton. Mais à part les volontaires du bataillon Azov, les forces loyalistes se font rares pour défendre le port. Et nul blindé n'est visible.

Mais l'autre fief séparatiste de Lougansk plus au nord, ou l'aéroport de Donetsk, tenu depuis fin mai par l'armée ukrainienne, semblent d'autres objectifs possibles.

A l'entrée de Donetsk, une immense affiche montre des soldats conquérants sous les dates de la première et seconde guerres mondiales et 2014: "Le destin du peuple russe est de répéter l'histoire."

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