Juncker redynamise l’Europe par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

Jean-Claude Juncker a mis en place une nouvelle Commission qui sollicitera l’aval du Parlement européen. Il avait été désigné candidat au poste de président de la Commission par le Parti populaire européen, le PPE, qui rassemble les partis de droite et de centre droit en Europe et qui a gagné le récent scrutin européen. Pour la première fois, les chefs d’Etat et de gouvernement ont respecté le suffrage universel plutôt que de faire prévaloir leur propre choix. L’ancien Premier ministre luxembourgeois a fortement innové : il a recruté des personnalités de haut niveau – pas moins de cinq anciens Premiers ministres ainsi que dix-neuf anciens ministres – auxquelles il assigne une mission non plus technique, mais bien politique.

Les nouveaux commissaires devront travailler en équipe et se concentrer sur quel­ques grands objectifs : trouver le chemin d’une croissance créatrice d’emplois, relever le défi numérique, sortir l’Europe de son désordre énergétique, faire de l’Union un acteur majeur de la lutte contre le réchauffement climatique. Politique, l’équipe l’est aussi dans son mode d’organisation, puisque Jean-Claude Juncker, sorte de Premier ministre chargé de veiller à une meilleure organisation de la Commission, devra proposer un tri entre les textes européens vraiment utiles et ceux qu’il faudrait abandonner.

A Bruxelles comme ailleurs, le besoin de simplification est criant. Jean-Claude Juncker s’entoure aussi d’un exécutif, au sein de la Commission, formé de six vice-présidents ayant autorité sur les commissaires, afin que son équipe, autant qu’il est possible, parle d’une seule voix. Chaque commissaire aura sa propre lettre de mission afin de s’assurer que chacun est bien, comme le prévoient les traités, au service de l’Europe et non de son gouvernement ou pays d’origine.

Les progrès dans l’organisation et cette marque d’autorité de la part d’un homme, que l’on avait un peu trop vite décrit comme sans envergure, ne vont pas sans contradictions. La première saute aux yeux : comment des vice-présidents pourront-ils avoir autorité sur les autres commissaires, sauf à réduire ces derniers à un rôle subalterne alors qu’il s’agit de personnalités qui, pour la plupart par le passé, ont montré leur aptitude à défendre leur pré carré ?

La seconde contradiction est que la cohérence dans l’action n’est pas garantie d’avance : certains commissaires viennent de pays qui ne partagent pas la politique souhaitée par l’Union. Ainsi Pierre Moscovici, désormais en charge de l’économie, et donc de la conformité de la marche de chacune des économies de l’Union avec les objectifs de stabilité fixés par les traités, alors qu’il a été lui-même impuissant à Bercy à les faire respecter.

Il va devoir agir sous la houlette de l’un des vice-présidents, Val­dis Dombrovskis qui, en tant que Premier ministre letton, a mené une politique d’aus­térité particulièrement rigoureuse. Mais la question la plus délicate est celle du commissaire britannique Lord Hill, un conservateur de David Cameron qui, succédant à Michel Barnier, aura en charge la régulation financière et bancaire alors que l’on sait la City de Londres vent debout contre l’idée de régulation.

Il faut considérer cette nomination comme un geste politique majeur signifiant à la Grande-Bretagne que l’on souhaite la garder dans l’Union et que, pour ce faire, on ne craint pas de l’associer aux secteurs les plus sensibles de ladite Union.

Mais ce qui me semble le plus important, c’est le préalable exposé par Jean-Claude Juncker, à savoir qu’il se considère comme en charge du destin d’un 29e Etat membre, celui que forment à ses yeux les 25 millions de chômeurs que compte l’Union. Il confirme ainsi sa volonté de bousculer les codes  pour faire en sorte que toute l’Union retrouve le chemin de la croissance.

Jean-Marie Colombani

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