Enfants du Mékong mobilise pour les Karens de Birmanie

Que ce soit dans les camps ou les nombreux villages très pauvres qui bordent la frontière thaïe-birmane, certains Karens n’ont connu qu’une réalité depuis leur naissance : l’exil.[MATTHIEU DELAUNAY / ENFANTS DU MEKONG]

Dans son dernier numéro, Enfants du Mékong Magazine consacre un dossier complet à la situation de la minorité karen en Birmanie, en pleine évolution depuis l'ouverture relative du régime de Rangoon. Matthieu Delaunay, l'auteur de ce reportage, répond aux questions de Direct Matin.

 

La libéralisation du régime de Rangoon a-t-elle amélioré la situation des Karens ?

Si la junte a rendu les clefs du pouvoir en 2011, le président birman actuel, n’est autre que l’ancien numéro 3 de l’armée birmane, au pouvoir pendant des décennies. L’ouverture de la Birmanie a dégelé les rapports avec les autres États, notamment la Thaïlande. Mais elle est avant tout économique. Le nerf de la guerre. Il faut faire entrer des capitaux pour lancer différentes politiques de restructuration. En signant un cessez le feu en 2012 avec le KNU (parti indépendantiste karen), le gouvernement birman a voulu envoyer un signal fort, cela semble évident, en direction des Karens, une des communautés importantes de cet état multiethnique. La principale priorité du gouvernement en place est de tout faire pour préserver un semblant d’unité dans le pays. Pour autant, si les infrastructures commencent à s’améliorer, l’état économique de la Birmanie est encore au stade du démarrage. Or, sans une économie saine, il est difficile d’envisager une amélioration réelle de la situation des Karens qui ont, tous ou presque, été déplacés de leur territoire initial, perdant logement et travail. Ils vivent aujourd’hui dans un état de pauvreté et d’abandon très important. La situation peut s’inverser, mais il faudra du temps. Beaucoup de temps.

 

La situation des réfugiés karens en Thaïlande est préoccupante. Pourquoi ?

Aujourd’hui, on estime que 300 000 Karens vivent du côté thaï (également répartis entre les camps de réfugiés et des villages très pauvres le long de la frontière). Depuis mai 2014, c’est l’armée qui a pris les rênes du pouvoir en Thaïlande. C’est sous l’impulsion de son premier ministre, Prayuth Chan-ocha que le gouvernement thaï a passé un accord de principe avec son voisin birman. Cet accord implique le retour des réfugiés karens à partir de 2015 dans leur territoire d’origine. Côté thaï, en reprenant le contrôle de l’administration des camps, l’armée a décidé de ne plus faire peser sur les Thaïlandais le poids des réfugiés qu’elle souhaite voir rentrer chez eux le plus rapidement possible. Côté birman, il aurait été malvenu de refuser un tel accord qui aurait mis à mal l’ouverture revendiquée à la tête de l’État. Mais dans un contexte politique tendu, cette décision a fait l’effet d’une bombe humanitaire. Car comment envisager sereinement de reloger 150 000 réfugiés en Birmanie et leur fournir un travail, alors que le pays sort à peine d’une situation économique et sociale catastrophique ? Ajoutez à cela les 150 000 Karens qui vivent dans des villages extrêmement pauvres en Thaïlande et qui ne demanderait certainement pas mieux que de retrouver leurs terres, il est raisonnable de penser que la situation des réfugiés n’est pas prête -à court comme à moyen terme - de s’améliorer. En outre, tous les acteurs qui travaillent à cette question (ONG, travailleurs sociaux, religieux, professeurs, Karens eux-mêmes) sont tous, très pessimistes.

 

De quoi les Karens ont-ils besoin en priorité : comment les aider ?

Sur le fronton d’une école d’un camp de réfugié, il est écrit « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. » Les Karens, comme toutes les personnes qu’Enfants du Mékong soutient, ont d’abord besoin d’une éducation solide. Le modèle éducatif birman est usé jusqu’à la corde et la méthode systématique du « par cœur », sans aucune appropriation du savoir par ceux qui apprennent a fait long feu. Un des grands problèmes des Karens en Birmanie est qu’ils ne parlent pas tous le birman. Comment s’intégrer dans un pays ou la langue officielle n’est pas comprise ? Conscient que c’est par l’éducation que vient l’émancipation des individus Enfants du Mékong actionne ce levier pour agir. « L’enfant que nous aidons aujourd’hui, sauvera son pays demain », tel est son leitmotiv. Grâce à ses nombreux relais sur place et sa politique de parrainage, l’organisation essaie de donner un maximum de chance aux enfants d’aller à l’école, parfaire leur apprentissage et s’approprier leur vie d’une façon plus optimiste et plus large de perspectives. C’est grâce au parrainage que 60 000 enfants sont supportés aujourd’hui par l’organisation. Parrainer un Karen, par exemple, c’est l’aider. Efficacement. 

 

Le site d'Enfants du Mékong

 

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