Kiev dénonce l'entrée de chars russes dans l'est

Des séparatistes pro-russes à Donetsk. [Alexander Khudoteply / AFP]

Kiev a dénoncé vendredi 7 novembre l'entrée depuis la Russie de dizaines de chars et de troupes dans l'est rebelle de l'Ukraine où cinq soldats ont été tués, nouveau signe d'une détérioration depuis les élections séparatistes.

 

Cinq soldats ont été tués et 31 personnes - seize militaires et quinze civils - blessées en 24 heures, selon les autorités, l'un des bilans les plus lourds depuis le cessez-le-feu du 5 septembre.

Cette trêve a été mise à mal par les élections dimanche dans les régions rebelles, un scrutin reconnu de facto par Moscou et qui a poussé Kiev à prendre des mesures supplémentaires pour isoler un peu plus les zones séparatistes.

Sur fond de craintes d'une nouvelle offensive rebelle, le porte-parole militaire ukrainien Andriï Lyssenko a affirmé que 32 chars, des pièces d'artillerie et des camions transportant des soldats avaient pénétré en Ukraine depuis la Russie.

"32 chars, 16 obusiers et 30 camions militaires Kamaz avec des troupes sont entrés en Ukraine depuis la Russie" et se dirigeaient vers la ville de Krasny Loutch dans la région rebelle de Lougansk, a-t-il précisé. Une autre colonne de camions transportant trois stations radio a franchi la frontière au poste-contrôle d'Izvariné, aux mains des séparatistes, selon la même source.

A Donetsk, principal bastion rebelle, 15 civils ont été blessés jeudi par des éclats d'obus dans les districts proches de l'aéroport de Donetsk, l'un des principaux points chauds que les troupes ukrainiennes et les séparatistes prorusses se disputent depuis plusieurs mois.

Les tirs se poursuivaient vendredi matin à Donetsk, mais avec beaucoup moins d'intensité que la veille peut-être à cause de l'épais brouillard qui recouvre toute la ville, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Parallèlement, 150 personnes ont assisté aux obsèques de deux adolescents tués mercredi dans un bombardement ayant touché leur école près de Donetsk, un drame qui a suscité une forte émotion, Kiev et rebelles s'accusant mutuellement d'en être responsables.

"Il ne faut pas que ça se reproduise. Il faut arrêter la guerre", a déclaré le maire de Donetsk Igor Martynov.

 

Empêcher le cancer de s'étendre

La situation sur le terrain s'est brusquement aggravée après les élections dans ces deux régions séparatistes qui, selon Kiev et les Occidentaux, ont porté un coup au fragile processus de paix.

Moscou, qui a dit "respecter" le résultat de ces scrutins, accuse pour sa part les autorités ukrainiennes d'avoir "grossièrement piétiné" les accords de paix conclus à Minsk le 5 septembre.

Vendredi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine a appelé Kiev à "établir un dialogue" avec les représentants de l'est rebelle.

Kiev, qui rejette le vote séparatiste "anticonstitutionnel" mais ne semble pas être en mesure de récupérer les régions rebelles, a en revanche pris une série de mesures visant à les isoler du reste de l'Ukraine afin d'"empêcher le cancer de s'étendre", selon l'expression du président Petro Porochenko.

Le gouvernement a ainsi imposé le contrôle des passeports autour de l'Est prorusse après avoir annoncé la suppression des versements d'allocations, surtout des retraites, aux habitants de l'Est s'ils ne déménageaient pas dans les territoires contrôlés par Kiev.

L'Ukraine prévoit à terme d'arrêter la totalité des subventions à cette zone, qui s'élèvent, selon Kiev, à 34 milliards de hryvnias (1,8 milliard d'euros) par an.

Sur le plan international, l'Union européenne a annoncé pour le 17 novembre la tenue d'un conseil de ses ministres des Affaires étrangères pour discuter des sanctions contre Moscou.

 

Dégringolade du rouble

Ce sujet pourrait être abordé samedi à Pékin au cours d'une rencontre entre le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et son homologue américain John Kerry en marge des préparatifs du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec).

La Russie est déjà lourdement frappée par les sanctions occidentales prises en réaction à l'annexion en mars de la péninsule ukrainienne de Crimée après la chute du régime prorusse et durcies après le crash du vol MH17 abattu par un missile au-dessus de territoire contrôlé par les rebelles dans l'est de l'Ukraine.

La monnaie russe plombée par la crise ukrainienne et la baisse des cours du pétrole s'écroulait vendredi, en conclusion d'une semaine cauchemardesque qui aura vu le rouble perdre plus de 10% de sa valeur.

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