G20 : rencontre Hollande-Poutine dans un contexte tendu

Le président russe Vladimir Poutine (g) et le président français François Hollande au sommet du G20 à Saint Petersburg le 6 septembre 2013 [Tatyana Zenkevich / POOL/AFP/Archives]

La France a avancé prudemment ses pions au G20 dans le bras de fer qui oppose les Occidentaux au maître du Kremlin accusé d'attiser le conflit en Ukraine, en maintenant l'incertitude sur la question brûlante de la livraison de deux navires de guerre Mistral à la Russie.

 

Alors que cette affaire était dans toutes les têtes, les dirigeants français et russe François Hollande et Vladimir Poutine ont réussi la prouesse de se parler "une bonne heure" en marge du sommet de Brisbane (est de l'Australie) sans même prononcer le mot Mistral, a confié l'entourage du chef de l'Etat français.

Une information confirmée par une source de la délégation russe à l'agence Interfax. "La question de la livraison du Mistral n'a pas été discutée", a-t-elle assuré.

Une dépêche de l'agence russe Ria Novosti citant une source "haut placée" à Moscou, avait pourtant fait monter la pression d'un cran la veille. La France se voyait sommée par cette source anonyme de livrer un premier Mistral avant fin novembre, sauf à s'exposer à de "sérieuses" demandes de compensation.

Revenant à des réflexes de la guerre froide, les deux parties se sont cependant bien gardées d'abattre immédiatement leurs cartes comme aux bons vieux temps de la dissuasion nucléaire. "Le G20 n'est pas l'endroit où l'on annonce une décision bilatérale, il ne faut pas mélanger les genres", avait prévenu l'entourage de M. Hollande à la veille du sommet.

Mais le silence de Paris sur le Mistral a plutôt relevé d'une "stratégie" visant à maintenir la pression sur Moscou, a affirmé un proche du chef de l'Etat français.

Loin de ces subtilités diplomatiques, les Etats-Unis, l'Australie et la Grande-Bretagne taxaient dans le même temps la Russie de Vladimir Poutine de "menace pour le monde", désireuse de restaurer la "gloire perdue du tsarisme ou de l'Union soviétique" et agresseur de pays plus petits qu'elle, en l’occurrence l'Ukraine.

Si bien que, irrité par ce feu roulant de critiques, Vladimir Poutine a décidé d'écourter sa présence au G20, faisant une croix sur le déjeuner officiel de dimanche.

 

Poignée de main glaciale

Lors de leur rencontre bilatérale, François Hollande et le numéro un russe se sont contentés de propos lourds de sous-entendus et d'un langage corporel sans ambiguïté: poignée de mains glaciale et visages fermés.

En guise d'entrée en matière, Vladimir Poutine a appelé son homologue français à "minimiser les risques et les conséquences négatives" des tensions internationales sur les relations entre leurs deux pays.

Quant à François Hollande, il s'est dit "toujours prêt à poursuivre cette relation mais à une condition, c'est que ça puisse déboucher", évoquant la crise ukrainienne et les efforts déployés avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président ukrainien Petro Porochenko pour la résoudre.

Les Mistral, des "bâtiments de projection et de commandement" (BPC) vendus par la France à la Russie en juin 2011 pour 1,2 milliard d'euros, sont au centre d'un imbroglio diplomatico-militaire depuis que François Hollande a décidé début septembre de lier leur livraison à un règlement politique de la crise en Ukraine.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l'a encore répété mercredi: "aucune date de livraison" ne peut "être fixée à ce stade". Le président français prendra sa décision "le moment venu", a-t-il ajouté, sibyllin.

Et cette décision sera prise "de manière souveraine" sans "que quiconque ne dicte (à la France) sa conduite de l'extérieur", a renchéri vendredi le chef du gouvernement Manuel Valls, réaffirmant que "les conditions n'étaient pas réunies pour la livraison du Mistral".

François Hollande lui-même a répété à plusieurs reprise que le cessez-le-feu devait être "entièrement respecté" en Ukraine, avant que Paris ne procède à la livraison du premier navire, le Vladivostok, initialement prévue en octobre.

Mais loin de s'apaiser, la situation ne cesse de se dégrader dans l'est de l'Ukraine où le cessez-le-feu instauré début septembre est moribond. Cinq civils, dont deux enfants, ont encore été tués vendredi soir par un tir d'artillerie à Gorlivka, ville tenue par les séparatistes prorusses, selon les autorités municipales.

 

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