L’appel du pape à l’Europe

Le Pape François [AFP/Archives]

Plus qu’un chef religieux, c’est un homme d’Etat qui s’est présenté mardi devant les institutions européennes.

 

Le pape François a tenu mardi à Strasbourg des discours aux accents très politiques, devant le Parlement européen, puis le Conseil de l’Europe. Des adresses qui, par moments, ont pu s’apparenter à une leçon, l’accent étant mis sur le rôle de l’Europe et sa situation actuelle. Immigration, chômage, terrorisme... le souverain pontife a abordé de nombreux sujets, se faisant chaleureusement applaudir par les représentants européens à l’issue de chaque discours.

 

Une vision de l’Europe

François a commencé par interpeller les eurodéputés, pointant du doigt des institutions déconnectées du peuple. «D’un peu partout, on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante», a-t-il déploré, appelant les parlementaires à faire de l’Europe «une référence pour l’humanité».

Il a ensuite prodigué une série de conseils aux parlementaires sur des thématiques, comme l’accueil des migrants : «On ne peut pas tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière.» «Il s’agissait de discours d’une grande rigueur, qui révèlent une grande connaissance de l’Europe, estime le père Cédric Burgun, président de l’Institut Saint-Benoît pour la béatification de Robert Schuman. Il a su rappeler les parlementaires à leur juste mission.» Devant le Conseil de l’Europe, où siègent 47 Etats, dont la Russie, François a ensuite abordé un aspect plus diplomatique, se livrant à une allusion à peine voilée au conflit en Ukraine : «Une paix imposée ne suffit pas, il faut une paix libre, fraternelle, établie avec des convictions.»

 

Le «pape des pauvres»

Dans ses interventions, on a retrouvé «le pape des pauvres», tel que l’on a surnommé François depuis son élection, en mars 2013. «On ne peut pas tolérer que des hommes et femmes meurent de faim alors que des tonnes et des tonnes de nourriture sont jetées dans nos poubelles», a-t-il déclaré, appelant à «la solidarité, la charité réciproque», des valeurs que l’Europe a, selon lui, su cultiver par le passé. «Chaque pape a ses sujets de prédilection, qui dépendent de leur histoire personnelle et du contexte dans lequel ils évoluent, analyse le père Cédric Burgun. Jean-Paul II, par exemple, avait beaucoup œuvré pour la défense de la famille, alors que François a choisi de mettre l’accent sur les pauvres.»

Le souverain pontife a ainsi démontré, une nouvelle fois, sa capacité à s’adresser aux peuples en mettant en avant des thématiques compréhensibles par tous. Confirmant ainsi sa dimension politique, alors que son prédécesseur, Benoît XVI, se situait davantage sur le plan spirituel. «L’Eglise a toujours été aux côtés des politiques pour les aider à prendre des décisions, rappelle toutefois le père Cédric Burgun. Le souverain pontife est le chef d’une Eglise qui compte 200 millions de catholiques sur le continent européen. Et puisqu’on laisse la parole aux associations et aux lobbies, pourquoi pas à l’Eglise ?» 

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