Dati : "Que fait-on ? On laisse Asia Bibi mourir ?"

Rachida Dati le 6 octobre 2014 à Paris. [LIONEL BONAVENTURE / AFP]

Le Parlement européen a voté jeudi une résolution et dénonçant les lois sur le blasphème en vigueur au Pakistan. Rachida Dati, qui en est à l'initiative avec Michèle Aliot-Marie, en éclaire les enjeux, dont le principal : sauver Asia Bibi.

 

Asia Bibi a été condamnée à mort en 2010 pour avoir bu dans une fontaine réservée aux musulmans. Après de longues procédures et confirmation de sa peine, sa vie est suspendue à l'espoir d'une grâce présidentielle. D'abord timide, une mobilisation internationale s'enclenche en sa faveur dont l'eurodéputée Rachida Dati est une actrice déterminée comme en témoigne la résolution qu'elle a défendue au Parlement européen et qui a été adoptée jeudi.

 

Direct Matin : Avez-vous été surprise par l'ampleur de l'assentiment recueilli par votre résolution ?

Rachida Dati : Moins surprise, qu'heureuse... Heureuse pour Asia Bibi à qui, je l'espère, notre résolution va redonner un peu d'espoir. Je pense aussi à tous les autres Chrétiens persécutés au Pakistan ou ailleurs, nous leur disons : "Vous pouvez compter sur nous pour vous défendre" ! C'est aussi un signal à la Commission européenne qui réagit trop mollement pour le moment.

 

Concrètement, l'UE doit-elle adopter des mesures coercitives (sanctions commerciales...) pour sauver Asia Bibi ?

L'UE a permis au Pakistan d'intégrer ce que l'on appelle le SPG+. Concrètement, l'UE octroie des réductions de droits de douane pour stimuler les exportations des pays en développement. L'octroi du statut SPG+ dépend de la ratification et de la mise en œuvre de 27 conventions internationales, dont beaucoup ont trait aux droits de l'homme. Nous pouvons en faire un moyen de pression.

 

On a pu lire qu'il valait mieux ne pas parler d'Asia Bibi pour ne pas attiser les revendications des fondamentalistes pakistanais ? Que pensez-vous de ce discours ?

C'est un risque, c'est certain. Mais que fait-on alors? On laisse Asia Bibi mourir? Les lois sur le blasphème sont inacceptables. La liberté religieuse est un droit fondamental et universel. Notre Parlement s'honore de le rappeler. Ne rien faire, c'est se rendre complice de l'inacceptable.

 

Etes-vous optimiste ou fondamentalement inquiète pour Asia Bibi ?

Nous ne pouvons pas être optimistes aujourd'hui. Elle a été condamnée à mort en 2010. Cette condamnation a été confirmée en appel le mois dernier. Les autorités judiciaires et politiques au Pakistan craignent souvent les représailles des extrémistes. Asia Bibi est aujourd'hui dans le couloir de la mort. Notre mobilisation ne doit pas faiblir !

 

Quelles seront vos prochaines actions en sa faveur ?

J'ai noué un très bon contact avec Anne-Isabelle Tollet, une journaliste devenue la plume et le porte-voix d'Asia Bibi. Avec elle, Michèle Alliot-Marie, Anne Hidalgo, Bruno Retailleau (qui se sont aussi engagés) et tous les élus et Français volontaires, nous allons préparer de nouvelles initiatives et mobilisations...jusqu'à ce qu'Asia Bibi soit libre !

 

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