Mistral : Poutine veut être remboursé en cas de non-livraison

Vladimir Poutine et François Hollande lors du G20 de Saint Petersburg.[Tatyana Zenkevich / POOL/AFP/Archives]

Coup de théâtre diplomatique dans la crise ukrainienne: François Hollande et Vladimir Poutine se retrouvent samedi après-midi à Moscou pour un tête-à-tête impromptu. En début d'après-midi, le président français était bien arrivé à Moscou.

 

Arrivé du Kazakhstan, l'avion présidentiel a atterri à l'aéroport de Vnoukovo, près de la capitale russe.

Là, le chef de l'Etat a voulu apaisé le climat. "Je pense que nous devons éviter qu'il y ait d'autres murs qui viennent (nous) séparer. A un moment, il faut être aussi capable de dépasser les obstacles et trouver les solutions", a-t-il déclaré à son homologue russe.

Vladimir Poutine a de son côté salué "une vraie visite de travail, (et) va donner aussi des résultats et des avancées", jugeant que ces discussions auront "des résultats positifs".

Quant au sujet des Mistral, il n'a pas été abordé. "Nous n'avons même pas évoqué le sujet (des Mistral)", a déclaré le président russe. "Il y a un contrat, nous partons du principe qu'il sera respecté, sinon nous espérons qu'on nous rendra l'argent que nous avons payé".

 

Désescalade

Cette rencontre intervient alors que le chef de l'Etat français avait appelé vendredi à une "désescalade" dans le conflit ukrainien, au lendemain d'un discours virulent du président russe Vladimir Poutine pointant la responsabilité des Occidentaux dans ce conflit.

François Hollande avait lancé cet appel depuis Almaty, ancienne capitale du Kazakhstan où il entamait une visite officielle de 48 heures.

Organisée à la demande de la présidence française qui en a proposé le principe vendredi soir à la partie russe, la rencontre se tiendra à l'aéroport de Moscou, a indiqué la présidence française. François Hollande sera rejoint à Moscou par son conseiller diplomatique Jacques Audibert, venu de Paris.

Les deux hommes doivent discuter de la crise en Ukraine, des relations entre la Russie et l'Europe, de la Syrie et du nucléaire iranien.

Ce tête-à-tête intervient à un moment clef dans la crise ukrainienne alors que les combats entre forces loyalistes et prorusses ont redoublé d'intensité en Ukraine à quelques jours de l'entrée en vigueur d'une trêve visant à mettre fin à huit mois de conflit meurtrier. Six soldats ukrainiens ont encore été tués en 24 heures dans l'Est séparatiste.

La dernière rencontre en tête-à-tête entre Vladimir Poutine et François Hollande remontait au 15 novembre, en marge du sommet du G20 de Brisbane (Australie).

 

Le problème des navires Mistral

"La tension, la pression ne sont jamais des solutions", avait souligné vendredi le chef de l'Etat français lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev, plaidant pour une "désescalade" d'abord "verbale" puis "dans les mouvements" militaires en Ukraine.

"Je n'ai jamais cessé de chercher le dialogue", avait-il fait valoir, la France étant selon lui "dans une position qui lui permet de parler aux uns et aux autres" et d'avoir leur "confiance".

"Nous allons travailler ensemble pour chercher tous les points qui permettront de clarifier et d'engager une désescalade" dont "nous avons besoin, car il y a des risques, toujours, d'une escalade supplémentaire et des menaces sérieuses sur l'économie de l'ensemble de la région", a-t-il encore insisté.

En expert de la relation avec Moscou, le président kazakh, au pouvoir depuis la proclamation de son indépendance par le Kazakhstan, une ex-République soviétique, en 1991, a estimé inopportun de "mettre en colère la Russie" et plaidé en faveur d'un "compromis pour sortir de cette impasse".

Certes, "tous les droits internationaux ont été bafoués" par Moscou en Ukraine, a-t-il reconnu, mais les "ultimatums" ne sont pas "la meilleure solution". Et si "ce qui s'est passé en Ukraine est tout à fait inacceptable, je ne pense pas qu'il faudrait revenir à la Guerre froide", a-t-il enchaîné.

M. Nazabaïev souhaite même que l'on "mette fin aux sanctions" internationales contre Moscou. Explication d'un diplomate occidental: "Les sanctions qui frappent la Russie frappent aussi le Kazakhstan" dont l'économie est toujours très liée à celle de son puissant voisin.

La rencontre Hollande-Poutine de samedi intervient aussi dans un climat tendu concernant l'affaire du Mistral.

Interrogé vendredi par l'AFP sur ce dossier, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré: "C'est un problème de réputation pour la France. Ils doivent remplir toutes leurs obligations selon le contrat".

Or c'est précisément la guerre en Ukraine qui, de l'avis de la France, empêche la livraison du premier des deux navires Mistral que Paris a vendus à la Russie, un contrat qui déplaît aux Américains, dans le climat actuel d'un retour à une Guerre froide.    

Le président François Hollande avait ainsi annoncé le 25 novembre le report "jusqu'à nouvel ordre" de la livraison du premier Mistral, considérant "que la situation actuelle dans l’est de l’Ukraine" ne permettait toujours pas cette livraison.

"Pour l'instant on ne livre pas", a encore déclaré vendredi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avant d'ajouter : "On pourrait ne jamais livrer. Il faut que les Russes se rendent compte de cette situation".

 

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