Les atouts de la francophonie, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani[REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

Cet événement n’a sans doute pas été apprécié à sa juste valeur. Il s’agit du Sommet de la francophonie qui s’est tenu à Dakar (Sénégal) et qui, pour la première fois, a été prolongé par une réunion économique.

L’enjeu de la francophonie est négligé en France quand beaucoup de pays membres y sont, au contraire, très attachés : onze pays d’Afrique francophone, mais aussi des pays d’Asie (Vietnam, Cambodge) ou d’Amérique. Ainsi, le Canada et la Province du Québec sont-ils les fers de lance de cette organisation, désormais dirigée par l’ancienne gouverneure du Canada, Michaëlle Jean, d’origine haïtienne.

Le lieu choisi cette année, Dakar, n’était pas non plus anodin. Parce que l’idée d’une communauté des Etats francophones revient à Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal indépendant et à Habib Bourguiba ; parce qu’elle a été ensuite dirigée et incarnée par le successeur de Senghor, l’ancien président Abdou Diouf ; et parce que l’actuel président du Sénégal, Macky Sall, veut désormais lui donner un contenu économique.

L’Afrique francophone n’échappe évidemment pas aux questions de sécurité qui ont été dominantes et qui sont liées à l’extension du jihadisme comme en témoigne l’intervention franco-africaine au Mali.

L’autre question traditionnelle est celle de la démocratie. L’année 2015 ne verra pas moins de quatre élections présidentielles, avec le risque permanent de voir, ici ou là, des dirigeants tentés de se maintenir au pouvoir malgré des limites constitutionnelles qu’ils ont eux-mêmes forgées.

De ce point de vue, le discours de François Hollande a suscité plus de grimaces que d’applaudissements, car il a fait l’éloge des élections et a insisté sur le fait que la légitimité ne pouvait être précédée que d’un processus démocratique. Dans ce contexte également, Dakar fait figure de modèle puisque les institutions et l’alternance y sont respectées.

La nouveauté était donc la prise de conscience de l’enjeu économique que peut représenter l’espace francophone : 16 % du produit intérieur mondial, 20 % du commerce mondial et 14 % des réserves planétaires de ressources naturelles. Ce constat intervient à un moment où les économistes enseignent, d’une part, que le partage par plusieurs pays d’une même langue favorise leurs échanges ; d’autre part, que l’économie mondiale tend à s’organiser, non plus autour de frontières étatiques, mais à partir de communautés d’une autre nature. Deux exemples : le sommet Asie-Pacifique entre les Etats-Unis et les grands pays d’Asie est toujours précédé ou suivi par un sommet économique qui tend à favoriser les échanges. De la mê­me façon, le Commonwealth est toujours accompagné d’un "Commonwealth business forum" qui donne corps à cet espace linguistique.

Il est apparu clairement à Dakar que la demande de pays francophones existait de voir se structurer, là aussi, une communauté pourtant si diverse : modèle agricole vietnamien exportable en Afrique ou modèle minier canadien sollicité par les pays francophones (1 500 sociétés minières au Canada pour 300 sur l’ensemble du continent africain) ; ou bien encore, demande de certains pays de voir les universités françaises ou canadiennes implanter des campus africains.

En attendant, dans les pays d’Afrique francophone, ce sont surtout la Chine et la Turquie qui prennent aujourd’hui des parts de marché. Raison de plus dans un monde ouvert où domine la compétition de mettre en place une stratégie économique de la francophonie. Et comme le demande Jacques Attali dans un rapport récent remis au président Hollande, la France doit s’impliquer davantage dans la construction d’un espace économique qui peut être un atout considérable. 

Jean-Marie Colombani

 

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