Attentat contre le lycée français à Kaboul

Un attentat suicide dans l'enceinte du lycée Istiqlal de Kaboul, qui abrite également un centre culturel français, a fait au moins quinze blessés jeudi. [AFP]

Un attentat suicide s'est produit contre le centre culturel français de Kaboul, dans l'enceinte du lycée français Esteqlal, causant la mort de plusieurs personnes et provoquant de nombreux blessés, selon la déclaration du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius.

 

Un kamikaze s'est fait exploser en fin d'après-midi près d'une foule qui assistait à une pièce de théâtre au centre culturel, installé dans le complexe du lycée franco-afghan Esteqlal, l'une des écoles les plus connues et réputées du pays. Ce lieu symbole de la coopération culturelle franco-afghane, situé dans le centre de la capitale et tout près du palais présidentiel, avait été récemment refait à neuf par la France.

Les premiers bilans donnés dans la soirée faisaient état d'un mort et de 15 à 20 blessés, en partie légers, selon le ministère de l'Intérieur et la police de Kaboul, qui n'ont pas précisé leurs nationalités. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré que l'attentat "a causé la mort de plusieurs personnes et provoqué de nombreux blessés". Aucune victime française ne serait à déplorer à l'heure actuelle.

L'assaillant, un adolescent de 15 à 17 ans, était rentré en dissimulant les explosifs sous ses habits, selon la police. L'explosion a rempli l'auditorium de fumée et provoqué une évacuation en urgence des spectateurs au milieu des débris de verre et autres, selon des témoins. La zone a rapidement été bouclée par les forces de l'ordre locales.

L'attentat a été revendiqué par le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid dans un email envoyé aux médias. Il a déclaré que la pièce de théâtre en question "désacralisait les valeurs de l'islam" et représentait "de la propagande contre le jihad".

Financé par Paris, le lycée Esteqlal a appris le français à plusieurs générations d'Afghans, dont le plus célèbre fut le héros de la résistance contre les Soviétiques Ahmad Shah Massoud. Inauguré en 1970, le centre culturel avait fermé ses portes entre 1983 et 2002 en raison des divers conflits qui ont agité le pays, avant de rouvrir en 2003 après la chute des talibans, permettant à la France de relancer son action culturelle dans le pays.
Le bâtiment avait été récemment réhabilité par la France, qui avait inauguré sa médiathèque et son auditorium flambant neufs en 2010. La France avait également auparavant rénové les lycées franco-afghan Esteqlal (garçons) et Malalaï (filles).

 

2015, année très incertaine

Kaboul avait été secouée plus tôt dans la journée par un autre attentat suicide, qui a visé un autobus militaire et tué six soldats dans un quartier excentré, selon les autorités, qui ont également fait état d'une dizaine d'autres soldats blessés.

Les talibans ont revendiqué cet attentat qui intervient un peu plus de deux semaines avant la fin de la mission de combat de l'Otan en Afghanistan et au surlendemain de la publication d'un rapport du Sénat américain sur la torture pratiquée par des agents de la CIA dans la foulée du 11-Septembre.

Au cours des dernières semaines, les attentats sanglants se sont multipliés à travers l'Afghanistan, notamment à Kaboul et contre les étrangers.
Fin novembre, les talibans avaient même lancé une attaque contre une résidence occupée par une famille sud-africaine établie depuis douze ans dans le pays, dont le père travaillait pour une organisation active dans le domaine de l'éducation et la mère dans un centre médical.

Dans l'espoir de stabiliser le pays au moment où l'Otan réduit la voilure, le nouveau président afghan Ashraf Ghani, qui a d'ailleurs vivement dénoncé mercredi la torture par les agents du renseignement américain, a appelé les talibans à des négociations. Ceux-ci refusent pour l'heure de dialoguer directement avec Kaboul.

 

Hollande condamne un "attentat odieux"

"Je condamne l'attentat odieux qui s'est produit dans l'enceinte de l'Institut français d'Afghanistan", a déclaré François Hollande le chef de l'État français. "En prenant pour cible ce lieu de dialogue, c'est la culture et la création que les terroristes ont visé", a-t-il estimé, exprimant "la solidarité de la France aux victimes et à leurs familles".

Le Premier ministre Manuel Valls a également condamné "avec force" l'attentat dans un communiqué de Matignon : "En s'attaquant à un symbole de la culture et de l'universalité des valeurs portées par la France, les terroristes montrent une nouvelle fois qu'ils véhiculent un message de haine et d'obscurantisme. Cet acte lâche renforce la France dans sa détermination à lutter contre la barbarie".

 

 

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