Une Russie impérialiste, mais…par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

La découverte de l’existence d’un prêt bancaire russe pour financer le parti de Marine Le Pen n’a pas été véritablement, en France, un objet de scandale. Pourtant, une telle situation en Russie (le financement d’un parti par un pays étranger) aurait conduit à une interdiction pure et simple.

 

 

L’argument de Marine Le Pen, selon lequel elle a eu recours à une banque russe faute de trouver une banque française, n’enlève rien au fait que le Front national vit désormais de subsides apportés par la Russie. Et ce mouvement n’est pas le seul en Europe. Une récente étude d’un «think tank» britannique montre que Vladimir Poutine s’est attaché à trouver des alliés auprès de nombreux partis d’extrême droite. Ils sont six à avoir ainsi noué des relations privilégiées avec le Kremlin : UKIP en Grande-Bretagne, le Front national en France, le NPD en Allemagne, Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce (parti authentiquement néonazi) et Attack en Bulgarie.

En bon élève de l’ex-KGB, Vladimir Poutine, qui a commencé sa carrière dans les services secrets ­soviétiques, se souvient sans doute que Moscou ­bénéficiait, avec différents partis communistes en Europe, de courroies de transmission. En reproduisant ce schéma avec les partis d’extrême droite, il nous donne une indication sur son idéologie. Mais, surtout, le résultat de ces opérations ne s’est pas fait attendre : tous ces partis d’extrême droite ont protesté contre les sanctions décidées par l’Europe et les Etats-Unis contre la Russie après l’annexion de la Crimée. Sanctions ensuite modulées au gré de l’évolution du conflit dans l’est de l’Ukraine, région dans laquelle sont à l’œuvre des militaires russes. Le cas de la Hongrie est le plus emblématique de la diplomatie poutinienne : à l’alliance avec Jobbik s’ajoutent des liens privilégiés avec Viktor Orban, le tout-puissant Premier ministre, l’objectif étant de faire de la Hongrie une tête de pont en Europe. Avec un objectif stratégique désormais connu, au vu et au su de ceux qui veulent bien écouter Vladimir Poutine : faire éclater l’Union européenne pour rétablir quelque chose qui puisse ressembler à la domination soviétique sur l’est du continent.

Mais il paraît de moins en moins sûr que Vladimir ­Poutine puisse aller au bout de cette logique. Nous sommes peut-être au seuil de ce que beaucoup d’économistes avaient entrevu, sans être crus : un affaiblissement durable de la Russie qui priverait Poutine des moyens de sa politique. Existe aujourd’hui une conjonction ­désastreuse pour lui qui combine les ­effets des sanctions économiques et de la chute brutale du cours du pétrole. L’économie russe est étroitement dépendante de la ressource pétrolière qui pèse pour le tiers de ses réserves de changes. Et le cours du pétrole est aujourd’hui nettement inférieur à ce qui est nécessaire pour tenir le budget russe en équilibre. La Russie passe donc brutalement d’une croissance à 3 % à une perspective de récession de 3 % ! Tandis que le cours du rouble a reculé de 40 %, que l’inflation s’envole et que le taux de l’argent devient prohibitif.

On comprend mieux, dans ces conditions, que François Hollande ait jugé le moment opportun pour ­ouvrir avec Vladimir Poutine un dialogue dont les ­Européens espèrent qu’il se conclura non plus par une promesse mais par la réalité d’un apaisement. Peut-être Vladimir Poutine comprendra-t-il qu’il est de son intérêt de construire une relation durable avec l’Union plutôt que de tenter de l’affaiblir. La question étant de savoir si l’agressivité poutinienne est, ou non, indexée sur la rente pétrolière. Si oui, nous le saurons rapidement : il suffira de vérifier que le cessez-le-feu en Ukraine est durable… 

 

Jean-Marie Colombani

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