Présidentielle historique en Tunisie : un mort dans une attaque

Une femme sort d'un bureau de vote lors du premier tour de l'élection présidentielle tunisienne, le 23 novembre 2014.[FADEL SENNA / AFP]

Les Tunisiens votaient dimanche pour élire leur président après une transition chaotique de quatre ans dans ce pays où les tensions restent vives, un homme armé ayant été tué dans la nuit par des militaires après une tentative d'attaque.

 

Les 5,3 millions d'électeurs ont le choix pour ce deuxième tour entre le président sortant Moncef Marzouki, 69 ans, et le favori du vote, Béji Caïd Essebsi, 88 ans et chef du parti anti-islamiste Nidaa Tounès, victorieux aux législatives d'octobre.

Des dizaines de milliers de militaires et policiers ont été déployés pour assurer le bon déroulement du scrutin.

Une unité a été attaquée par un "groupe armé" ans la nuit devant une école de la région de Kairouan (160 km au sud de Tunis) où du matériel destiné aux élections était stocké, mais les autorités se sont refusé dans l'immédiat à évoquer la piste jihadiste.

"La vigilance des soldats (...) a fait avorter cette opération et entraîné la mort d'un homme armé d'un fusil de chasse et l'arrestation de trois suspects", a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, Belhassan Oueslati, ajoutant qu'"en général, les terroristes n'utilisent pas des fusils de chasse".

L'incident intervient quelques jours après que des combattants tunisiens ayant rejoint le groupe Etat islamique, ont revendiqué les assassinats des personnalités anti-islamistes Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en 2013.

Ces crimes avaient plongé la Tunisie dans une crise politique profonde et conduit le parti islamique Ennahda à laisser le pouvoir début 2014 à un gouvernement apolitique.

Ces jihadistes ont aussi appelé au boycott du scrutin de dimanche et brandi des menaces de nouvelles violences, alors que depuis 2011 des dizaines de militaires et policiers ont été tués par des jihadistes présumés, en particulier aux abords de la poreuse frontière algérienne.

Les autorités se veulent néanmoins rassurantes sur le bon déroulement du vote, qui s'achèvera à 18H00 (17H00 GMT). Les résultats pourraient être connus dès lundi soir, selon l'instance électorale (ISIE) qui a cependant jusqu'au 24 décembre pour annoncer l'identité du président pour les cinq prochaines années.

 

Historique 

Le vainqueur deviendra le premier chef d'Etat tunisien élu démocratiquement depuis l'indépendance en 1956. Habib Bourguiba, le premier président, et Zine El Abidine Ben Ali, renversé en 2011, avaient constamment eu recours à la fraude ou au plébiscite, et M. Marzouki avait été désigné à la faveur d'un accord politique avec les islamistes d'Ennahda.

Les journaux saluaient dès lors un jour historique, qui doit achever de doter le pays rescapé et berceau du "Printemps arabe" d'institutions pérennes après les législatives d'octobre déjà considérées comme libres et transparentes par la communauté internationale.

"Aboutissement d'un processus, sans bains de sang ni potence", se réjouit La Presse en Une, pour qui ce dimanche "restera à jamais gravé dans la mémoire collective". Le Temps appelle les Tunisiens à ne pas rater "le train de l'Histoire", et à se rendre aux urnes pour ce "rendez-vous ultime".

 

Campagne tendue

La campagne a vu les deux finalistes s'affronter sur un ton acrimonieux agrémenté d'insultes.

Moncef Marzouki s'est posé en défenseur de la révolution face au retour des tenants de l'ancien régime et a accusé son adversaire de préparer des fraudes tout en l'égratignant sur son âge.

Caïd Essebsi, qui a servi Bourguiba comme Ben Ali avant d'assurer quelques mois la fonction de Premier ministre après la révolution, s'est posé en homme providentiel à même de réparer les dégâts causés par Ennahda, au pouvoir de 2012 à début 2014, et leur allié M. Marzouki.

Il a qualifié son concurrent "d'extrémiste" et lui a prêté le soutien des jihadistes dont l'essor et les attaques meurtrières depuis la révolution ont laissé craindre un temps que la Tunisie ne sombre.

Des Tunisiens regrettent le manque de retenue des candidats, mais estiment que ce scrutin reste la clé pour une sortie par le haut de la transition post-révolutionnaire, sans effusion de sang à l'inverse de pays comme la Libye, la Syrie ou l'Egypte.

"Nos candidats, nos politiques ne sont peut-être pas les meilleurs, mais on avance, la dictature c'est fini", estime Mohamed Taïeb, épicier à Tunis.

Les pouvoirs du président ont été largement limités dans la Constitution adoptée en janvier 2014 pour éviter un retour à l'autoritarisme.

Quelque soit le résultat dimanche, c'est au parti de Caïd Essebsi de former le prochain gouvernement. Il devra rapidement s'atteler à constituer une coalition stable, Nidaa Tounès n'ayant pas de majorité absolue au Parlement.

 

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