Grèce : Merkel suscite la polémique

La chancelière allemande Angela Merkel au Bundestag à Berlin. [Johannes Eisele / AFP]

La chancelière Angela Merkel suscitait dimanche la controverse en Allemagne, jusqu'au sein de sa majorité politique, après une information de presse selon laquelle elle était prête à laisser sortir la Grèce de la zone euro en cas d'arrivée au pouvoir de la gauche radicale dans ce pays.

 

"Le gouvernement allemand juge quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro, si le chef de l'opposition Alexis Tsipras (Gauche radicale Syriza) dirige le gouvernement après les élections (législatives du 25 janvier), abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays", a écrit samedi soir sur son site internet l'hebdomadaire Der Spiegel, s'appuyant sur "des sources proches du gouvernement allemand".

Pour les médias allemands, la chancelière et son ministre des Finances Wolfgang Schäuble (tous deux conservateurs CDU) tentent de faire pression sur les électeurs grecs ou sur M. Tsipras lui-même. Mais la démarche est controversée, y compris au sein de sa coalition gouvernementale, des sociaux-démocrates mais aussi des conservateurs ayant exprimé publiquement leur réprobation.

Interrogés par l'AFP, la chancellerie et le ministère allemand des Finances n'ont souhaité ni confirmer, ni démentir, les informations du Spiegel. "La Grèce a rempli ses obligations dans le passé. Le gouvernement allemand part du principe que la Grèce va continuer à l'avenir de remplir ses obligations envers la troïka" de ses créanciers (Union européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international), a simplement déclaré un porte-parole du gouvernement.

Un haut responsable de la CDU, Christian Bäumler, a adressé une mise en garde dimanche : "en cas de sortie de l'euro, les dettes (de la Grèce) ne pourraient pas être remboursées, et l'Allemagne porterait une part significative du fardeau".

"Avec ce scénario de menace (...), le gouvernement se mêle indirectement de la campagne (électorale) grecque. C'est extrêmement risqué et c'est une erreur", commentait dimanche le quotidien Die Welt, proche des conservateurs.

"Cette menace est susceptible d'encore renforcer le mécontentement en Grèce vis-à-vis des Allemands et d'aider ainsi Alexis Tsipras dans sa campagne.(...) Cela pourrait aussi nourrir l'instabilité en Grèce et même conduire" à un mouvement de panique s'accompagnant d'une ruée vers les guichets des banques pour des retraits de dépôts, poursuivait Die Welt.

    

"Coup de bluff"

Enfin, "les élites politiques grecques pourraient voir dans la menace de Merkel un pur coup de bluff et augmenter au contraire la pression sur leurs créanciers européens", ajoutait le quotidien.

En théorie, aucun mécanisme ne prévoit la sortie d'un pays de la zone euro. Mais à Berlin, on imagine que si la Grèce ne remplissait plus ses engagements, la BCE pourrait restreindre les possibilités de refinancement des banques grecques au point de contraindre Athènes à réintroduire la drachme...

Les sociaux-démocrates (SPD), membres de la "grande coalition" au pouvoir à Berlin, ont publiquement contesté la démarche attribuée à Mme Merkel.

Ainsi, le vice-président du groupe SPD au Bundestag (la chambre basse du parlement), chargé de l'euro, a estimé que les conservateurs avaient, seuls, été à l'origine de cette "fuite". "Un changement de ligne du gouvernement ? Plutôt une grave erreur de la CDU", a-t-il commenté sur son compte twitter.

Dès samedi, le secrétaire d'Etat social-démocrate aux Affaires européennes, Michael Roth, avait pris ses distances. "La Grèce est membre de la zone euro. Et doit le rester", avait-il affirmé via son compte Twitter.

La Gauche radicale allemande (opposition), a sans surprise tiré à boulets rouges sur la chancelière. "Avec ce type de chantage public on veut déstabiliser la Grèce avant les élections", a jugé le président de Die Linke, Bernd Riexinger.

Le parlement grec a annoncé mercredi sa dissolution et a confirmé l'organisation le 25 janvier d'élections législatives anticipées pour lesquelles la gauche radicale, Syriza, est donnée favorite par les sondages.

Une telle victoire de Syriza marquerait l'amorce d'un "changement nécessaire" en Europe qui entraînerait notamment l'Espagne et l'Irlande sur la même voie, a pronostiqué samedi son chef, Alexis Tsipras, pourfendeur des politiques d'austérité imposées à la Grèce par ses créanciers.

 

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