L’Union européenne tient bon, par Jean-Marie Colombani

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

Deux événements – l’action de la Banque centrale européenne (BCE) et les élections en Grèce – nous montrent que, malgré les prophètes de malheur (chez nous) et ceux qui travaillent à son affaiblissement (ailleurs, notamment en Russie), l’Union européenne continue son chemin. Comme hier Jacques Delors, Mario Draghi, président de la BCE, est devenu le véritable leader européen, celui qui fait avancer l’Europe. La décision d’engager la BCE dans un processus de rachat d’actifs, privés et surtout publics, a été obtenue de haute lutte face à l’Allemagne. C’est une arme puissante pour aider l’économie de la zone euro à sortir du marasme et lui éviter d’être plongée, comme le fut le Japon, dans une interminable période de stagnation, voire de déflation.

Cette action facilitatrice doit engendrer un cercle vertueux : des liquidités surabondantes, que l’on peut emprunter à des taux historiquement bas, doivent permettre aux banques de financer davantage d’investissements et aux investisseurs de préparer les emplois de demain. Les marchés, ces juges de paix des temps modernes, ont parfaitement compris le message et très bien réagi, signe que la confiance existe dans le dynamisme de la zone euro. A charge bien sûr pour les entrepreneurs et les banquiers d’être à la hauteur de cette confiance.

Si l’on regarde le chemin parcouru depuis le déclenchement de la crise financière à l’été 2007, et son transfert d’une rive à l’autre de l’Atlantique, force est de constater que l’Union européenne et la zone euro ont franchi, lentement mais sûrement, la plupart des obstacles et qu’aucune catastrophe annoncée – la mort de l’euro – ne s’est produite. Il y a encore quelques mois, la protestation prenait pour cible l’euro fort, synonyme d’affaiblissement de notre compétitivité. Qu’a-t-on vu tout au long de l’année 2014 ? Mario Draghi et la BCE nous ont conduits à un euro faible, bientôt à parité avec le dollar. Si l’on y ajoute le fonctionnement de la «planche à billets» que vient de décider la BCE, on voit bien que toutes les conditions facilitatrices d’un retour à la croissance sont désormais réunies. De la même façon, l’Europe était décrite comme un carcan incapable d’investissements et comme exclusivement préoccupée par le respect des règles budgétaires. Or la nouvelle Commission, présidée par Jean-Claude Juncker, vient de lancer un plan d’investissements de plus de 300 milliards d’euros tandis qu’elle assouplissait fortement lesdites règles budgétaires, à la fois dans leur définition et dans le temps.

Reste à engager ou à poursuivre la partie du travail qui ne dépend que du bon vouloir de chacun de nos gouvernements : les réformes structurelles nécessai­res que personne ne peut décider à notre place.

Parmi les catastrophes annoncées, il y avait aussi l’expulsion de la Grèce de la zone euro et le naufrage de ce pays. L’un et l’autre ont été évités, grâce à une cure d’austérité qui n’a pas pris en compte la situation réelle de la Grèce, pas plus que l’importance du phénomène de la fraude. Cette cure a conduit à un véritable désastre social qui aurait pu engendrer une tragédie politique, puisque commençait à se développer un mouvement ouvertement néonazi. Convenons que Syriza, le parti issu de la gauche radicale qui a remporté les élections législatives hier soir, ne remettra pas en cause sa participation à la zone euro. Se reposera de toute façon la question de la dette grecque, manifestement insoutenable. Gageons que, comme de coutume, l’Europe, lentement mais sûrement, saura surmonter l’obstacle… 

 

Jean-Marie Colombani

 

 

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