Hong Kong : des milliers de manifestants prodémocratie à nouveau dans la rue

Des milliers de militants prodémocratie sont descendus dans les rues de Hong Kong, le dimanche 1er février.[PHILIPPE LOPEZ / AFP]

Des milliers de militants prodémocratie sont descendus dans les rues de Hong Kong dimanche pour la première fois depuis les manifestations qui avaient paralysé pendant plus de deux mois à l'automne des quartiers entiers de l'ancienne colonie britannique.

 

Brandissant les parapluies jaunes devenus le symbole de la campagne prodémocratie, les manifestants ont défilé lentement en centre-ville pour "réclamer un véritable suffrage universel" lors de la prochaine élection du chef du gouvernement local en 2017.

Les organisateurs s'attendent à mobiliser 50.000 personnes dans le territoire passé en 1997 dans le giron chinois. Un journaliste de l'AFP a estimé que plusieurs milliers de personnes se trouvaient au départ du cortège mais aucune estimation de la police n'était disponible.

La police a mis en garde contre toute velléité de nouvelle occupation de la rue mais aucune organisation prodémocratie n'en a manifesté l'intention.

Ce rassemblement constitue un test de combativité alors que le mouvement n'a obtenu aucune concession, pas plus des autorités locales que de Pékin.

"Nous voulons juste exprimer notre frustration envers le gouvernement de Hong Kong", expliquait Ronnie Chang, un commercial âgé d'une quarantaine d'années. "Nous savons qu'il n'y a pas grand-chose à faire mais si nous nous taisons, rien ne changera", ajoutait le manifestant.

La situation politique est tendue à Hong Kong, où jusqu'à 100.000 personnes avaient manifesté pour réclamer davantage de libertés politiques. A partir de fin septembre, des quartiers entiers avaient été occupés et des heurts violents avaient parfois opposé les manifestants à la police.

En décembre, fortes de la lassitude d'une partie des sept millions de Hongkongais face aux embouteillages et aux perturbations économiques, les autorités avaient démantelé les campements.

 

 

'Fatigués de la politique'

   

Cela fait des années que le camp prodémocratie s'oppose aux autorités au sujet de l'avenir politique du territoire.

La Chine a accepté le principe du suffrage universel pour la première fois dans son histoire. Mais seuls deux ou trois candidats pourront se présenter et ceux-ci devront avoir reçu l'aval d'un comité loyaliste, ce qui garantit, aux yeux du mouvement prodémocratie, l'élection d'un candidat inféodé à Pékin.

Pour Daisy Chan, le "mouvement Occupy", comme il a été appelé en référence à l'une des organisations partie prenante, a eu le mérite d'intéresser la population à la politique. "Dans le passé, les citoyens étaient moins politiques qu'ils ne le sont aujourd'hui. Le mouvement Occupy a réveillé les gens", a-t-elle dit à l'AFP.

Les fondateurs d'origine d'Occupy, dont Benny Tai, étaient présents dimanche tout comme des leaders étudiants comme Joshua Wong, devenus le fer de lance du mouvement.

Environ 2.000 policiers ont été mobilisés, selon la presse locale. "Il est vraisemblable que ceux qui soutiennent le mouvement illégal d'occupation vont saisir l'occasion pour réoccuper des rues", avaient prévenu les policiers.

 Mais les manifestants n'ont aucune intention d'occuper à nouveau Hong Kong, a souligné le leader étudiant Alex Chow. "Si certains veulent réoccuper la rue, il faudra qu'ils le fassent eux-même", a-t-il dit à l'AFP.

"Cette manifestation montre aux citoyens que l'élan prodémocratie n'est pas mort et que le mouvement va se poursuivre", a commenté l'analyste Sony Lo.

Mais M. Lo, qui dirige le département des sciences sociales à l'Institut de Hong Kong pour l'éducation, prévient les organisateurs qu'ils marchent sur des oeufs. Les habitants sont épuisés et bon nombre d'entre eux souhaitent que le mouvement fasse preuve de retenue, a-t-il jugé. "En ce moment, les gens en ont assez de la politique. Les démocrates doivent réfléchir avec soin à leur stratégie" face à des habitants qui sont "pragmatiques politiquement".

Au-delà du mouvement de l'automne, l'ex-colonie britannique est une habituée des manifestations, qu'il s'agisse de protester contre une loi controversée sur la sécurité comme en 2003 ou de commémorer tous les 4 juin la répression meurtrière du "Printemps de Pékin" à Tiananmen.

 

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