La France ne peut pas tout faire, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani[REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

"Faites votre devoir !" L’appel lancé par le président français aux puissances mondiales est passé inaperçu. Il est pourtant essentiel. La France, engagée sur de multiples terrains, ne peut pas tout faire. Regardons déjà ce qu’elle fait : lutter contre le terrorisme au Mali et dans l’ensemble de la zone sahélienne ; éviter un bain de sang interreligieux en Centrafrique ; un appui aérien à la lutte contre Daesh en Irak ; un soutien logistique aux Kurdes de Syrie et à ce qui reste de l’opposition démocratique dans ce pays. Sans oublier les 10 000 hommes déployés sur le territoire français pour sécuriser plus d’un millier de sites sensibles. Tout cela étant la conséquence de la lutte contre le terrorisme. Lutte dans laquelle elle prend plus que sa part en sécurisant, pour le compte commun, les frontières sud de l’Europe.

De ce point de vue, le "on ne vous a rien demandé", que l’on entend ici ou là dans certains autres pays européens, est nul et non avenu. Sur tous ces terrains, hors celui de la France elle-même, la réponse passe par des coalitions : interafricaines au premier chef, mais aussi avec davantage d’implications d’autres pays européens. Pour François Hollande, il faut aller plus loin.

Ainsi, deux théâtres d’opérations deviennent une menace grandissante. Le Nigeria où sévit Boko Haram, mouvement qui s’est distingué par sa barbarie qui fait chaque jour des dizaines de victimes ; et la Libye devenue, à l’instar de l’Irak après le retrait américain, un nouvel et inextricable champ de bataille. En dehors des dégâts humains considérables propres à chacun de ces conflits, se profilent une alliance et une jonction particulièrement redoutables entre Daesh, les différents mouvements qui se réclament d’al-Qaida et Boko Haram. Le conflit s’étend ainsi sur des milliers de kilomètres de la frontière turque au Nigeria.

Réponse globale ? Il y a dans ce paysage un absent de marque : la Grande-Bretagne. Certes, elle participe aux opérations contre Daesh. Mais elle a payé un lourd tribut en Irak, puis en Afghanistan. Ces capacités militaires ont été fortement redimensionnées à la baisse par les économies budgétaires. Bref, la Grande-Bretagne est fatiguée. Qui peut croire qu’il y a seulement quelques années elle serait restée indifférente au sort du Nigeria, hier joyau de sa zone d’influences en Afrique.

Mais il y a des absences encore plus pesantes. Les nouvelles puissances émergentes ignorent ou fuient leurs responsabilités. Quelles étaient, il y a seulement quelques mois, les grandes questions internationales ? On ne parlait que de la montée en puissance des pays émergents, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Il s’agissait de savoir s’il ne fallait pas élargir le Conseil de sécurité des Nations unies à de nouveaux membres permanents, par exemple le Brésil et l’Inde ? Or, aucun de ces pays ne semble vouloir prendre sa part d’une contribution nécessaire à la stabilité mondiale. La Chine ? Elle est de plus en plus massivement présente en Afrique mais presque exclusivement par intérêt économique. Elle se préoccupe surtout d’asseoir sa sphère d’influences en Asie, notamment face au Japon, au point de paraître de plus en plus menaçante. Et que dire de la Russie ? Elle joue un jeu pervers : là où elle pourrait s’entremettre en Syrie, elle appuie Bachar el-Assad et surtout elle pousse ses pions en Ukraine, et peut-être demain un peu plus loin en Europe, car son obsession semble être d’affaiblir l’Union européenne au lieu d’en devenir un partenaire.

Voilà pourquoi, dans un contexte marqué aussi par les progrès d’un inquiétant néoisolationnisme américain, l’appel de François Hollande doit être entendu. 

Jean-Marie Colombani

 

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