Conflits : 2014, année "catastrophique" pour les civils

Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International. [Pedro Costa / AFP]

L'année 2014 a été "catastrophique" pour les victimes civiles des conflits, souligne Amnesty International en qualifiant de "scandaleuse et inopérante" la réponse de la communauté internationale à ces violences, dans son rapport annuel publié mercredi.

 

Au cours de cette année "exceptionnellement" chargée en conflits (Syrie, Ukraine, Gaza, Nigeria, etc.), "des millions de civils" ont été tués et "15 millions" de personnes ont été déplacées, ce qui constitue "probablement le plus grand nombre de réfugiés depuis la Seconde guerre mondiale", a pointé Salil Shetty, secrétaire général de l'organisation de défense des droits de l'homme, lors d'une conférence de presse à Londres.

"2014 s'est révélée catastrophique pour des millions de personnes en proie aux violences", a-t-il accusé.

 

Violations des droits de l'homme

Le rapport de l'organisation, qui passe en revue l'état des droits de l'homme dans 160 pays, recense des exactions dans 35 d'entre eux par des groupes armés comme le groupe État islamique (EI) ou Boko Haram.

"Cela peut et doit changer", a insisté M. Shetty, jugeant que la réponse de la communauté internationale aux violations des droits de l'homme avait été "scandaleuse et inopérante".

 

Un rapport sévère contre l'ONU

"Les leaders mondiaux ont lamentablement échoué à protéger les plus démunis", accuse-t-il dans l'avant-propos du rapport.

Amnesty est particulièrement sévère envers l'Organisation des Nations unies (ONU).

 

Une année d'échec en matière de paix

"Le Conseil de sécurité des Nations unies, un organisme qui a été créé pour protéger les civils et assurer la paix et la sécurité, a lamentablement échoué", a accusé M. Shetty.

Selon lui, "les cinq membres permanents (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie, NDLR), ont, à notre avis, constamment abusé du pouvoir et des privilèges du droit de veto pour promouvoir leurs propres intérêts politiques ou géopolitiques au détriment de la protection des civils".
   

Renoncer au droit de veto

Pour cette raison Amnesty promeut l'adoption d'un "code de conduite par lequel les membres du Conseil de sécurité décideraient de renoncer volontairement à faire usage de leur droit de veto pour bloquer l'action du Conseil de sécurité en cas de génocide, de crimes de guerre ou de crime contre l'humanité".

Cette proposition n'est pas nouvelle - la France notamment en défend une similaire, qui a jusqu'ici reçu le soutien de 70 pays - mais Amnesty espère faire progresser l'idée, forte du poids de ses 7 millions de membres de par le monde.

"En renonçant à leur droit de veto, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité élargiraient la marge de manoeuvre des Nations unies et feraient clairement savoir aux responsables d'atrocités massives que le monde ne restera pas les bras croisés", a estimé M. Shetty.

 

Empêcher le déferlement d'armes

Pour Philip Luther, directeur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord chez Amnesty, un tel renoncement aurait par exemple permis à la Cour pénale internationale de poursuivre les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité en Syrie.

Hormis cette proposition, l'organisation demande d'empêcher le déferlement d'armes dans les pays où elles tombent entre les mains de groupes armés, exhortant notamment tous les États à ratifier le Traité sur le commerce des armes entré en vigueur en 2014.

Enfin, Amnesty n'est pas optimiste quant aux perspectives pour les droits de l'homme en 2015, prévoyant que de plus en plus de civils se trouvent forcés de vivre sous contrôle de groupes armés brutaux et une aggravation de la crise humanitaire des réfugiés.

 

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