Mgr Sleiman, archevêque de Bagdad : "L’Europe, prochaine étape des fanatiques"

Mgr Jean-Benjamin Sleiman le 9 mars à la Conférence des Evêques de France. A sa droite, Mgr Ignatus Kaigama, évêque de Jos (Nigeria) et Soeur Hanan Youssef, responsable d'un dispensaire qui accueille des réfugiés syriens dans la banlieue de Beyrouth. A sa gauche, Marc Fromager, directeur d'AED. [G. ZELLER / DIRECT MATIN]

De passage en France à l’occasion de la 7e Nuit des Témoins, l’archevêque latin de Bagdad fait le point sur le sort des chrétiens d’Irak menacés par l’Etat islamique, et invite à la mobilisation des consciences.

 

Depuis vendredi 6 mars, Mgr Jean-Benjamin Sleiman, archevêque latin de Bagdad depuis 2000, participe à la Nuit des Témoins, organisée par la fondation Aide à l’Eglise en Détresse (AED) qui vient en aide au chrétiens persécutés dans le monde. Aux côtés de personnalités venues du Liban, du Nigeria ou de Colombie, il explique les enjeux de la mobilisation en faveur des chrétiens irakiens. Après un passage dans plusieurs grandes villes de France, la Nuit des Témoins s’achèvera vendredi 13 mars, lors d’une grande veillée dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.

 

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Reste t-il encore des chrétiens à Bagdad ?

Il est incontestable que de très nombreux chrétiens ont quitté la capitale depuis le début de la guerre en 2003. Néanmoins, une communauté demeure toujours présente et elle plus importante qu’on ne le pense. Mais il est vrai que ces chrétiens vivent discrètement, participent parfois moins aux célébrations et à la vie de la communauté, par peur des représailles. J’ajoute que de nombreux chrétiens sont récemment arrivés à Bagdad : ce sont des réfugiés de la plaine de Ninive, menacés par l’Etat islamique, et que le Kurdistan trop engorgé n’a pu accueillir.

 

Ce sont non seulement les chrétiens d’Irak qu’il faut aider, mais le peuple irakien tout entier, dites-vous.

Le peuple irakien doit être aidé, compris, libéré de lui-même et de ses craintes. C’est une guerre culturelle qu’il faut mener sur place, et non des opérations militaires. Plus que le pays, ce sont les gens qui doivent être reconstruits. Les chrétiens subissent un sort particulièrement difficile, mais dans l’ensemble ils ont eu la possibilité de fuir, alors que des communautés comme les Yézidis ont subi de terribles massacres, des réductions en esclavage et des viols.

 

Avez-vous le sentiment qu’une prise de conscience est en train de naître en faveur des chrétiens d’Irak ?

Depuis 2003, je suis frappé par la proximité manifestée par de nombreux Français en faveur des chrétiens d’Irak comme en ont témoigné de nombreuses manifestations. Le problème se situe au niveau des dirigeants du pays. C’est la raison d’Etat qui semble primer  et qui pousse les responsables à ne pas s’exprimer. Vont-ils enfin parler ? Il est temps que les gouvernements prennent les choses en main et sortent des formulations générales.

 

Concrètement, que doit faire un Français en priorité pour venir en aide aux chrétiens d’Irak ?

De manière très opérationnelle, il faut soutenir les organisations qui agissent sur le terrain, qu’il s’agisse en France d’Aide à l’Eglise en Détresse ou de L’Œuvre d’Orient. Il est ensuite nécessaire de s’informer, de tenter de comprendre la situation réelle. Ce qui se passe en Irak concerne le monde entier. L’Europe est la prochaine étape des fanatiques. A chacun donc de lire, de se documenter et d’interpeller les élus pour favoriser la mise en place d’une action efficace.

 

Quand, venu de Bagdad, vous vous promenez dans les rues de Paris, quel est votre sentiment ?

C’est une véritable bouffée d’oxygène ! Le long de la Seine, je retrouve ma jeunesse (Mgr Sleiman a étudié à l’Institut Catholique de Paris – NDLR). Mais j’éprouve aussi une angoisse diffuse. On peut perdre tout cela. Le règne de l’économie et la recherche du profit à outrance fragilisent dangereusement le pays. Un nouveau Dieu a pris la place de l’ancien, rendant le pays vulnérable aux menaces les plus mortelles.

 

 

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