Cuba et Etats-Unis : la rencontre historique

Raul Castro et Barack Obama se rencontreront vendredi au Panama[CUBAN TV / POOL / AFP]

Leur poignée de main va faire la une des journaux du monde ­entier. Le Sommet des Amériques, qui se tient jusqu’à samedi au ­Panama, réunit les trente-cinq chefs d’Etat du continent. Mais tout le monde n’aura d’yeux que pour Barack Obama et Raul Castro.

 

Alors que ce dernier est absent habituellement, les deux hommes devraient très officiellement s’y saluer. 

Une première entre des présidents cubain et amé­ricain depuis Fulgencio Batista et Dwight Eisenhower, en 1956. Les deux chefs d’Etat vont ainsi initier une nouvelle ère diplomatique et économique. Un tournant historique, fruit d’un long processus.

 

Cinquante ans de crise effacés

En décembre 2013, lors de l’hommage à Nelson Mandela organisé en Afrique du Sud, Raul Castro et Barack Obama avaient échangé une rapide poignée de main, déjà très remarquée à l’époque. Mais personne n’imaginait alors que celle-ci cachait des négociations entre les deux nations. Près de dix-huit mois de tractations secrètes, dans lesquelles le pape François lui-même a joué un grand rôle en accueillant sans faire de bruit des délégations des deux pays.

Un an plus tard, le 17 décembre dernier, les deux chefs d’Etat avaient annoncé chacun de leur côté le rétablissement de leurs relations diplomatiques. L’annonce fracassante mettait fin à un conflit amorcé en 1960 lorsque, en pleine guerre froide, Cuba s’était rapproché de l’Union soviétique. Depuis, il est vrai, le monde a bien changé. "Cuba ne représente plus de menace, et maintenir la politique d’isolement n’avait plus de sens", explique Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Iris.

Parmi les dossiers en souffrance, la réouverture d’ambassades américaines sur l’île. Pour le moment, Cuba conditionne cette étape majeure à son retrait de la liste américaine des pays soutenant le terrorisme. Un retrait qui pourrait être annoncé lors du Sommet par Barack Obama, amorçant une fois pour toutes le dégel.

 

Des conséquences déjà visibles

A terme, les conséquences de ce ­réchauffement sont nombreuses. Economiquement, les deux parties trouvent leur intérêt. Washington s’ouvre un nouveau marché, dont profitaient jusqu’ici ses "rivaux" russes, chinois, ou sud-américains. La Havane, de son côté, sort de l’isolement et se prépare à accueillir des investisseurs en grand nombre. En attendant la levée de l’embargo économique, un secteur profite déjà du dégel : le tourisme.

Si officiellement les touristes américains restent interdits de ­séjour, les douze catégories de visites acceptées (familiales, journalistiques, à titre religieux ou éducatif…) ont été ­assouplies, provoquant un afflux de voyageurs. Sur le plan diplomatique, ce dégel aura aussi des conséquences, et le grand gagnant n’est pas forcément celui que l’on croit. "Cuba a depuis longtemps réintégré la vie diplomatique du continent américain, du Canada à l’Argentine, et les Etats-Unis apparaissaient de plus en plus isolés", explique Jean-Jacques Kourliandsky. 

 

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