Daesh à 100 kilomètres de Bagdad

Daesh s'est emparé dimanche de la ville irakienne de Ramadi.[AAMAQ NEWS VIA YOUTUBE / AFP]

Le scénario du pire semble se concrétiser. Les islamistes de Daesh ont enregistré dimanche une victoire majeure en s’emparant de la capitale de la province d’Al-Anbar, en Irak.

 

"Ramadi est tombée […]. Les militaires sont en fuite", ont confirmé les autorités locales, qui ont indiqué qu’au moins 500 personnes ont été tuées lors des combats, alors que près de 8.000 autres ont fui la ville. Les jihadistes, qui maîtrisent désormais la quasi-totalité de cette province frontalière de la Syrie, de la Jordanie et de l’Arabie Saoudite, sont désormais à une centaine de ­kilomètres de Bagdad.

Et alors qu’ils contrôlent également de larges pans de la Syrie voisine, rien ne semble ­pouvoir freiner leur progression, entamée en janvier 2014.

 

La coalition impuissante

La situation est d’autant plus inquiétante que les forces irakiennes, qui ont enregistré à Ramadi leur plus sévère défaite depuis le début de leur contre-offensive fin 2014, sont très faibles. Et alors que les bombar­dements menés par la coalition internationale montrent leurs limites, Barack Obama a exclu toute ­intervention terrestre en dehors d’opérations ponctuelles menées par les forces spéciales. "L’envoi de troupes au sol serait la pire chose à faire, estime en effet Nicolas Hénin, auteur de Jihad Academy (éd. Fayard). C’est le piège tendu par Daesh, qui cherche la confrontation directe pour alimenter sa pro­pagande." Pour tenter de regagner du terrain, le gouvernement irakien s’est ­résolu, lundi, à faire appel aux miliciens de confession chiite (l’une des deux branches majeures de l’Islam, Daesh étant sunnite).

Il semble tout aussi difficile de contrer Daesh en Syrie, alors que l’armée ­syrienne s’est montrée jusqu’à présent incapable de faire face, seule, à la progression des islamistes. Et les Occi­dentaux refusent de soutenir le régime de Bachar al-Assad.

 

Vers une solution diplomatique ?

Si l’option militaire apparaît incertaine, le seul moyen efficace de contrer Daesh pourrait être de nature politique et ­diplomatique. Il s’agirait de faire en sorte que Daesh soit privé du soutien des populations dans les territoires qu’il contrôle. "Daesh ne peut conquérir des villes que lorsque leurs popu­lations sont martyrisées par leur gouvernement et prêtes à se jeter dans ses bras", estime Nicolas Hénin, selon ­lequel les régimes en place en Syrie et en Irak, qui oppriment une partie leur population, sont «les principaux sergents recruteurs" des jihadistes.

En Irak, la minorité sunnite, l’autre branche majeure de l’Islam, se sent ­opprimée par le gouvernement chiite, et une partie de celle-ci soutient les combattants jihadistes.

En Syrie, le régime de Bachar al-Assad est rejeté par une majorité de la population, victime d’une répression ­féroce. L’installation de gouvernements légitimes en Syrie et en Irak pourrait contribuer à priver les combattants islamistes des soutiens qui leur ont permis de contrôler de vastes territoires. Mais cette perspective semble lointaine.

 

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