Burundi : la femme de Jacky Ickx veut mobiliser

L'élection présidentielle burundaise doit se tenir le 26 juin prochain.[CARL DE SOUZA / AFP]

Les manifestations anti-Nkurunziza se poursuivaient vendredi au Burundi. Alors que l’élection présidentielle reste maintenue au 26 juin prochain, le président burundais est l'objet d'une forte contestation. La chanteuse Khadja Nin, épouse de l’ancien pilote de F1 Jacky Ickx, évoque la situation dans laquelle est plongé son pays d'origine.

 

Président du Burundi depuis 2005, Pierre Nkurunziza a été désigné le 25 avril candidat à l'élection présidentielle du 26 juin par son parti le CNDD-FDD, la Constitution burundaise limitant pourtant l'exercice de la fonction présidentielle à un mandat renouvelable une seule fois.

Le lendemain, une vague de manifestations éclatait dans le pays. Depuis, la mobilisation contre un troisième mandat de Nkurunziza ne faiblit pas. Les heurts avec la police se multiplient : une trentaine de manifestants auraient été tués. Et le 13 mai un coup d'Etat a été avorté.

La pression internationale s'accentue sur le pouvoir en place : la France a ainsi annoncé le gel de sa coopération sécuritaire avec le Burundi. Jeudi, l'Eglise catholique a décidé de se retirer du proccessus électoral qui outre la présidentielle, comprend également des élections législatives et communales le 5 juin.

 

photo_du_3-11-12_a_09.46_6.jpg ©Khadja Nin

 

Pourquoi une partie des Burundais s’opposent-ils à un troisième mandat du président Nkurunziza ?

Il n’y a qu’une seule lecture possible de la Constitution burundaise. Les Accords d’Arusha conclus sous l’égide de Nelson Mandela sont clairs concernant le mandat présidentiel : le mandat d'un Président burundais ne peut être renouvelé qu'une seule fois.

D’ailleurs, c’est sur cette base que tous les Etats et les bailleurs de fonds prennent aujourd’hui position contre ce troisième mandat, menaçant de suspendre la coopération avec l’Etat burundais et de stopper totalement toutes les aides octroyées à ce gouvernement si Pierre Nkurunziza persiste à s’enfermer dans ce tunnel sans issue. Le geste est fort. 50% du budget national proviennent directement de l’aide internationale, c’est énorme !

 

Les premières sanctions internationales émises par la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas et la France impactent-elles les citoyens ?

Le temps de la politique et de la diplomatie n’est pas celui des peuples. La première étape pour les grands pays et les institutions internationales a été de prendre position contre ce troisième mandat.

La seconde, ce sont les sanctions économiques déjà en œuvre. Et si cela ne suffisait pas, la communauté internationale devra faire face à ses responsabilités. La jeunesse a bien compris et retenu la leçon que la communauté des pays riches et démocratiques lui a enseigné depuis sa naissance : la Constitution est inviolable et la démocratie indispensable pour espérer le retour de la paix, gage de stabilité et passage obligé vers le développement.

Aujourd’hui, la jeunesse burundaise brave la mort debout pour défendre la Constitution, la démocratie et son futur. Le monde ne peut pas la laisser tomber sans se contredire et se discréditer.

 

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Un manifestant à Bujumbura. CARL DE SOUZA / AFP

 

Quel est l’état d’esprit qui règne actuellement au Burundi ?

Au Burundi aujourd’hui, la détermination règne dans les deux camps. D’un côté, vous avez un pouvoir qui depuis des semaines, refuse d’entendre les voix de ses citoyens et de la communauté internationale (la société civile, l’Eglise burundaise, l'Union Européenne, l'Union Africaine, l'ONU, Belgique, France, Suisse, Pays-Bas, USA, … ) qui, bien avant l’annonce de la candidature, a vainement tenté de dissuader Pierre Nkurunziza de se représenter.

De l’autre, vous avez une partie de la population et de la jeunesse burundaise qui, forte de la Constitution issue des Accords d’Arusha, ne fléchit pas, déterminée à refuser au président sortant, le droit de la violer.

 

Quelle est la situation à Bujumbura, la capitale ?

Les médias indépendants ont été détruits, brûlés et les journalistes n’ont pas, ou peu, de moyens d’accomplir leur travail d’information. Le seul média qui s’exprime au Burundi aujourd’hui est la Radio Télévision Nationale (RTNB) contrôlée par le pouvoir. Certains journalistes ont dû quitter le pays et ceux qui ont choisi de rester sont convoqués par la justice, intimidés et menacés quotidiennement.

Les médias internationaux sont les seuls habilités à travailler à Bujumbura. Mais malgré cette tentative de contrôler totalement l’information, la protestation gagne du terrain dans la capitale et dans le reste du pays.

On déplore plusieurs morts dans le camp des manifestants depuis le début des contestations. La police a ordre de tirer à balles réelles sur une population et sur une jeunesse qui ne réclament que le respect du droit. Notre jeunesse est impressionnante de courage, de maturité car, imaginez-vous que depuis plus d’un mois, elle se fait tirer dessus à balles réelles par une police qui a perdu le sens de sa mission première.

 

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