Les Britanniques face à l’Union, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

L’Europe s’apprête à affronter une échéance lourde de conséquences : le référendum, pour ou contre le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Un engagement de campagne de David Cameron.

Cette question s’adresse prioritairement aux Britanniques. La presse d’outre-Manche commence à s’alarmer du retrait progressif de la Grande-Bretagne de la scène internationale, signe objectif de déclin pour un pays qui, il n’y a pas si longtemps, régnait sur un tiers de la planète. La question centrale pour le Premier ­ministre est, en fait, le maintien ou non de l’unité du royaume.

Les Ecossais ont certes refusé par référendum l’indépendance mais ils viennent de voter majoritairement pour les indépendantistes. Et il ne faudrait pas pousser très loin les Gallois pour qu’ils prennent le même chemin. Si les électeurs britanniques, ­demain, devaient voter pour la sortie de l’Union, il ne resterait plus aux Ecossais – réputés plus européens – qu’à demander leur adhésion à l’UE. Le maintien dans l’Europe est la meilleure garantie, pour Londres, de préserver l’unité du royaume de Grande-Bretagne.

Mais cette question met aussi en jeu le destin de l’Europe elle-même. Compte tenu de l’euro négativisme ambiant et de la montée des populismes à dominante xénophobe, une sortie de la Grande-Bretagne serait un véritable encouragement pour tous ceux qui, à l’extrême droite et à l’extrême gauche, prônent le repli et le protectionnisme dans un seul pays.

L’Union est exagérément décriée. Car ses institutions fonctionnent, comme en témoigne l’apport décisif de la Banque centrale européenne à la sortie de crise et au redémarrage de la croissance. Elles sont dans leur rôle lorsqu’elles proposent, hier, une plus grande solidarité financière, aujourd’hui une ébauche de ­solidarité humaine face au drame des migrants. Pourtant, les gouvernements comme les oppositions continuent de se défausser sur Bruxelles de leur propre ­incapacité à traiter les problèmes nationaux.

Toutefois, il faut se saisir de la perspective du référendum britannique pour corriger ce qui doit l’être. S’installe ainsi l’idée d’une Europe à deux vitesses. D’un côté la zone euro, qu’il faut structurer et faire avancer pour que s’y installent une harmonisation et une stabilité fiscale notamment. Certains, comme Jacques ­Attali, vont jusqu’à proposer un Parlement de la zone euro pour garantir que les progrès de l’intégration s’accompagnent d’un mieux démocratique.

D’un autre côté, il y a l’Union à 28, qui nécessite d’être assouplie et mieux organisée. La bonne direction est connue et, sans doute, la Commission fera-t-elle des propositions en ce sens. Elle a même un nom : sub­sidiarité. C’est-à-dire ramener aux niveaux national et local des compétences qui peuvent être mieux exercées à ces niveaux-là.

Il existe un espace de négociation avec la Grande-Bretagne. A la condition de préserver les grands principes du marché unique, et notamment celui de la libre circulation. Dans d’autres secteurs, comme la mise en place d’une défense européenne, il faudra agréger les efforts de ceux qui le souhaitent, dans un premier temps.

Vis-à-vis de la Grande-Bretagne, l’essentiel sera sans doute de reconnaître la place de la City. La finance est à la Grande-Bretagne ce que l’agriculture est à la France. Et peut-être faudra-t-il en passer par un nouveau compromis de Luxembourg au bénéfice de la Grande-Bretagne, et accepter qu’en matière de ­régulation financière l’unanimité prévale en lieu et place de la règle majoritaire.

Mais une chose est sûre : pour la Grande-Bretagne, rester dans l’Europe c’est rester unie et jouer un rôle dans la cour des grands. Pour l’Europe, conserver la Grande-Bretagne, c’est accroître les chances de chacun de ses membres de peser à l’abri d’une puissance européenne renforcée. 

 

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