L’hypocrisie sur les migrants, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

L’ultra conservateur Viktor Orban a décidé de fermer la frontière entre son pays et la Serbie ; et, pour matérialiser celle-ci, d’ériger sur 175 kilomètres un mur de quatre mètres de hauteur. Motif : stopper le passage des migrants qui, pourtant pour l’essentiel, se dispersent à travers toute l’Europe. Ironie de l’Histoire : c’est la Hongrie qui, la première, avait provoqué des brèches décisives dans le "mur" qui séparait l’Est de l’Ouest de l’Europe, en permettant aux Allemands de l’Est de passer à travers la Hongrie pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest. Viktor Orban a longtemps incarné le combat des libertés en Hongrie, alors qu’aujourd’hui, au motif officiel de contenir une extrême droite nostalgique du nazisme, il développe une violente campagne anti-immigrés.

Il est un autre mur qui n’est guère plus glorieux et qui devrait tout autant inquiéter : celui que la France a érigé, de facto, à travers policiers et gendarmes en face de l’Italie, empêchant les migrants, réfugiés à Vintimille, de continuer leur chemin. Aux yeux de la France, les accords européens prévoient que l’accueil des migrants est à la charge du pays de contact et qu’il revient donc à l’Italie d’enregistrer ses migrants pour distinguer les demandeurs d’asile, qui pourront éventuellement être accueillis, et ceux que la misère fait fuir et qui devront être repoussés. Aux yeux de l’Italie, en revanche, la France viole l’une des premières règles de l’Union : la libre circulation.

Cette question des vagues successives d’immigration est d’une complexité extrême faute pour l’Union européenne de s’être dotée d’une politique qui en permette la maîtrise. A court terme, il s’agit d’accueillir celles et ceux qui, par dizaines de milliers, fuient la guerre et le terrorisme, notamment celui de Daesh. Ainsi, près de deux millions de Syriens ont fui vers la Turquie, et quelque 150 000 d’entre eux aspirent à trouver refuge en Europe (une Union forte de 500 millions d’habitants, faut-il le rappeler). Mais il y a aussi les Erythréens et ceux qui fuient la Libye.

La difficulté est double. D’une part, le nombre de migrants renforce partout en Europe le refus de l’immigration, pousse les gouvernements à la fermeté en même temps que cette peur alimente la montée des populismes. Comme on vient à nouveau de le mesurer dans le petit Danemark, pays pourtant champion du bien-être. Les populistes sont devenus le deuxième parti, derrière les sociaux-démocrates.

D’autre part, le plus grand nombre atteint l’Europe, soit par la Grèce (45 000 personnes depuis le début de l’année), soit par l’Italie (plus de 50 000). D’où la demande légitime de ces deux pays de voir l’Union européenne organiser l’accueil de ceux qui ont droit au statut de réfugié, et de l’organiser équitablement en les répartissant pays par pays.

Un accord européen indispensable et espéré pour le début du mois de juillet doit donc comporter une répartition ou, si l’on préfère, des "quotas". La France dit les refuser alors qu’elle plaide pour une répartition plus équitable… comme beaucoup d’autres pays qui se disent d’accord sur le principe mais qui ne veulent pas souscrire aux chiffres qui matérialiseraient ce partage. Attitude qui a conduit Jean-Claude Juncker à dénoncer "l’hypocrisie" des Etats membres de l’Union. La France a fini par réagir en annonçant un plan de renforcement de ses capacités d’accueil (8 000 places d’ici à 2017). L’ONG Terres d’asile a salué "l’ampleur" de ce plan. Dont acte.

Mais, à plus long terme on le sait, l’Union européenne devra se doter de véritables instruments de maîtrise, donc de contrôle et d’organisation de l’immigration. En même temps qu’elle devra tout faire pour que se développe rapidement le continent africain. 

Jean-Marie Colombani

 

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