La guerre froide de retour ?

Exercice de l'armée américaine en Roumanie en avril dernier. [DANIEL MIHAILESCU / AFP]

L’opération prévue par l’Otan dans l’ancienne zone d’influence russe vise à protéger les pays les plus exposés mais irrite fortement Moscou.

 

L’escalade verbale, et maintenant militaire, qui oppose depuis ­plusieurs mois Moscou et Washington, rappelle certaines heures sombres du XXe siècle, lorsque la guerre froide tenait le monde en haleine. Et le déploiement temporaire de nouveaux armements lourds sur le flanc est de l’Otan, annoncé mardi par les Etats-Unis, n’a fait qu’amplifier la ­colère de la Russie.

Concrètement, Washington s’apprête à déployer en Bulgarie, en Roumanie, en Pologne et dans les trois pays baltes, 250 pièces d’armement, dont quatre-vingts chars lourds Abrams, 140 véhicules blindés Bradley, et vingt canons ­automoteurs. Ce sera la première fois que de tels ­engins ­seront déployés dans ces pays, qui ­appartenaient à la sphère d’influence de l’Union soviétique jusqu’à la chute de celle-ci, en 1991.

 

Faire face à la menace russe

Ce renforcement militaire se justifie, pour les dirigeants de l’Alliance atlantique, par la menace que représente la Russie. "La présence militaire le long des frontières [de l’Alliance] a augmenté, et il devient important d’éviter qu’une situation devienne hors de contrôle", a rappelé hier le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

L’action de Washington vise ainsi à rassurer les anciens satellites de l’URSS désormais membres de l’Otan, inquiets des intentions de la Russie depuis l’éclatement du conflit ukrainien et l’annexion de la Crimée.

L’inquiétude est d’autant plus grande dans les pays de l’Est, que Vladimir Poutine avait réagi aux premières ­révélations concernant le déploiement des armes américaines dès le 16 juin, annonçant de son côté le déploiement de quarante missiles intercontinentaux à la frontière russe, d’ici à la fin de l’année. Il avait alors estimé que "si quelqu’un menace nos territoires, cela signifie que nous devons pointer nos forces armées et notre force de frappe vers le territoire d’où vient la menace".  

 

Une lutte d’influence 

Les tensions actuelles reflètent la lutte d’influence qui oppose les Occidentaux à la Russie, et qui se concentre autour de l’Ukraine. L’un des objectifs de Vladimir Poutine en envahissant la Crimée et en postant des soldats dans l’est du pays, était d’empêcher Kiev d’adhérer à l’Otan, amplifiant l’encerclement de la Russie par l’Alliance atlantique.

Le bras de fer autour de l’Ukraine s’est d’ailleurs poursuivi hier, Vladimir Poutine annonçant avoir ordonné la prolongation jusqu’en juin 2016 de l’embargo sur la plupart des produits alimentaires décrétés en août 2014 par Moscou contre les pays occidentaux. Celui-ci avait été instauré en réponse aux sanctions économiques prises par l’Union européenne contre la Russie, et que Bruxelles a prolongé mardi jusqu’en janvier 2016.

Et la tension entre Moscou et Washington ne semble pas près de retomber, alors que la violence est remontée d’un cran en Ukraine. Réunis jusqu’à aujourd’hui à Bruxelles, les ministres de la Défense de l’Otan doivent donner leur feu vert au renforcement de la force de réaction de l’Alliance, qui passera de 13 000 à 30 000 hommes. 

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